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dimanche, novembre 06, 2016

MICI : des troubles en pleine progression

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Peu connues, les maladies inflammatoires chroniques intestinales sont particulièrement invalidantes. Traduisant une réponse anormale des défenses naturelles de l'organisme, ces pathologies seraient même en augmentation. Comment expliquer cette évolution ? Quelques éléments de réponse avec le Pr. Pierre Desreumaux du CHU de Lille.
Depuis 1945, on note une augmentation des maladies inflammatoires chroniques intestinales (MICI) qui regroupent la maladie de Crohn et la recto-colite hémorragique. Cette tendance est-elle simplement due à une meilleure détection ? Pas selon le Pr. Desreumaux de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale et spécialiste de ces maladies, qui nous présente les différentes causes envisagées : des hypothèses biologiques à l'influence de l'environnement.
Un système immunitaire trop "susceptible"…
Intestin maladies chroniquesDe la polyarthrite rhumatoïde au psoriasis*, les maladies inflammatoires chroniques se caractérisent toutes par une réponse inadaptée du système immunitaire face à des éléments naturels. Dans le cas des maladies chroniques intestinales, les bactéries habituelles de la flore intestinale déclenchent une réaction disproportionnée des défenses de l'organisme. Se sentant injustement agressé, il va déclencher l'inflammation de la muqueuse intestinale. Un mécanisme qui vise normalement à empêcher la propagation d'agents toxiques, à éliminer les agents pathogènes et à amorcer les premières étapes de la réparation.
Ces inflammations se caractérisent par quatre signes : des rougeurs (due à la dilatation des vaisseaux sanguins au niveau de la zone lésée), la chaleur (due à l'afflux sanguin et à la libération de substances capables de provoquer de la fièvre), la tuméfaction avec la formation d'un oedème, qui va comprimer les terminaisons nerveuses à l'origine de la douleur (en plus de la sécrétion de substances libérées par les cellules lésées).
"Ces maladies frappent le plus souvent entre 20 et 25 ans. Mais tous les âges sont concernés, ainsi 15 à 20 % des patients ont moins de 15 ans. Evoluant par crises entrecoupées de périodes de rémission plus ou moins longue, l'évolution de cette maladie est assez comparable à l'asthme" nous précise le Pr. Desreumaux.
Les MICI en plein décollage
On compte en France 200 000 personnes atteintes de MICI : 120 000 de la maladie de Crohn et 80 000 de recto-colite hémorragique. Entre 5 000 et 6 000 nouveaux cas apparaissent chaque année. Le Pr. Desreumaux nous précise qu'entre 1945 et 1980, le nombre de cas a été multiplié par 8 à 10 dans les pays industrialisés (essentiellement Europe et Etats-Unis). Ensuite, le nombre de cas de maladie de Crohn s'est stabilisé sauf en France et en Belgique où la maladie de Crohn continue à progresser, sans qu'on ne puisse réellement expliquer l'origine de ce phénomène.
"On a observé en France d'importantes disparités régionales. Ainsi, la région du Nord-Pas-de-Calais compte 10 000 patients, c'est beaucoup plus que pour le sud de la France. Cette région cumule trois particularités : la persistance d'une augmentation du nombre de cas de la maladie de Crohn alors qu'elle stagne ou diminue dans les autres pays, l'existence de formes familiales plus fréquentes qu'ailleurs et la survenue de plus de nouveaux cas de maladie de Crohn que de nouveaux cas de recto-colite hémorragique (seule région à constater cette distribution avec la Belgique)" nous précise le Pr. Desreumaux.
On compte également plus de malades dans le Nord de l'Europe que dans le Sud. Une distribution que les chercheurs peinent à expliquer. Cependant, ils constatent aujourd'hui que la plus forte progression concernent aujourd'hui des pays en cours d'industrialisation tels que certains pays d'Asie ou l'Afrique du sud. Une observation qui plaide en faveur d'une influence de l'environnement (mode de vie, habitudes alimentaires…).

Des facteurs génétiques et environnementaux

Comment expliquer que dans certaines régions du monde, ces deux maladies touchent de plus en plus de personnes ? Selon le Pr. Desreumaux, des facteurs génétiques et environnementaux sont à l'oeuvre.

DES FACTEURS GÉNÉTIQUES LIÉS À DES FORMES FAMILIALES

On sait qu'il existe des formes familiales de la maladie de Crohn, dont la fréquence varie de 5 à 35 % selon les pays. Un premier gène de susceptibilité baptisé NOD2/CARD15 a récemment été identifié. Trois principales mutations permettent de distinguer des groupes de patients présentant un risque 40 fois plus important d'être atteint de la maladie de Crohn. "Mais le hic est que ces formes ne représentent qu'un patient sur cinq… Autant dire qu'un dépistage génétique n'est pas pour demain. De plus, ces gènes ne semblent pas liés à des formes plus sévères de la maladie ou à une meilleure réponse à certains traitements. Pour le moment, ces influences génétiques ne peuvent que nous aider dans la compréhension de la maladie et peut-être demain dans la mise au point de nouveaux traitements" avoue le Pr. Desreumaux.

DES FACTEURS ENVIRONNEMENTAUX À EXPLORER

Les plus fortes augmentations du nombre de cas concernent des pays en cours d'industrialisation. Ainsi, de nombreux facteurs sont avancés pour expliquer cette évolution : pollution, alimentation, mode de vie, stress… mais sans preuve jusqu'à ce jour. Le Pr. Desreumaux précise que "seul le tabagisme a été formellement identifié comme favorisant la maladie de Crohn, mais protégeant de la recto-colite hémorragique. Parmi les autres facteurs de risque identifié, il semblerait qu'une appendicectomie avant l'âge adulte protègerait de la recto-colite hémorragique tandis que la malbouffe augmenterait simultanément le risque des deux maladies". Enfin tout comme pour les allergies alimentaires, l'augmentation du niveau d'hygiène pourrait avoir une influence (thèse hygiéniste) : trop de propreté durant l'enfance empêcherait le tube digestif de s'adapter à diverses bactéries et provoquerait à l'âge adulte une réaction excessive. Une hypothèse qui méritera confirmation…
Bien que les traitements aient largement progressé ces dernières années, beaucoup de zones d'ombre subsistent encore autour des MICI. La meilleure compréhension des interactions entre le système immunitaire et la flore intestinale pourraient demain les éclaircir. Un vaste chantier en perspective.
* Les maladies chroniques inflammatoires concernent aujourd'hui différents organes : les articulations avec la polyarthrite rhumatoïde ou les spondylarthropathies, la peau avec le psoriasis et enfin l'intestin avec la maladie de Crohn et la recto-colite hémorragique, regroupées sous le terme de maladies inflammatoires chroniques intestinales (MICI).
David Bême