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mardi, novembre 08, 2016

La SIQ, « c'est une gang de pas bons » - Monique Jérôme-Forget

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PUBLIÉ LE JEUDI 3 NOVEMBRE 2016
Monique Jérôme-Forget, alors ministre des Finances du Québec, et le premier ministre Jean Charest en 2009
Monique Jérôme-Forget, alors ministre des Finances du Québec, et
 le premier ministre Jean Charest en 2009 
 PHOTO : REUTERS

EXCLUSIF - En toute franchise, Monique Jérôme-Forget a admis en entrevue que la Société immobilière du Québec dont elle avait la responsabilité n'était pas sa priorité au gouvernement. Elle se fiait au pdg et aux membres du conseil d'administration pour lesquels elle n'avait toutefois pas une grande estime.
Un texte de Marie-Maude DenisTwitterCourriel et Gaétan PouliotTwitterCourriel d'Enquête
« Sincèrement, ça ne m'intéressait pas. Peut-être que ça aurait dû m'intéresser. Moi, Monique Jérôme Forget, la SIQ ne m'intéressait pas », nous a avoué l'ex-ministre libérale rencontrée dans sa demeure de Montréal cet été.
Bien qu'au moment de l'entrevue elle n'ait pas été au courant des détails de l'enquête de l'Unité permanente anticorruption (UPAC) sur de graves allégations de fraude, elle nous a dit avoir collaboré avec les policiers pour les aider dans leurs recherches sur la Société immobilière.
Cette société d'État était sous sa responsabilité. Mme Jérôme-Forget a été présidente du Conseil du trésor de 2003 à 2008 et ministre des Finances de 2007 à 2009 dans le gouvernement de Jean Charest.
C'est durant cette période que des collecteurs de fonds du Parti libéral du Québec (PLQ) et l'ex-pdg de la SIQ se seraient partagé d'importantes sommes d'argent en marge de transactions immobilières effectuées par le gouvernement.
Allégations de fraude impliquant des collecteurs de fonds du PLQ
Pour assurer la bonne gouvernance de l'institution, Monique Jérôme-Forget se fiait aux gestionnaires et au conseil d'administration.
Pense-t-elle que des organisateurs politiques libéraux auraient pu contribuer à la nomination des membres du C. A. et peut-être même du pdg de la SIQ lorsqu'elle en était responsable?
« Sincèrement, je ne pourrais pas vous dire », dit-elle, ajoutant que personne de compétent ne souhaitait être administrateur de la SIQ, un poste bénévole.
« Peut-être que je ne devrais pas dire ça, mais aller [au] conseil d'administration de la SIQ, ce n'est pas le plus prestigieux », explique-t-elle.
Elle-même ne voudrait jamais occuper cette fonction.
C'est pas assez prestigieux. Ça n'a pas d'envergure. Aller m'intéresser aux édifices du gouvernement. Voyons. Zéro intérêt.Monique Jérôme-Forget
Fait troublant, tous les membres du conseil d'administration de la SIQ nommés avec l'arrivée du pdg Marc-André Fortier, en 2003, avaient un lien avec le PLQ (bénévoles, donateurs) ou avec les collecteurs de fonds Charles Rondeau ou Franco Fava.
« Quelqu'un qui connaît la construction, qui connaît la location, etc. Les gens qui sont bons ne voudront pas aller à Québec à la SIQ », ajoute M. Jérôme-Forget.
Résultat, les membres du C. A. de la SIQ étaient des incompétents, à son avis.
C'est une gang de pas bons là-dedans! C'est pas prestigieux.Monique Jérôme-Forget
Des propos que rejette du revers de la main Claire Boulanger, qui était membre du conseil d'administration à l'époque.
« Nous avons eu le plaisir de la rencontrer peut-être trois minutes à son bureau. Elle n'avait vraiment aucune affinité pour la Société immobilière. Elle ne nous connaissait pas du tout. [...] Alors, je ne sais pas où elle prend ses propos que "c'est une gang de pas bons" », dit Mme Boulanger, ajoutant avoir siégé avec des gens de bonne foi, qui travaillaient fort et prenaient au sérieux leur mandat à la SIQ.
Selon Mme Boulanger, le conseil d'administration a été induit en erreur par Marc-André Fortier lorsqu'il était pdg.
Mise à pied de Marc-André Fortier
Si Monique Jérôme-Forget a embauché le pdg Marc-André Fortier en 2003, c'est aussi elle qui l'a renvoyé.
Marc-André Fortier
PHOTO : RADIO-CANADA/JASMIN SIMARD
En 2008, le vérificateur général informe Mme Jérôme-Forget d'irrégularités dans les comptes de dépenses du pdg de la SIQ. On y retrouve des invitations à des parties de golf et des « dépenses absolument incroyables », se rappelle Mme Jérôme-Forget. Elle le met à pied sur-le-champ.
M. Fortier sera d'ailleurs poursuivi par son ancien employeur pour des dépenses injustifiées. Le tribunal l'a condamné à rembourser 75 000 $.
Lors de son procès, il a déclaré qu'il avait été nommé à la tête de la SIQ après avoir exercé des pressions sur des personnes « pesantes » au PLQ.
« On m'a demandé de le rencontrer. Je n'ai pas été éblouie par M. Fortier, je dois vous avouer candidement », dit Monique Jérôme-Forget, se rappelant sa rencontre avec l'homme après la prise du pouvoir des libéraux en 2003.
Malgré tout, elle confirmera sa nomination qui lui est recommandée par le Secrétariat aux emplois supérieurs, qui relevait du premier ministre de l'époque, Jean Charest.
Avec la collaboration de Daniel Tremblay et de Jacques Taschereau

PLQ Un parti usé et délaissé par ses militants

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8 novembre 2016 | Robert Dutrisac - Correspondant parlementaire à Québec
Le Parti libéral du Québec, dirigé par Philippe Couillard, a perdu tout près de 29 % de ses membres depuis un an et demi.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne
Le Parti libéral du Québec, dirigé par Philippe Couillard, a perdu tout près de 29 % de ses membres depuis un an et demi.
Le Parti libéral du Québec est un parti « éteignoir » dont l’effectif est en chute libre, un parti usé, centralisé, inféodé à son aile parlementaire et miné par la culture du silence, juge le président sortant de sa Commission politique, Jérôme Turcotte, qui, malgré tout, n’a pas perdu espoir que le PLQ puisse changer.
 
« Je crois profondément à la capacité de renouvellement du Parti libéral du Québec », a livré au Devoir Jérôme Turcotte, qui est redevenu simple militant en septembre pour finir la rédaction de sa thèse de doctorat en droit. En plus d’assumer la présidence de la Commission politique du parti, il a été membre de son Conseil de direction, de son Conseil exécutif et de son Comité d’audit.
 
Jérôme Turcotte a rédigé un document intitulé Analyse des défis à relever pour relancer le militantisme au PLQ, qu’il a remis à la direction du parti cet été et qui devait manifestement demeurer confidentiel. « À l’heure actuelle, plusieurs militants, dont moi-même, ont le sentiment que le PLQ est de plus en plus en train de devenir une marque de commerce servant à faire élire une aile parlementaire qui a délaissé le militantisme et est de moins en moins un réel parti ancré dans une participation citoyenne active », écrit-il. L’ex-président de la Commission politique dénonce « la participation tiède de nombreux élus à nos événements militants, le choix presque systématique de candidats vedettes étrangers ».
 
« Pour subsister [à] travers les âges, le confort est notre pire ennemi et le militantisme notre planche de salut », plaide-t-il. « Or, il est nécessaire de prendre conscience que notre parti a été au pouvoir de façon quasi continue depuis plus d’une décennie maintenant et qu’une certaine torpeur ainsi qu’un excès de confiance semblent s’être emparés de ce dernier alors même que notre base militante est en chute libre », poursuit-il.
 
La « situation critique » dans lequel se trouve le PLQ se traduit par la défection de nombreux militants, note Jérôme Turcotte. Ainsi, le parti dirigé par Philippe Couillard a perdu tout près de 29 % de ses membres depuis un an et demi : ils ne sont plus que 37 020. Tout près de 60 % d’entre eux ont plus de 65 ans tandis que 8 % seulement ont moins de 35 ans. Le financement populaire du parti ne va pas très bien non plus : les objectifs fixés pour les circonscriptions n’ont été remplis qu’à 51 %.
 
Il existe un « climat toxique » qui nuit au militantisme dans les partis, estime Jérôme Turcotte. « On ne fait que parler politique en terme d’éthique, de lançage de boue et de suspicion », a-t-il affirmé, alors que des fraudes présumées comme celles révélées à la Société immobilière du Québec (SIQ) ne sont le fait que de « 4 ou 5 personnes » parmi les dizaines de milliers de militants libéraux.
 
Le directeur des communications du PLQ, Maxime Roy, a avancé que le document nourrissait « davantage » une « réflexion » que le parti avait déjà amorcée « sur le rôle et la place des militants ».

Être dans le Canada sans être fédéraliste

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La position constitutionnelle de la CAQ doit être adoptée au congrès

8 novembre 2016 | Robert Dutrisac - Correspondant parlementaire à Québec
À l’origine, la CAQ refusait de définir sa position afin d’éviter de participer à «ce débat stérile entre souverainistes et fédéralistes».
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne

À l’origine, la CAQ refusait de définir sa position afin d’éviter de participer à «ce débat stérile entre souverainistes et fédéralistes».
La Coalition avenir Québec n’est pas un parti fédéraliste, même si elle doit adopter à son congrès l’« article 1 » de son programme qui l’engage à « assurer le développement et la prospérité de la nation québécoise à l’intérieur du Canada ».
 
Le président de la CAQ, Stéphane Le Bouyonnec, n’a pas aimé que Radio-Canada affirme qu’avec cet article 1, le parti de François Legault devient fédéraliste. « Je veux vraiment m’inscrire en faux », a-t-il clamé dans un entretien accordé au Devoir.
 
Être fédéraliste, pour Stéphane Le Bouyonnec, c’est défendre le statu quo.« Je crois qu’il y a beaucoup de Québécois qui pensent qu’il y a une troisième voie qui est possible entre lestatu quo du fédéralisme actuel et la sécession. »
 
Il y a un an presque jour pour jour, au Conseil général de la CAQ à Laval, François Legault présentait son « virage nationaliste » et une liste de 21 demandes que son parti, une fois élu, présenterait à Ottawa. Parmi ces demandes figuraient notamment la déclaration fiscale unique, dont se chargerait le Québec, la responsabilité de la sélection de tous les immigrants, y compris les réfugiés, le rapatriement des sommes que dépensent le gouvernement fédéral pour la culture et le transfert en bloc des budgets fédéraux en infrastructures.
 
Réunis à Drummondville samedi et dimanche prochains, les militants caquistes devront se prononcer sur cet article 1 qui se lit comme suit : « La Coalition avenir Québec est un parti nationaliste moderne dont l’objectif premier est d’assurer le développement et la prospérité de la nation québécoise à l’intérieur du Canada, tout en défendant avec fierté son autonomie, sa langue, ses valeurs et sa culture. »
 
Libeller ce texte minimaliste et le faire adopter par les élus et la direction du parti n’a pas été chose facile, a signalé le président de la CAQ. Au sein de la coalition, « c’est facile de réunir tous ces gens-là sur les thèmes de l’économie, etc. C’est un petit peu plus difficile de les faire coexister dans un dialogue constructif autour de la question constitutionnelle. Ça, je vous en passe un papier », a dit Stéphane Le Bouyonnec.
 
À l’origine, la CAQ refusait de définir sa position afin d’éviter de participer à « ce débat stérile entre souverainistes et fédéralistes », a-t-il rappelé. Mais la dernière élection a montré que la CAQ ne pouvait pas demeurer dans les limbes. « On a atteint un niveau de maturité », a-t-il avancé. Une coalition, c’est « éphémère » ; il fallait que la CAQ adopte une position « si on voulait s’inscrire dans la durée ».