P’tite vie

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Le succès serait-il un péché mortel?


MISE à JOUR 
Ainsi, Sylvain Cossette s’est laissé photographier dans sa Jaguar décapotable.
Non, mais quel scandale! Quelle honte!
Le chanteur ne sait-il pas que le succès est un péché mortel, au Québec?
LA CULPABILITÉ CATHOLIQUE
Une suggestion au chum d’Andrée Waters: achète-toi deux autos.
Une auto de luxe, que tu garderas dans ton garage et que tu contempleras de temps en temps, en secret, loin des caméras.
Et une minoune cabossée, que tu utiliseras tous les jours, afin de montrer au peuple (et aux résidents de la République indépendante du Plateau) que tu es un gars «ben ordinaire».
Car au Québec, on aime les gens qui voient «petit».
Un p’tit café. Un p’tit beigne. Une p’tite bière. Du p’tit change.
Une p’tite vie.
C’est probablement notre passé catholique­­.
«Il est plus difficile pour un riche d’entrer au paradis que pour un chameau de passer par le chas d’une aiguille», dit le Nouveau Testament.
Plus tu réussis ta vie ici-bas, plus tu souffriras et plus tu en paieras le prix l’autre bord.
Les protestants, eux, voient la chose d’un autre angle.
Pour eux, Dieu VEUT que tu réussisses. La réussite matérielle, pour les protestants, est une récompense divine. La preuve que tu mènes une bonne vie.
Voilà pourquoi les Anglos, lorsqu’ils ont les moyens de s’acheter une BMW, la stationnent fièrement devant­­ leur maison pour que tout le monde la contemple, alors que les Francos, eux, la cachent honteusement dans leur garage.
LA DICTATURE DE L’AUTHENTICITÉ
Au Québec, si tu fais de l’argent, c’est parce que tu as crossé quelqu’un.
Le fric est une preuve de malhon­nêteté.
Les ministres devraient se promener en métro et les artistes devraient tous crever de faim.
Plus tu es pauvre, plus tu es génial.
Plus tu t’habilles mal, plus tu es «authentique».
Jean Chrétien l’avait bien compris.
Dans la vie de tous les jours, monsieur Chrétien parle un français impeccable. Mais quand il faisait campagne et qu’il s’adressait à ses électeurs, il parlait comme un bûcheron (ou comme Safia Nolin), afin de paraître «sympathique» et «vrai».
Le Québec est probablement l’un des seuls endroits au monde où tu dois cacher ta richesse et ta culture si tu veux t’attirer la sympathie des gens.
Regardez Gregory Charles.
Il a une grosse maison! Il aime la musique classique! Il parle avec des mots à quatre syllabes! Il est toujours tiré à quatre épingles!
Il s’est fait construire une immense scène mobile pour se promener aux quatre coins du monde! Il s’auto­produit! Il est ambitieux!
Non, mais pour qui se prend-il?
TOUT LE MONDE ÉGAL
Je disais hier que le Québec régresse. Que nous sommes devenus frileux, fragiles.
L’affaire Cossette en est la preuve flagrante.
Au lieu d’applaudir les gens qui réussissent, on les insulte.
Une tête dépasse du groupe? Vite, coupons-la!
Regardez ce qu’on fait dans nos écoles: au lieu d’encourager l’excellence, on nivelle par le bas.
Tout le monde égal, dans le fond du baril.
«Je suis heureux de ton bonheur», chante Sylvain Cossette dans Je pense encore à toi.
C’est ce qu’on devrait tous se dire...