Trump, le Viagra de l’Amérique

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Le 13 juin 1975, Bernard Pivot consacrait son émission littéraire Apostrophes à la sexualité masculine.
 Parmi les invités: deux sexolo­gues, un critique, un journaliste et le romancier français Romain Gary, de passage pour parler de son dernier roman inti­tulé Au-delà de cette limite, votre ticket n’est plus valable, l’histoire tragique d’un homme de 60 ans qui n’arrive plus à satis­faire sexuellement sa jeune maîtresse.
PERTE DE VIRILITÉ
Au cours de la conversation (une conversation d’autant plus touchante que Gary s’est suicidé cinq ans plus tard, justement parce qu’il était impuissant), Romain Gary a fait un parallèle entre ce qui arrive à son personnage, un ancien champion de rugby qui voit sa virilité décliner, et ce qui arrive à l’Occident.
«Mon roman, en fait, est une allégorie qui traite de l’essoufflement de la société occidentale.

«Comme le héros de mon livre, l’Occi­dent perd confiance en ses possibilités. Dans mon livre, cette angoisse, cette peur de l’impuissance et du déclin minent sournoisement la santé psychologique de mon personnage jusqu’à empoisonner les moments de plénitude qu’il vit avec sa partenaire.
«Comme la société occidentale, qui est aux prises avec toutes sortes de problèmes d’ordre économique et qui voit sa toute-puissance décliner au profit du monde arabe, qui est en pleine ascension et qui a des ressources énergétiques infinies, mon personnage sent son énergie diminuer. Pas seulement son énergie sexuelle, mais aussi son énergie spirituelle.
«Il devient obsédé par l’idée de perdre sa virilité. Alors il compense en se tournant vers l’argent, la force et le pouvoir politique, qu’il utilise comme substituts, comme prothè­ses...»
LE RETOUR DU MACHO
Romain Gary a tenu ces propos il y a 41 ans.
Or, ils sont toujours actuels.
Regardez le phénomène Trump, qui a marqué l’année qui s’achève.
Qu’est-ce que l’élection de Donald Trump sinon une tentative désespérée de l’Amérique pour retrouver sa puissance (et sa virilité) perdue?
Le gars roule des mécaniques, parle fort, multiplie les propos grossiers sur les femmes, expose sa richesse, joue les durs face à la Chine, s’allie avec Poutine, un autre macho ridicule comme lui...
C’est comme si l’Amérique avait déci­dé de prendre une surdose de Viagra pour lutter contre le ramollissement (le jeu de mots est tout à fait intentionnel!) de son économie et montrer au reste du monde qu’elle était aussi forte – et aussi dure – qu’avant.
«Make America hard again!»
Face à la gauche américaine qui s’agenouille devant une rectitude politique maternante et semble plus à l’aise pour défendre les minorités sexuelles que les cols bleus et les ouvriers qui sentent le cambouis, Trump incarne le retour de la testostérone.
UN NOUVEAU SHÉRIF EN VILLE
«Grab them by the pussy», en ce sens, n’est pas seulement un propos de vestiaire: c’est presque un programme politique.
«On va leur montrer qui est le boss!»
L’ONU, l’élite médiatique, les accords bilatéraux, les discussions, les échanges, tout ça, c’est trop féminin.
Avec Trump, l’Amérique retrouve ses couilles!
Avec Poutine à ses côtés, on va avoir l’impression de regarder des reprises de Starsky and Hutch, la série télé des années 1970.
Attachez votre tuque: l’année 2017 risque d’être étonnante!
Et détonnante.