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vendredi, novembre 20, 2015

Les yeux plus grands que la panse

http://www.journaldemontreal.com/

J.-JACQUES SAMSON
MISE à JOUR 
  Les libéraux de Justin Trudeau ont eu les yeux plus grands que la panse: où ils ne livreront pas toutes leurs coûteuses promesses, où les déficits à venir seront plus élevés que prévu et le retour au déficit zéro oublié.
C’est un grand classique en politique. Comme c’est toujours le cas le lendemain d’une élection, nous avons appris il y a quelques jours que le taux de croissance de l’économie sur lequel reposaient les promesses libérales ne sera pas au rendez-vous.
Les libéraux avaient prévu accuser des déficits d’un peu moins de 10 milliards $ pour chacune des deux prochaines années, puis de 6 milliards $ et de revenir au déficit 0 en 2019-2020, année électorale.
Météorologue budgétaire
Le Directeur parlementaire du budget anticipe plutôt des déficits de 13,5 G$, 16,4 G$, 14,1 G$ et 11,2 G$ au cours des quatre prochaines années. Tout un écart avec ses dernières prévisions. Il ferait long feu comme météorologue!
Les attentats de Paris et l’accueil des réfugiés syriens au Canada ont balayé cette importante nouvelle du décor.
Dans un premier temps, le nouveau ministre des Finances, Bill Morneau, effectuera une mise à jour budgétaire avant Noël.
La concrétisation de certains engagements sera aussi savamment étalée dans le temps, lors de son premier véritable budget en février ou mars, pour en atténuer les impacts, et d’autres finiront aux oubliettes tout simplement.
Les partis d’opposition sont toujours ainsi: la lune nous appartient, ceux qui exercent le pouvoir à leur place ne comprennent seulement pas qu’il suffit de tendre les bras pour la décrocher. Jusqu’à ce que la réalité les rattrape, une fois rendus au pouvoir.
L’argent ne pousse pas
En campagne électorale, Justin Trudeau semblait plutôt penser que l’argent pousserait dans les arbres des jardins de Rideau Hall, où il ira habiter. Il a fait des promesses de dépenses directes et de dépenses fiscales qui totalisent des dizaines de milliards.
Le point central de son programme était un investissement supplémentaire de 17 G$ dans les infrastructures.
Il s’est engagé à baisser le taux d’imposition de sa fameuse «classe moyenne» de 22 % à 20,5 %.
Il a promis de créer une nouvelle Allocation canadienne aux enfants, non imposable. Il doit abolir le fractionnement du revenu pour les couples avec enfants.
Il a dit qu’il ramènerait l’âge de l’admissibilité à la Sécurité de la vieillesse à 65 ans plutôt qu’à 67, tel que décidé par le gouvernement Harper.
Il a aussi promis aux provinces de relever substantiellement les transferts pour les services de santé.
Le crédit d’impôt fédéral pour les souscriptions au Fonds de solidarité de la FTQ et au Fondaction de la CSN doit être rétabli.
L’accueil de dizaines de milliers de réfugiés supplémentaires entraînera des dépenses énormes pour leur transport, leur hébergement, les soins de santé pour lesquels la demande sera très élevée, leur intégration, l’éducation, etc.
Toutes ces dépenses ne sont pas dans la planification budgétaire du ministère fédéral des Finances auquel les provinces adresseront leurs factures. Il y a des coûts à jouer à Mère Teresa.
Peut-être que le fédéral devra aussi venir au secours de Bombardier? Et répondre à combien d’autres urgences?

mercredi, juin 10, 2015

Un grand coup de théâtre



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Jean-Jacques Samson
24M_09_Elections_JLEMAY_Fils d’un grand homme de théâtre, Gilles Duceppe nous avait réservé un renversant coup de théâtre pour le jour même des funérailles nationales de Jacques Parizeau, le gardien de phare du mouvement souverainiste.
Pierre Karl Péladeau est chef du Parti québécois, mais, à ce titre, aussi chef du mouvement souverainiste et du camp du OUI. Il ne pouvait laisser le Bloc québécois aller à l’abattoir à l’élection fédérale d’octobre prochain en raison des dommages collatéraux pour le PQ et la Cause.
Mario Beaulieu avait été élu chef du Bloc faute de mieux. Il est invendable dans la population en raison du radicalisme de plusieurs de ses déclarations et actions antérieures. À l’intérieur même du mouvement souverainiste, il divise plus qu’il rassemble.
Il aurait été incapable de recruter des candidats d’un calibre suffisant pour reprendre des circonscriptions perdues en 2011.
«La patrie avant le parti, et le parti avant les personnes», répète souvent Bernard Landry.
Il n’y a pas d’atomes crochus entre PKP et Mario Beaulieu et il n’y a pas d’atomes crochus entre Gilles Duceppe et Mario Beaulieu.
Un parti politique n’a qu’un chef, pas deux. Celui qui devait se tasser ou être tassé, au nom des intérêts de la patrie et du parti, était Mario Beaulieu.
Tous chez les souverainistes avaient hier, dans le recueillement des funérailles de Jacques Parizeau, le souvenir du premier ministre qui s’était retiré avec magnanimité derrière Lucien Bouchard à la fin de la campagne référendaire de 1995, dans une ultime tentative d’arracher une victoire du OUI.
Sus à Mulcair
Les stratèges souverainistes ont ciblé un nombre restreint de circonscriptions fédérales que le Bloc, sous la direction de Gilles Duceppe, pourrait reprendre au NPD.
La vague orange au Québec soulevée par l’ex-chef charismatique Jack Layton a ravi au Bloc la large majorité de ses appuis des vingt années précédentes dans l’électorat francophone. Gilles Duceppe et PKP concentreront leurs énergies là où Thomas Mulcair est le plus vulnérable. Le parti souverainiste n’a rien à gagner dans les bastions conservateurs ou les forteresses libérales traditionnelles.
La revanche
Gilles Duceppe a connu l’humiliation d’être lui-même battu en 2011 dans sa circonscription de Laurier-Sainte-Marie qu’il représentait depuis 1990. Il dirigeait le Bloc d’une main de fer depuis 14 ans.
Le Bloc végète depuis. Il a perdu deux des quatre députés qui lui restaient et le chef qui a succédé à M.Duceppe, Daniel Paillé, a dû démissionner pour des raisons de santé. Les sondages ne lui accordaient qu’un peu plus de 10% des intentions de vote.
Gilles Duceppe connaît l’ensemble des dossiers de la politique fédérale comme très très peu de Québécois. Il est réputé pour sa grande capacité de travail, sa rigueur intellectuelle et sa pugnacité. Il est en bonne forme physique.
À diverses reprises ces dernières années, des sondages plaçaient Gilles Duceppe comme le leader le plus apte à diriger le Parti québécois. Il formera un tandem redoutable avec Pierre Karl Péladeau.
Gilles Duceppe a été sonné par le résultat de l’élection de 2011 et personnellement blessé.
Sa paix intérieure passait sans doute par une douce revanche.

samedi, mai 16, 2015

PKP part de loin

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PKP, PQ, Peladeau
PHOTO D'ARCHIVES

Jean-Jacques Samson
Ça passe ou ça casse pour le Parti québécois. Pierre Karl Péladeau a obtenu des militants de ce parti le mandat fort qu’il réclamait. Pour un grand nombre de ces derniers, il est d’ailleurs depuis un an le sauveur inespéré.
Ceux qui, parmi eux, sont porteurs d’une des cartes de membre aux plus petits numéros, preuve de la profondeur de leurs racines au parti, mais qui s’étaient résignés à ne pas voir la souveraineté de leur vivant, ont retrouvé la foi.
D’autres, que le nationalisme du PQ à saveur trop identitaire, culturelle et linguistique avait fini par éloigner ces dernières années, ont trouvé un nouvel intérêt dans la forte identification de Pierre Karl Péladeau au développement économique du Québec.
Le membership n’a néanmoins pas dépassé 70 000 membres à la faveur de la course à la direction, soit la moitié de ce qu’il était en 2007.
Le parti d’une génération
Depuis 2003, le PQ a chuté jusqu’à 25 % des votes lors des élections générales de 2014. Avant 1998, il franchissait la barre des 40 % et il pouvait ainsi former des gouvernements, fort de sa longue avance chez l’électorat francophone.
Le dernier sondage Léger avant l’élection de 2014 reléguait le PQ au troisième rang chez les francophones, à 23 % seulement d’appuis. Plus grave encore, le PQ était le quatrième choix des moins de 45 ans. Seule sa clientèle vieillissante chez les 55-64 ans lui restait fidèle.
Le parti de René Lévesque est en voie de devenir le parti d’une génération. Les courbes le destinent au rang de tiers parti.
C’est de là que part Pierre Karl Péladeau samedi matin. Sans compter que l’option de la souveraineté est au plancher dans la population.
Les travaux d’Hercule
D’autre part, à l’intérieur du PQ comme dans l’ensemble de la population, PKP est ou grandement admiré ou détesté rageusement. Un gros travail de séduction s’impose à lui.
À compter de mardi, M. Péladeau fera face quotidiennement à Philippe Couillard. Un changement au poste stratégique de leader est nécessaire. Bernard Drainville, un excellent et rude parlementaire, est taillé sur mesure. Un réalignement part de là.
L’actionnaire de contrôle de Québecor est identifié au développement économique, et son nationalisme économique est bien connu.
L’économie a toujours été le talon d’Achille du Parti québécois, même si elle a été la marque de commerce d’un Bernard Landry depuis 1976. Mais il n’était pas un praticien issu du monde des affaires.
M. Péladeau devrait jouer cette carte à fond. La conjoncture s’y prête très bien. Les pertes d’emplois de qualité s’empilent par milliers: Aveos, Électrolux, Shell, MABE, Bombardier, Davie, etc.
L’identification corporative Alcan, inscrite dans le code génétique des Québécois, disparaîtra.
Si la souveraineté du Québec doit se faire, elle passera par des finances publiques saines et un taux de croissance économique fort.
De plus, à court terme, M. Péladeau est plus crédible que Philippe Couillard sur le terrain de l’économie.
Le PQ a été vu sous le gouvernement Marois comme une entrave au développement économique. Le renversement de cette perception est urgent.

vendredi, mai 15, 2015

Hydro égorge ses otages

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Jean-Jacques Samson
Les consommateurs québécois, otages d’Hydro-Québec, sont abandonnés à eux-mêmes.
Si la protection des consommateurs était encore une priorité gouvernementale comme dans les années 1960 et 1970, Hydro-Québec serait la principale délinquante dans la mire d’un tel ministère.
Ses passe-passe sont cependant menés avec la complicité des ministres des Finances et des Ressources naturelles qui engrangent des dividendes de loin supérieurs aux prévisions et aux profits préautorisés par la Régie de l’énergie.
Pour l’exercice financier 2014, le gouvernement avait commandé des dividendes de 2,85 milliards; Hydro lui a remis 3,35 milliards. En 2015, c’est 3,25 milliards qu’Hydro lui a versés, soit 200 M$ de plus qu’espéré par le ministre des Finances.
Il y a 5 ans seulement, l’ancien ministre Raymond Bachand demandait à Hydro-Québec des dividendes de 2,4 milliards «seulement». Hydro-Québec est devenue une intarissable vache à lait pour le gouvernement, par ses hausses de tarifs de loin supérieures à l’inflation, mais aussi par diverses pratiques d’affaires «anti-consommateurs».
Si des naïfs prêtent encore oreille à une possible privatisation, même partielle, qu’ils se réveillent. Le gouvernement ne partagera jamais son pot de lait.
Clients égorgés
- En 2014, 288 000 clients d’Hydro ont dû conclure des ententes de paiement avec la société d’État pour les 683 M$ en factures impayées.
Elle applique un taux d’intérêt, usuraire dans son cas, de 14,4 % sur ses mauvaises créances. Le nombre de clients fautifs débranchés ne cesse évidemment de grimper.
- Hydro-Québec a encaissé des trop-perçus de 1,4 milliard depuis 2008, avec la bénédiction des gouvernements qui les ont empochés. Pour un consommateur, il s’agit d’une surfacturation de 12 %. Le ministre Pierre Arcand, complice, a répété cette semaine que cette pratique se poursuivra jusqu’en 2017.
Chez Hydro-Québec, une consommation plus forte d’électricité en raison d’hivers sibériens, est trompeusement appelée « gain d’efficience » pour dissimuler le « spin » de votre compteur sous une supposée bonne performance de la société.
- Au cours des journées les plus froides de l’hiver 2014, la filiale Hydro-Québec Distribution (celle qui vous alimente et vous facture) a acheté de sa sœur, Hydro-Québec Production, à des prix qui ont atteint jusqu’à 19,79 cents le kilowattheure, de l’électricité produite au coût de 2,01 cents le kilowattheure.
Le Journal, avec le journaliste d’enquête Michel Morin en tête, n’en finit jamais de dévoiler les stratagèmes des prestidigitateurs d’Hydro-Québec pour gonfler votre facture.
Examen parlementaire
Depuis 2006, un aspirant à la Cour suprême est soumis à un «examen parlementaire ». Les députés peuvent l’interroger sur sa philosophie.
Si c’est bon pour la Cour suprême, la prochaine personne proposée par le premier ministre pour le poste de président-directeur général d’Hydro-Québec doit être interrogée en commission parlementaire, à tout le moins sur la nature de la relation entre le pouvoir politique et la direction d’Hydro et sur sa conception de la transparence.
J’en ai bien ri. Je terminais la rédaction de cette chronique. Entre deux paragraphes, je lève les yeux. Un véhicule utilitaire sport d’Hydro-Québec (le 29-502) était stationné devant chez moi. J’ai aussitôt soupçonné mon nouveau compteur intelligent d’espionner mon ordinateur. Hydro est si retorse!