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mercredi, juin 10, 2015

Un grand coup de théâtre



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Jean-Jacques Samson
24M_09_Elections_JLEMAY_Fils d’un grand homme de théâtre, Gilles Duceppe nous avait réservé un renversant coup de théâtre pour le jour même des funérailles nationales de Jacques Parizeau, le gardien de phare du mouvement souverainiste.
Pierre Karl Péladeau est chef du Parti québécois, mais, à ce titre, aussi chef du mouvement souverainiste et du camp du OUI. Il ne pouvait laisser le Bloc québécois aller à l’abattoir à l’élection fédérale d’octobre prochain en raison des dommages collatéraux pour le PQ et la Cause.
Mario Beaulieu avait été élu chef du Bloc faute de mieux. Il est invendable dans la population en raison du radicalisme de plusieurs de ses déclarations et actions antérieures. À l’intérieur même du mouvement souverainiste, il divise plus qu’il rassemble.
Il aurait été incapable de recruter des candidats d’un calibre suffisant pour reprendre des circonscriptions perdues en 2011.
«La patrie avant le parti, et le parti avant les personnes», répète souvent Bernard Landry.
Il n’y a pas d’atomes crochus entre PKP et Mario Beaulieu et il n’y a pas d’atomes crochus entre Gilles Duceppe et Mario Beaulieu.
Un parti politique n’a qu’un chef, pas deux. Celui qui devait se tasser ou être tassé, au nom des intérêts de la patrie et du parti, était Mario Beaulieu.
Tous chez les souverainistes avaient hier, dans le recueillement des funérailles de Jacques Parizeau, le souvenir du premier ministre qui s’était retiré avec magnanimité derrière Lucien Bouchard à la fin de la campagne référendaire de 1995, dans une ultime tentative d’arracher une victoire du OUI.
Sus à Mulcair
Les stratèges souverainistes ont ciblé un nombre restreint de circonscriptions fédérales que le Bloc, sous la direction de Gilles Duceppe, pourrait reprendre au NPD.
La vague orange au Québec soulevée par l’ex-chef charismatique Jack Layton a ravi au Bloc la large majorité de ses appuis des vingt années précédentes dans l’électorat francophone. Gilles Duceppe et PKP concentreront leurs énergies là où Thomas Mulcair est le plus vulnérable. Le parti souverainiste n’a rien à gagner dans les bastions conservateurs ou les forteresses libérales traditionnelles.
La revanche
Gilles Duceppe a connu l’humiliation d’être lui-même battu en 2011 dans sa circonscription de Laurier-Sainte-Marie qu’il représentait depuis 1990. Il dirigeait le Bloc d’une main de fer depuis 14 ans.
Le Bloc végète depuis. Il a perdu deux des quatre députés qui lui restaient et le chef qui a succédé à M.Duceppe, Daniel Paillé, a dû démissionner pour des raisons de santé. Les sondages ne lui accordaient qu’un peu plus de 10% des intentions de vote.
Gilles Duceppe connaît l’ensemble des dossiers de la politique fédérale comme très très peu de Québécois. Il est réputé pour sa grande capacité de travail, sa rigueur intellectuelle et sa pugnacité. Il est en bonne forme physique.
À diverses reprises ces dernières années, des sondages plaçaient Gilles Duceppe comme le leader le plus apte à diriger le Parti québécois. Il formera un tandem redoutable avec Pierre Karl Péladeau.
Gilles Duceppe a été sonné par le résultat de l’élection de 2011 et personnellement blessé.
Sa paix intérieure passait sans doute par une douce revanche.

Duceppe veut sauver le Bloc

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L’ancien chef saute de nouveau dans l’arène pour assurer la pérennité de la formation politique

Gilles Duceppe a accordé une entrevue au Journal à sa résidence, hier, sous le regard de son épouse, Yolande Brunelle.
PHOTO CHANTAL POIRIER

Gilles Duceppe a accordé une entrevue au Journal à sa résidence, hier, sous le regard de son épouse, Yolande Brunelle.

Sarah-Maude Lefebvre
Gilles Duceppe jure que ce n’est ni par vengeance ni par intérêt personnel qu’il reprendra la tête du Bloc québécois, mais bien uniquement pour en assurer la survie, a-t-il confié dans un entretien accordé au Journal hier.
C’est après que le chef actuel Mario Beaulieu l’eut invité à dîner la semaine dernière que Gilles Duceppe a pris sa décision.
«Mario m’a dit: “Je travaille fort, mais ça ne lève pas avec moi. Ça irait beaucoup mieux si c’était toi. Je t’offre ma chefferie et mon comté”», raconte M. Duceppe.
«Il m’a dit qu’il avait fait tout ce qu’il avait pu, mais qu’il n’y arriverait pas. Il m’a dit qu’au-delà de tout ça, il fallait que le parti demeure.»
Bien que très critique envers Mario Beaulieu lors de la dernière course à la chefferie du parti (voir autre texte), Gilles Duceppe affirme avoir fait la paix avec ce dernier depuis.
«Je n’y vais pas par revanche ou par intérêt personnel. Ce qui m’a convaincu, c’est le fait que ça serait mauvais pour le Bloc si je n’y allais pas. Que si j’y allais, le Bloc pourrait aller mieux», lance-t-il.
L’homme de 67 ans a même consulté son médecin pour s’assurer qu’il était assez en forme pour reprendre les rênes du parti pour un «long moment».
L’appui de PKP
M. Duceppe affirme avoir rendu sa décision finale samedi dernier, après avoir consulté sa famille et le chef du Parti québécois, Pierre Karl Péladeau.
Celui qui a dirigé le Bloc de 1997 à 2011 ne s’en cache pas: l’appui du PQ était une condition essentielle pour qu’il saute à nouveau dans l’arène politique.
«Je voulais m’assurer que Pierre Karl embarque, que je pourrais compter sur l’appui indéfectible du PQ pendant la campagne électorale. Il m’a dit oui et il était très content», raconte M. Duceppe.
Pas le choix
L’autre motivation de M. Duceppe serait la «réunion des conditions gagnantes» pour l’accession à la souveraineté, qu’il associe à l’entrée en politique de Pierre Karl Péladeau.
«Les conditions sont là pour faire un pays. La personne qui dirige le PQ en a fait un objectif clair. Le Bloc peut contribuer à cet objectif», assure Gilles Duceppe.
En 2011, M. Duceppe avait quitté la vie politique après que la vague orange du NPD eut balayé le Québec.
Aujourd’hui, il affirme ne pas craindre que cela se répète lors des élections prévues en octobre prochain.
«Si je fonce, c’est qu’il n’y en aura pas de vague orange. Si je ne pensais pas être capable, je n’irais pas. Mais ce n’est jamais gagné d’avance.»
Pour le moment, M. Duceppe ne sait pas dans quelle circonscription il se présentera, puisqu’il a refusé celle acquise par Mario Beaulieu. Ce dernier demeurera président du parti.
Les détails entourant la passation des pouvoirs demeurent vagues pour le moment. Selon M. Duceppe, elle pourrait s’effectuer en conseil général du parti. Une conférence de presse de M. Beaulieu et de M. Duceppe se tiendra aujourd’hui à 10 h 30 à la permanence du parti.

Ce que Gilles Duceppe a dit...

Au sujet de son âge (67 ans)
«Hillary Clinton a le même âge que moi et convoite un poste beaucoup plus important que le mien: la présidence des États-Unis. Je suis assez en forme pour être chef. J’ai fait 5000 km de vélo l’an dernier.»
Sur le Nouveau parti démocratique (NPD)
«Je pense que les Québécois se sont rendu compte que leurs intérêts étaient mal défendus [par les députés du NPD]. Le NPD n’a pas fait grand-chose pour le Québec.»
À propos des conservateurs de Stephen Harper
«M. Harper est pas mal plus différent au pouvoir que quand il était dans l’opposition. Avant, il était capable de faire des compromis. Je pense que personne ne pensait que le PC serait élu majoritaire à la dernière élection.»
À propos de ses adversaires sur la scène fédérale
«On n’entend plus la voix des Québécois à Ottawa. Moi, j’ai envie de leur dire ceci. On va faire la job au Québec. Que les libéraux et le NPD fassent la leur dans le reste du Canada.»
Sur l’échec du Bloc québécois face au NPD lors de l’élection de 2011
«Cet échec est assumé. Je ne retourne pas en politique pour ça. J’étais capable de vivre avec ça sans la politique.»

Beaulieu semblait «serein»

Selon Gilles Duceppe, Mario Beaulieu juge que l’ancien chef du Bloc est le mieux placé pour assurer la survie de la formation indépendantiste.
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Selon Gilles Duceppe, Mario Beaulieu juge que l’ancien chef du Bloc est le mieux placé pour assurer la survie de la formation indépendantiste.
Mario Beaulieu était «serein» et «convaincu» de faire la bonne chose lorsqu’il a abordé Gilles Duceppe pour lui offrir son poste, affirme ce dernier.
«Ça m’a étonné. Mais il était certain que c’était la meilleure décision», révèle M. Duceppe.
Les relations entre M. Beaulieu et Gilles Duceppe n’ont toutefois pas toujours été aussi cordiales.
Lors de son entrée en poste en juin 2014, Mario Beaulieu avait promis de faire de la souveraineté sa priorité.
«Le temps de l’attente et du défaitisme est terminé», avait-il lancé, s’attirant ainsi les foudres de Gilles Duceppe.
M. Beaulieu avait dû par la suite se défendre d’avoir tenté de dénigrer le travail de l’ancien chef.
Après avoir demandé et obtenu des éclaircissements de M. Beaulieu, Gilles Duceppe lui avait finalement donné son appui.
Un parcours difficile
Le «travaillant dévoué», comme le surnomme Gilles Duceppe, n’a pas eu un parcours aisé depuis qu’il est devenu chef du parti.
Mario Beaulieu a perdu deux députés et seul Louis Plamondon compte maintenant se représenter en 2015.
Il a également vu la pertinence de son parti être remise en question par l’ex-chef Lucien Bouchard, dans le cadre du documentaire Nation, huis clos avec Lucien Bouchard.
Aussi, selon un sondage de la firme Nanos publié à la mi-mai, la formation souverainiste récolterait à peine 15 % des intentions de vote au Québec.
«Le défi va être de relever ça et je crois en être capable. C’est ce que je veux faire», affirme à ce propos Gilles Duceppe.

Visé par un cocktail Molotov en entrant dans sa Mercedes

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Me Luc Ratelle croit que sa luxueuse Mercedes aux portes «papillon» sera une perte totale.

MISE à JOUR 
Un avocat de Joliette l’a échappé belle la semaine dernière lorsque sa luxueuse Mercedes a été incendiée au moment où il s’y asseyait.
Me Luc Ratelle n’a même pas eu le temps de mettre ses pieds dans sa voiture aux portes «papillon» qu’un cocktail Molotov avait été lancé juste en dessous de lui, selon ce que l’avocat a raconté au Journal.

Me Luc Ratelle, Avocat
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Me Luc Ratelle, Avocat
«Ma porte étant ouverte, le feu est rentré dans l’auto. Je vais vous dire que j’ai eu une seconde pour sortir de là et mon auto a flambé énormément», détaille-t-il.
«Le feu était tellement intense que si j’étais resté 10 secondes de plus, je passais dedans. Ça chauffait pas à peu près», continue Me Ratelle, ajoutant qu’il a eu une bonne frousse.
L’avocat qui compte 47 ans de métier revenait de dîner au centre-ville de Joliette, vers 13 h vendredi dernier, lorsqu’un individu circulant en voiture aurait lancé l’objet incendiaire dans sa direction.
La Sûreté du Québec ne confirme pas ces éléments, mais indique que le feu est d’origine suspecte et qu’une enquête a été ouverte.
Pas la première fois
C’est le deuxième véhicule de l’avocat à être incendié en quelques semaines.
Son Chevrolet Equinoxe a aussi été vandalisé devant sa résidence.
«Quelqu’un a cassé la vitre du chauffeur et a mis le feu dans le camion. La personne est revenue deux ou trois jours après pour casser toutes les vitres. Il y avait une brique dedans», dit Me Ratelle.
Son véhicule est une perte totale.
Me Luc Ratelle croit qu’il peut s’agir d’une personne qui lui en veut relativement à sa pratique d’avocat, sans dire s’il s’agit d’un client, d’un ex-client ou d’une partie adverse.

Me Emmanuel Préville-Ratelle, Avocat
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Me Emmanuel Préville-Ratelle, Avocat
Son fils victime
Il tire cette conclusion parce que le véhicule de son fils, Me Emmanuel Préville-Ratelle, a aussi été incendié dimanche soir, dans la cour de son condo.
«Les premiers éléments laissent croire qu’il s’agit d’un incendie criminel», a fait savoir la sergente Christine Coulombe de la Sûreté du Québec.
Me Préville-Ratelle travaille avec son père et 17 autres avocats au bureau Ratelle et Ratelle.
«Il est évident qu’il y a de la pression sur moi et puis il y en a eu sur mon fils», déplore Me Luc Ratelle. C’est la première fois que l’avocat d’expérience doit faire face à une telle situation. «Où est-ce que ça va s’arrêter? On ne sait pas», dit-il.
- Avec la collaboration de Félix Séguin, Bureau d’enquête, et Maxime Deland, Agence QMI