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mercredi, juin 10, 2015

Une bonne nouvelle d’Égypte

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Le site de Louxor
AFP

Loïc Tassé
L’attentat de Louxor, qui n’a fait aucune victime parmi les touristes, a dévié l’attention des médias d’une bonne nouvelle qui vient d’Égypte.
Le gouvernement égyptien a en effet décidé d’appliquer une politique de limitation des naissances. Non pas une politique à la chinoise, où les couples ne peuvent avoir qu’un seul enfant s’ils vivent en ville. Il s’agit plutôt d’une politique incitative dont la clef de voûte est l’éducation. Le gouvernement a décidé d’aider les enfants à demeurer plus longtemps à l’école. Il va aussi entreprendre des campagnes d’information auprès des couples qui ont déjà un ou deux enfants pour les persuader des avantages liés à une famille peu nombreuse.
C’est que depuis 2008, le nombre d’enfants par femmes augmente. Il est maintenant de 3,5 enfants par femme. Le gouvernement voudrait atteindre 2,4 enfants par femme, ce qui, dans un pays où la mortalité infantile demeure élevée, correspond au maintien de la population actuelle.
Cet effort est une excellente nouvelle pour le pays. Il sera plus facile de développer l’économie du pays avec une moins forte croissance de la population.
Cette politique incitative sera-t-elle suffisante pour freiner la croissance de la population? Les fondamentalistes religieux sont contre la limitation des naissances. Ils accusent les promoteurs de ce genre de politique de désinformation. Ils sont aussi contre l’éducation, en particulier contre les sciences sociales. Souvent, ils empêchent les femmes de s’éduquer.
En vérité, plus une personne passe de temps sur les bancs d’école, moins elle aura le temps de faire des enfants. Plus une personne se frotte aux sciences sociales, moins elle sera perméable aux manipulations politiques et religieuses.
En théorie, le plan des autorités égyptiennes devrait fonctionner. Le problème est qu’il risque de demander de nombreuses années avant de donner des résultats. Il faudra aussi voir jusqu’à quel point les fondamentalistes religieux seront capables de contrer les campagnes antinatalistes du gouvernement.

Nos exils

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PHOTO ANNIE T ROUSSEL / AGENCE QMI

CA_Tania-Longpre
Hier, J’ai regardé, émue, les funérailles de mon Premier ministre Jacques Parizeau. Entendre chanter Claude Dubois et son « Si dieu existe » me donne des frissons à chaque fois. On dira ce que l’on voudra de l’homme, mais il faudra se lever tôt pour critiquer la puissance et la justesse de sa voix. 
Il y a eu d’autres belles voix à la cérémonie d’hier. L’une d’elles portait un magnifique témoignage, celle de Jean-Martin Aussant, héritier intellectuel de Monsieur Parizeau. Il termina sa prise de parole en annonçant « la fin des exils, autant géographiques qu’intellectuels », comme pour annoncer son retour à la politique québécoise ou pour annoncer celui de Duceppe, au Bloc... Comme pour affirmer que lorsqu’une porte se referme, aussi gigantesque soit-elle, d’autres continuent de s’ouvrir. Étrange quand même qu’en quelques jours, la famille indépendantiste vive autant de soubresauts. C’est dans le chaos que naissent les étoiles, dit-on. 
Est-ce que le retour de Duceppe annonce la nouveauté, la fraîcheur politique ? Je ne mentirai pas en disant que cela manque de... renouvellement, disons. Après la vague de reprises de films et de chansons, nous en sommes maintenant au recyclage de politicien. J’ai écrit en 2011 que le Bloc se comportait en filière du NPD et que les Québécois lui préfèreraient l’original. Je pense encore que ç’a été une grossière erreur lors de la dernière campagne de Gilles Duceppe. J’espère que son équipe veillera justement à ne pas faire les mêmes erreurs qui lui ont coûté sa vigueur en 2011.
Duceppe sera par contre entouré d’une équipe de candidats pleine de promesses. Je pense entre autres au comédien Denis Trudel, orateur de talent, à Gabriel Sainte-Marie, brillant jeune professeur et économiste ou à Xavier Barselou-Duval, jeune professeur de comptabilité. Lorsque j’entends que l’indépendance ne serait plus qu’une vielle barouette rouillée, c’est à ceux-là, et à plusieurs autres, que je pense. Alors que le Bloc est si bas dans les sondages, ils se sont lancés dans leurs investitures il y a quelques semaines, porteurs d’un espoir et d’une énergie vivifiante, colorée. Ils sont chargés d’audace, et ils ne sont pas seuls. 
***
En écoutant Jean-Martin Aussant, j’ai eu l’impression que l’exil des indépendantistes était réel. Nous sommes en séjour obligé, loin du pays où nous avons racines, où nous avons traditions, où nous avons légendes, où nous existons. Ce pays que bâtissaient les Lévesque, Parizeau, Laurin, Garon, etc. Une génération de politiciens idéalistes nous quitte, mais d’autres se lèvent. Inspirées par ce rêve d’exister qui n’est pas seulement celui des aïeux. Nous arriverons là où nous sommes déjà, écrivait Gaston Miron. 
Jacques Parizeau aurait aimé nous laisser «La souveraineté en héritage » comme l’indique le titre du dernier livre du sociologue Jacques Beauchemin, paru hier aux Éditions du Boréal. Beauchemin évoque, dans l’introduction de son livre qu’« il est possible que nous manquions notre rendez-vous avec l’histoire. Il appartient à ceux qui, comme moi, s’en inquiètent de le dire. » Ce livre ne pouvait pas tomber mieux, avec l’effervescence des derniers jours. Comme Beauchemin, je suis inquiète, évidemment, de voir que le rêve de Parizeau et de millions de Québécois pourrait s’effriter. Mais la poussière de rêve peut aussi s’envoler aux quatre vents, se poser et croître là où on ne le croyait plus.
La souveraineté en héritage, c’est peut-être finalement ce que Parizeau aura semé en nous. Poursuivons ce rêve qu’il nous a légué.

Que se passe-t-il chez les souverainistes?

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POL-FUNÉRAILLES PARIZEAU
MAXIME DELAND/AGENCE QMI

Mathieu Bock-Coté
Apparemment, Gilles Duceppe s’ennuyait et Mario Beaulieu conduisait son parti à l’extinction électorale. Mario Beaulieu était et est encore un ouvrier exemplaire de l’indépendance, un militant admirable et pugnace. S’il n’en reste qu’un, ce sera celui-là. Il faut des hommes pour garder les idéaux quand tout le monde les déserte, il en faut aussi pour tenir le fort quand les troupes sont déprimées. Ce n’était toutefois pas un chef politique, encore moins un chef de parti.
Mais qui aurait pu prévoir le coup de tonnerre d’hier? Gilles Duceppe redeviendra chef du Bloc. À ce qu’on dit, la manœuvre se préparait depuis une dizaine de jours. Elle bouleverse quand même la vie politique et laisse croire que le Bloc québécois comptera dans la prochaine campagne. Ceux qui avaient largué le Bloc se demanderont s’il n’est pas temps pour eux d’y revenir. Il n’est pas certain qu’ils le feront. Mais à tout le moins, ils l’envisageront.
Qu’on soit ou non un fidèle de Gilles Duceppe, et qu’on accumule ou non les désaccords avec lui, il ne fait nul doute que les Québécois le considèrent comme un homme politique d’envergure et qu’il l’est. La plupart des souverainistes connaissent la vie politique québécoise à partir de ses enjeux provinciaux. Duceppe la connait par ses enjeux fédéraux. C’est un savoir précieux, surtout si les souverainistes se préparent vraiment à reprendre l’offensive.
Une chose est certaine, le retour de Gilles Duceppe nous envoie un signal clair: il se passe quelque chose dans le camp souverainiste. Comme s’il se remettait en mouvement pour sonner le rappel pour une ultime bataille, celle de la dernière chance, même s’il est toujours présomptueux de croire jouer une fois pour toutes le destin d’un peuple. Les Québécois seront-ils sensibles à cet appel à un ultime sursaut? S’agit-il d’une renaissance ou d’un dernier spasme?
L’élection de Pierre Karl Péladeau a bien évidemment annoncé ce redressement. Désormais, les souverainistes ne fuiront plus leur option et placeront les Québécois devant leurs responsabilités. Évidemment, on ne tient pas de référendum si on ne croit pas avoir rassemblé les conditions gagnantes pour le tenir. Mais toute la question est de savoir si la grande clarté indépendantiste et le volontarisme sont des conditions gagnantes. PKP semble croire que c’est le cas.
Comment ne pas voir que la mort de Jacques Parizeau a remué les consciences profondément, en réveillant certaines aspirations enfouies et en nous révélant, par effet de contraste, notre impuissance actuelle. Combien sont-ils à avoir ressenti, d’une manière ou d’une autre, un appel intime depuis une semaine? L’histoire, en s’invitant dans l’actualité, nous a confirmé la terrible insignifiance de notre présent. Peut-être réveillera-t-elle le sens de l’honneur national?
Jean-Martin Aussant a marqué les funérailles de Jacques Parizeau. Non seulement son témoignage était émouvant, mais il était lourd de sens. Il en a appelé à la fin de tous les exils. Laissait-il ainsi comprendre que les souverainistes devaient désormais se rassembler, revenir au bercail, s’unir et foncer? Était-ce un message à ses amis d’Option nationale et aux indépendantistes égarés chez QS? À tout le moins, il annonçait clairement son retour au pays.
La vie politique trouve souvent un écho profond dans la vie intellectuelle. Le sociologue Jacques Beauchemin publiait hier La souveraineté en héritage, un ouvrage magnifique, dans lequel il cherche à dégager le sens de l’actuelle conjoncture historique. Son livre, beau et sombre, laisse comprendre que les Québécois sont à l’heure des choix. Qu’ils ne peuvent plus se dérober et avoir le courage de la liberté. Il s’agit pour les Québécois d’exister ou de s’effacer de l’histoire.