Exactions de l'EI sur Twitter: Marine Le Pen perd son immunité

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Publié le 02 mars 2017 à 06h36 | Mis à jour à 13h53
En décembre 2015, la présidente du FN avait... (PHOTO REUTERS)
En décembre 2015, la présidente du FN avait publié trois photos sur Twitter avec le texte «Daech c'est ça!» : un soldat syrien écrasé vivant sous les chenilles d'un char, un pilote jordanien brûlé vif dans une cage et une photo de l'otage américain James Foley, la tête posée sur le dos.
PHOTO REUTERS
CLÉMENT ZAMPA
Agence France-Presse
Bruxelles
Le Parlement européen a levé jeudi l'immunité parlementaire de la dirigeante d'extrême droite et eurodéputée Marine Le Pen à la demande de la justice française, qui lui reproche d'avoir diffusé des images d'exactions du groupe État islamique sur Twitter.
Convoquée en avril 2016 par un juge d'instruction français dans cette affaire, Marine Le Pen, candidate à la présidentielle française, avait refusé de s'y rendre, invoquant son immunité parlementaire.
La levée de l'immunité de Mme Le Pen est à effet immédiat.
Elle ne concerne que cette enquête et pas celle sur des soupçons d'emplois fictifs d'assistants de députés de son parti, le Front national, au Parlement européen, dans laquelle sa cheffe de cabinet a été mise en examen.
«Je pense que le résultat est clair: une grande majorité est pour la levée d'immunité», a déclaré Dimitrios Papadimoulis (GUE, extrême gauche), qui présidait les débats à Bruxelles, après un vote à main levée des eurodéputés en l'absence de l'intéressée.
Cette demande était formulée par le parquet de Nanterre (région parisienne), qui a ouvert une information judiciaire contre Marine Le Pen pour «diffusion d'images violentes».
Le Code pénal français punit de trois ans d'emprisonnement et 75 000 euros d'amende le fait de diffuser «un message à caractère violent, incitant au terrorisme, pornographique ou de nature à porter gravement atteinte à la dignité humaine» lorsque ce message est «susceptible d'être vu ou perçu par un mineur».
En décembre 2015, la présidente du FN avait publié trois photos sur Twitter avec le texte «Daech c'est ça!» : un soldat syrien écrasé vivant sous les chenilles d'un char, un pilote jordanien brûlé vif dans une cage et une photo de l'otage américain James Foley, la tête posée sur le dos. Daech est l'acronyme arabe du groupe État islamique (EI).
Mme Le Pen entendait protester contre le «parallèle ignoble» effectué, selon ses propos, par le journaliste vedette du groupe BFMTV et RMC, Jean-Jacques Bourdin, entre le groupe EI et le Front national.
La photo de James Foley avait été retirée le lendemain, à la demande de la famille du journaliste, mais les deux autres images étaient toujours en ligne jeudi.
«Ridicule et problématique» 
«Je suis députée, je suis dans mon rôle quand je dénonce Daech», s'est justifiée Marine Le Pen jeudi matin sur la chaîne de télévision LCP et la radio France Bleu, avant le vote, critiquant «une enquête politique».
La dirigeante d'extrême droite est, selon les sondages, quasiment assurée de se qualifier le 23 avril prochain, pour le second tour de l'élection présidentielle française.
«Cette levée d'immunité est absolument ridicule et problématique», s'est insurgé son bras droit, Florian Philippot, sur BFMTV.
Les eurodéputés «sont des godillots», «qui jouent le jeu des islamistes en cachant leurs monstruosités» et ne défendent pas les «lanceurs d'alertes», a estimé son directeur de campagne, le sénateur David Rachline.
Dès mardi, lors d'une visite au Salon de l'agriculture, Mme Le Pen avait dénoncé «une procédure ultra rapide spéciale Marine Le Pen».
Selon le Parlement européen, 15 demandes de levée d'immunité ont été examinées en 2016. Chaque dossier a pris entre quatre et huit mois selon les cas. La demande concernant Mme Le Pen ayant été déposée le 5 octobre 2016, la procédure la concernant aura duré près de cinq mois.
«La procédure judiciaire contre Marine Le Pen suit les délais habituels», avait estimé l'eurodéputée italienne Laura Ferrara, du groupe parlementaire eurosceptique EFDD, chargée par le Parlement d'étudier la demande de la justice.
Mme Le Pen a récemment repoussé une autre convocation, de la police, cette fois-ci dans l'enquête sur les soupçons d'emplois fictifs concernant plusieurs assistants parlementaires d'eurodéputés du Front national.
Une information judiciaire a également été ouverte contre le député apparenté FN Gilbert Collard, qui avait lui aussi tweeté une image violente, utilisant la même raison que Marine Le Pen. Mais le bureau de l'Assemblée nationale française a refusé de lever de son immunité, jugeant la requête de la justice pas «suffisamment précise».