vendredi, juillet 03, 2015

Le Québec canadien

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Gilles Proulx
Notre bon docteur Couillard doit perdre ses complexes de provincial et se comporter comme le chef d’État qu’il est.
Vingt-cinq ans après l’échec de Meech, vingt ans après le référendum à 49,4 % de oui, il est temps de faire une place décente pour le Québec au sein du Canada. Exactement comme Robert Bourassa, fédéraliste, pouvait inspirer confiance au reste du Canada, Philippe Couillard est en position d’aller chercher de vraies avancées pour le Québec.
Le 22 juin dernier, on en a peu parlé, mais c’était le 25e anniversaire de l’échec de l’accord du lac Meech. C’est alors qu’un Robert Bourassa a tenu son discours demeuré le plus célèbre: «Le Canada anglais doit comprendre de façon très claire que, quoi qu’on dise et quoi qu’on fasse, le Québec est, aujourd’hui et pour toujours, une société distincte, libre et capable d’assumer son destin et son développement.»
Voilà exactement la mentalité qu’il faut à Philippe Couillard. Lui qui aime à se réclamer de Jean Lesage, il doit reprendre le flambeau. Comme nous l’a rappelé Robert Dutrisac (un analyste politique que j’estime beaucoup) dans
Le Devoir, le bon docteur Couillard est tenté de se servir du 1er juillet 2017, soit le 150e anniversaire de la Confédération, pour que le Québec obtienne, dans l’honneur et la dignité, la place qui lui revient dans le giron constitutionnel.
Le fruit est mûr
Ancien porte-parole charismatique du Non (et brandisseur de passeport canadien pour repousser la menace séparatiste), Jean Charest aimait à dire, au sujet de la question constitutionnelle, que «le fruit n’est pas mûr». C’était vrai. Mais ce ne l’est plus. Après le bref gouvernement Marois, le retour des libéraux provinciaux au pouvoir, forts de leur taux de presque 100 % d’appuis chez certaines populations, a rassuré le Canada anglais.
La souveraineté du Québec? Le Canada anglais n’y voit plus une éventualité menaçante. Le poids démographique décroissant de «la Belle Province» a même permis à Stephen Harper de former un gouvernement sans le Québec (qui, dans un élan du cœur irrationnel, a voté en masse pour les incompétents du NPD).
« L’amour » du Canada
À la veille du référendum de 1995, des avions nolisés (payés illégalement) nous ont envoyés plein de Canadians pour nous dire «Je t’aime». Mais tout comme l’échec référendaire de 1980 nous apporta le coup de poing sur la gueule de 1982, celui de 1995 nous a apporté l’affirmation de domination de Stéphane Dion avec sa «loi sur la clarté»... qui a aussi eu pour effet de rassurer le Canada.
Pour couper l’herbe sous les pieds de PKP, Couillard doit prendre le «beau risque» de rappeler au reste du Canada, qui n’a jamais été aussi indifférent à l’endroit du Québec, qu’il manque une signature à sa constitution...
En attendant, puisque le Québec est pris dans le carcan constitutionnel de 1982, rien n’empêche Couillard d’augmenter les budgets consacrés à l’intégration des immigrants. Il peut aussi augmenter les pouvoirs de la loi 101 pour s’attaquer à l’outrancière anglicisation des raisons sociales, notamment celles des «food trucks». Mais surtout, rien ne l’empêche de se débarrasser de l’étiquette coloniale de «province» puisque le Québec est un État.
Vous pouvez bouger, M. Couillard. C’est le moment de s’inspirer de Jean Lesage.