Un Québec en mille morceaux

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MISE à JOUR 
Les tuiles ont beau tomber régulièrement sur le Parti libéral et la police tourner autour de certains anciens ministres importants du gouvernement Charest, les sondages lui confirment, avec une régularité fascinante, qu’il demeure en tête dans les intentions de vote. Le PLQ a beau incarner la transgression décomplexée de l’intégrité, il se maintient au pouvoir et fait preuve d’arrogance et de désinvolture.
On en connait la cause principale: il est appuyé massivement par les anglophones et les allophones. Il peut ainsi gouverner le seul État français en Amérique du nord en disposant d’un appui minimal, presque insignifiant, chez la majorité francophone. Comment ne pas être déprimé par cette illustration terrible de notre impuissance collective? Le jour est peut-être venu où les francophones ne sont tout simplement plus maîtres de leur destin comme peuple.
Mais il faut aussi aller plus loin. La domination libérale révèle quelque chose de terrible sur le Québec d’aujourd’hui. Voici un parti qui n’a manifestement pas d’autre projet de société que de casser ce qui reste du mouvement souverainiste et de faire du Québec une province parmi d’autres dans l’ensemble canadien. Son objectif: nous faire passer de Québécois d’abord à Canadiens d’abord.
L’identité québécoise lui semble être un fardeau trop lourd à porter, et notre langue, un dialecte inutile dans l’Amérique du nord anglophone. La mission historique du Parti libéral de Philippe Couillard, c’est de parachever l’œuvre de Pierre Elliot Trudeau. Avec Justin Trudeau à Ottawa, les conditions historiques sont rassemblées pour mener à terme la dissolution politique et historique du peuple québécois, pour l’amener à consentir ultimement à sa subordination.
Dans un monde normal, il devrait y avoir un sursaut chez les francophones. Quelque chose comme une protestation de l’honneur contre la dignité bafouée d’un peuple. Mais rien ne se passe. Le peuple québécois semble démoralisé politiquement. Il est amorphe, indifférent à son destin, étranger à son avenir et s’agitant autour de controverses frivoles dans un présent perpétuel sans profondeur.
Il traite la politique comme une activité secondaire, comme s’il était le seul peuple du monde qui pouvait se passer d’une véritable organisation collective pour parvenir à s’accomplir et perdurer dans son être historique. D’ailleurs, on peut se demander si les Québécois ont encore un réflexe de survie. Il faut croire qu’à force d’échouer politiquement dès qu’il est question de leur identité, ils en sont venus à ne plus vraiment se soucier de leur avenir comme peuple.
Les Québécois francophones continuent de se diviser avec une frivolité qui frôle l’inconscience politique. Les indépendantistes et les nationalistes historiques votent pour le PQ, les nationalistes autonomistes de centre-droit pour la CAQ et la gauche radicale pour Québec solidaire. Il y a aussi le vaste parti des abstentionnistes qui a déserté la vie civique. Naturellement, chacun prétend rassembler les Québécois sous sa seule bannière. Jusqu’où la division ira-t-elle?
Et on apprenait récemment que la jeune gauche urbaine et branchée pense à fonder son propre parti qui se présente actuellement sous l’étiquette des Orphelins politiques. Eux-aussi proposent de laisser de côté l’indépendance, car ils sont aussi convaincus qu’il est sans importance que le peuple québécois soit pleinement maître de son destin ou non. La souveraineté ne serait rien d’autre qu’une coquetterie, désirable ou non, mais elle n’aurait aucune importance vitale.
Cette division des francophones témoigne d’un épuisement collectif. C’est une tentative de suicide politique. Elle pourrait bien réussir.