8 octobre 2016 16h07 | Jocelyne Richer - La Presse canadienne à Reykjavik|Québec
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir
Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard
Le nationalisme prôné par Jean-François Lisée en est un d'assiégés et de peureux, proche des partis populistes d'Europe, selon le premier ministre Philippe Couillard, qui n'a pas tardé à passer en mode attaque, quelques heures à peine après l'élection du nouveau chef du Parti québécois (PQ).
Il dit même voir dans le discours tenu par le nouveau chef de l'opposition officielle une parenté certaine, sur le plan idéologique, avec certains partis européens réputés d'extrême droite, reconnus pour leur rejet de l'immigration.
Questionné à savoir s'il faisait référence plus précisément au Front national de Marine Le Pen, il a refusé d'identifier aucun des partis auxquels il tentait d'associer le PQ de Jean-François Lisée.
Mais chose certaine, sous la gouverne de M. Lisée, le PQ s'annonce pour être le parti de l'exclusion, de l'humiliation, de la fermeture et du repli sur soi, selon M. Couillard, qui n'était pas à court d'épithètes pour qualifier l'approche du chef péquiste élu vendredi, lors d'un point de presse samedi, tenu en marge de sa participation à la conférence internationale Arctic Circle.
M. Lisée « va se trouver dans une parenté familière » avec les chefs de partis politiques européens qui prônent la fermeture des frontières de leur pays aux immigrants.
Le député de Matane-Matapédia, Pascal Bérubé, qui a appuyé M. Lisée lors de la course à la direction, s'est indigné des propos du premier ministre. « C'est la panique du premier ministre au premier jour de l'arrivée de Jean-François Lisée. Ça va être quoi aux élections de 2018 ?, a-t-il dit. Évidemment, c'est ridicule. M. Couillard manque de courtoisie [...]. Lui qui veut constamment nous faire des leçons, il a manqué une belle façon de le faire. »
Sur le plan idéologique, le PQ va désormais tenir selon lui « le discours d'une sorte de nationalisme d'assiégés, nationalisme de peureux, des gens qui ne veulent pas faire face à la diversité, qui préfèrent que le Québec reste replié sur lui-même, c'est ce qu'on voit ailleurs dans le monde ».
M. Couillard y voit rien de moins que l'émergence « d'un mouvement foncièrement négatif pour l'humanité ».
« C'est une accusation très grave. J'espère qu'il a encore le temps de s'excuser avant d'aller se coucher », a rétorqué M. Bérubé.
Le Québec accueille quelque 50 000 immigrants par année. M. Lisée a suggéré que c'était peut-être trop et que le Vérificateur général devrait être mandaté pour fixer les seuils d'immigration, en fonction de la capacité d'accueil.
Laïcité de l'État
Sur la question de la laïcité de l'État, il a prôné d'appliquer le rapport Bouchard-Taylor, qui recommandait d'interdire aux employés de l'État exerçant une fonction d'autorité (policiers, juges, gardiens de prison) de porter des signes religieux ostentatoires.
Pour ce qui est des autres employés de l'État, dans une approche graduelle, il propose de leur indiquer la « préférence » du gouvernement pour l'absence de signes religieux ostentatoires, mais sans en faire une interdiction.
Il a dit aussi vouloir lancer une discussion sur la pertinence d'interdire la burqa dans l'espace public, pour des raisons de sécurité.
Projet de loi 62
M. Couillard s'est défendu d'avoir tardé à faire adopter, comme il avait promis, une loi proclamant la neutralité religieuse de l'État et imposant d'avoir le visage découvert pour donner ou recevoir des services de l'État.
En 2014, en campagne électorale, il s'était pourtant engagé à agir dans ce dossier rapidement, en début de mandat. Or, le gouvernement a entamé sa troisième année de mandat et le projet de loi 62, qui porte sur ces questions, n'est toujours pas à l'étude.
Samedi, il s'est engagé à faire adopter le projet de loi 62 d'ici 2018. « On ne laissera pas de désert législatif », a-t-il promis.
Il ne croit pas Jean-François Lisée quand il affirme qu'il votera pour le projet de loi 62. « Il va trouver une façon de pas faire ça », selon lui.
La consultation sur le projet de loi 62 devrait débuter cet automne.
En Chambre, le premier ministre s'attend à ce que le chef de l'opposition officielle pratique une « politique négative, [une politique] du dénigrement, parce qu'il n'a pas autre chose à dire ».
L'ancien premier ministre du Québec Bernard Landry se réjouit de l'élection de Jean-François Lisée à la tête du Parti québécois, et surtout, du ralliement immédiat des militants du parti «sans querelles et dysfonctions ». L'ex-chef péquiste dénonce toutefois les «propos méprisants» tenus par Philippe Couillard samedi matin à l'égard du nouveau chef souverainiste.
Même s'il avait donné son appui à Alexandre Cloutier pendant la campagne, Bernard Landry perçoit comme une «bonne nouvelle» la victoire de Jean-François Lisée. «La campagne a remis de l'avant les grands thèmes qui agitent l'âme du PQ. Tout le monde en a parlé d'une façon civilisée, Jean-François, mais les autres candidats également. La campagne est positive pour le PQ. Le résultat est positif aussi, d'abord à cause de l'élection de Jean-François, qui est un homme remarquable. Il l'a démontré durant la campagne et avec son discours», affirme Bernard Landry, en entrevue avec La Presse.
L'ex-premier ministre salue le «sentiment de convergence» des militants péquistes dès l'annonce de la victoire de Jean-François Lisée vendredi soir. « Tout le monde se rallie. On ne sort pas de là avec des querelles et des dysfonctions pour l'avenir. Globalement, tout est positif», se réjouit-il. Il souligne également qu'Alexandre Cloutier, qui a terminé deuxième, «peut encore jouer un grand rôle dans le destin de notre patrie» en tenant notamment un «rôle ministériel fondamental».
La promesse de Jean-François Lisée de ne pas tenir de référendum sur la souveraineté avant un second mandat, en 2022, est «réaliste», estime Bernard Landry. «Tout le monde est pas mal d'accord avec ça. Personne ne veut perdre un autre référendum. Pas plus que Lisée, que moi je ne voulais en perdre, que quiconque. Et il faut prendre toutes les mesures pour qu'on ait le temps de s'assurer du résultat et de préparer la victoire du Oui», explique-t-il.
Bernard Landry déplore les propos de Philippe Couillard, qui a associé le Parti québécois sous la gouverne de Jean-François Lisée aux «partis populistes d'Europe» préconisant un «nationalisme de peureux, de fermeture et d'exclusion». «Il s'est déshonoré encore une fois. C'est parfaitement ridicule !», lance-t-il, en prononçant chaque syllabe.
«Pourquoi notre premier ministre est-il aussi méprisant vis-à-vis un idéal tout à fait respectable et respecté dans le monde entier ? C'est vraiment incroyable ! Ce n'est pas la première fois que le premier ministre démontre son espèce de mépris et d'incompréhension pour le destin de son peuple», dénonce-t-il.
Publié le 09 octobre 2016 à 07h06| Mis à jour à 07h06
PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE
Le chef d'Option nationale, Sol Zanetti, a précisé qu'il s'agissait en grande majorité de militants péquistes qui appuyaient la candidature de Martine Ouellet.
La Presse Canadienne QUÉBEC
Depuis vendredi soir, dès l'élection de Jean-François Lisée comme chef du Parti québécois, des centaines de militants péquistes ont quitté cette formation pour se joindre à Option nationale.
C'est ce qu'affirme le chef d'Option nationale, Sol Zanetti, en entrevue à La Presse canadienne.
M. Zanetti précise qu'il s'agit en grande majorité de militants qui appuyaient la candidature de Martine Ouellet. Selon lui, ceux-ci avaient décidé de « donner une dernière chance » au Parti québécois en soutenant l'approche « courageuse et inspirante » de Mme Ouellet. Mais, ajoute Sol Zanetti, le PQ a plutôt choisi une vision contraire, celle de « mettre le couvercle sur la marmite » et de ne pas tenir de référendum dans un premier mandat.
Le chef d'Option nationale estime que plusieurs sympathisants du PQ ne se retrouvent plus dans cette formation politique, et qu'ils préfèrent « l'option claire » de son parti.
M. Zanetti souligne qu'une campagne web d'adhésion a été lancée, en raison de cette « vague d'appui » envers son parti.
Questionné à savoir s'il souhaite que Martine Ouellet se joigne également à Option nationale, Sol Zanetti dit qu'elle est « la bienvenue ». Il comprend toutefois qu'il faut « laisser la poussière retomber », que Mme Ouellet a sûrement besoin d'un repos après une aussi longue campagne à la direction.