samedi, avril 25, 2015

«Je suis vraiment inquiet pour l’avenir du Québec»

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Le «déclin tranquille» de l’économie du Québec préoccupe le chef de la CAQ, François Legault

Michel Hébert
PHOTO LE JOURNAL DE QUÉBEC, SIMON CLARK
François Legault se désole du «déclin tranquille du Québec». Les nouvelles économiques sont souvent mauvaises et la vente du Cirque du soleil à des intérêts étrangers est un signe de pauvreté collective.
« C’est le résultat du déclin tranquille du Québec. Guy Laliberté l’a dit, il n’y a pas assez d’argent au Québec. Pour moi, c’est un échec », confie le chef de la CAQ en entrevue au Journal.
Il regarde grandir ses fils avec appréhension. « Si j’étais à leur place, je regarderais vers New York ou San Francisco. Les emplois intéressants, les défis sont là-bas. Je suis vraiment inquiet pour l’avenir du Québec », insiste-t-il.
Question nationale
Obnubilés par la question nationale et distraits par les incessantes revendications syndicales, les Québécois ne voient pas le pétrin dans lequel ils se trouvent.
« C’est la grenouille dans l’eau bouillante. On a monté la température tranquillement, elle ne s’est rendue compte de rien mais en est morte. Le Québec, c’est pareil. On n’est pas conscient de ce qui ne va pas parce qu’on a compensé notre manque de richesse en s’endettant à la limite. Ça ne peut plus continuer», ajoute-t-il d’un trait.
« Moi, je propose un autre plan, plus ambitieux que celui des libéraux. Créer des emplois dans le manufacturier, ça c’est créer de la richesse. Ce n’est pas le temps d’être pour ou contre un autre référendum sur la souveraineté. Si, dans trois ans et demie, les gens ne veulent pas de mon plan, je vais aller faire autre chose mais j’aurais essayé de sortir le Québec de son déclin tranquille », explique le chef caquiste, plus direct que jamais.
En queue de peloton
Sur son bureau plusieurs photocopies d’un tableau dont le titre n’a rien de très glorieux : « Le Québec au 57e rang en Amérique du Nord ». Au classement de la richesse, le Québec est en queue de peloton. Plutôt désespérant, le retard s’accentue.
« En dix ans avec les libéraux, on a reculé du 54e au 57e rang. Et ce n’est pas avec Philippe Couillard que les choses vont changer. L’économie, il ne connaît pas ça », soutient François Legault.
« Jacques Daoust présidait Investissement Québec durant ce temps-là. Il n’a pas changé et n’aura pas plus de succès aujourd’hui », ajoute-t-il.
Entrepreneurs pas valorisés
Au Salon bleu, François Legault invoque sans cesse le retard du Québec face à l’Ontario. Il sait que les médias s’en moquent parfois. Que dans les banquettes libérales et péquistes, on maugrée.
« C’est pas sexy l’économie. Mais moi je suis en politique pour ça. Il faut créer de la richesse pour payer les programmes sociaux et baisser les impôts. On ne peut pas passer à un autre appel, la classe moyenne est étouffée, il faut faire quelque chose», explique-t-il.
Mais pas facile de parler de richesse. Au Québec, on ne valorise pas les entrepreneurs. Le succès et la richesse non plus.
« On n’est pas conscient
de ce qui ne va pas, parce
qu’on a compensé notre
manque de richesse en
s’endettant à la limite. »
— François Legault
«Mon livre, «Projet Saint-Laurent», je voulais l’intituler «Pour un Québec ambitieux». Mes conseillers m’ont dit que le mot ambitieux était péjoratif et serait mal perçu. C’est tout dire».
Le problème, selon lui, c’est que, depuis la Révolution tranquille, la vie politique est dominée par le débat constitutionnel. Le PQ rend ainsi la partie facile au Parti libéral qui, misant sur la peur, n’a pas besoin d’assumer ses responsabilités en regard du développement économique.
Bourassa
Robert Bourassa fut le seul premier ministre à vraiment «mettre l’emphase sur la création de la richesse», estime M. Legault.
«Bernard Landry mettait l’accent sur la création d’emplois, peu importe si c’était des emplois de qualité ou non. Et Jean Charest n’était pas un homme d’affaires», résume le chef caquiste.
«Si j’étais premier ministre du Québec, j’aurais un compteur sur mon bureau pour suivre les investissements des entreprises. Les libéraux ont trouvé un champion, Martin Coiteux, pour contrôler les dépenses, mais ils n’ont pas de champion en revenus. C’est dur à dire mais l’économie, ce n’est pas la passion de Philippe Couillard», conclut François Legault.
PHOTO LE JOURNAL DE QUÉBEC, SIMON CLARK

Un Québec indépendant aurait besoin de « trouver des milliards », selon Legault

L’indépendance du Québec coûterait cher aux Québécois. Privé des fonds fédéraux, le budget plongerait dans le rouge. «Il faudrait trouver des milliards», estime François Legault.
Jadis souverainiste convaincu, le chef de la CAQ sait de quoi il parle. Il avait établi les finances d’un Québec souverain, sur ordre de Bernard Landry en 2005. Il avait été appuyé dans sa démarche par Nicolas Marceau, ex ministre des Finances sous Pauline Marois, aujourd’hui partisan PKPiste.
«J’ai fait les Finances d’un Québec souverain. À ce moment-là, on recevait quatre milliards de péréquation. Aujourd’hui, on en reçoit 9,5 milliards», rappelle-t-il.
Embarrassant
Avant d’ajouter le plus embarrassant : «Je suis en train de mettre les chiffres à jour et actuellement, le Québec serait perdant, il faudrait trouver des milliards».
En fait, le document présenté par le PQ il y a dix ans avait été préparé dans un contexte budgétaire très favorable aux théoriciens de l’indépendance. À cette époque, le gouvernement fédéral avait des surplus budgétaires. Il était facile de démontrer les gains découlant de l’indépendance.
D’autant plus facile que l’on tenait compte de la «croissance des revenus du gouvernement fédéral». Ottawa avait cumulé des surplus de 63 milliards durant les sept années précédentes.
5 an de perturbations
Aujourd’hui, la situation est renversée : Ottawa peine à combler son déficit budgétaire et la rentabilité de l’indépendance reste à faire.
François Legault donne aujourd’hui raison à Pauline Marois qui prédisait «cinq ans de perturbations» après un Oui à l’indépendance.
«On n’a pas besoin de ça quand on est 57E sur 61 au classement de la richesse en Amérique du nord», dit-il.
Selon lui, le PQ et PKP font fausse route en ramenant le projet d’un troisième référendum. «On n’a pas besoin de ça, ce n’est pas le temps de faire peur aux investisseurs. Il faut relancer l’économie et que la population soit prête à parler de ça», insiste le chef de la CAQ.

À propos de...

Sa recrue, Jocelyne Cazin
Pourquoi avoir recruté Jocelyne Cazin si vite après le départ de Gérard Deltell? N’y avait-il pas de talents locaux dans Chauveau?
Ça faisait des mois qu’on se doutait que Gérard ferait le saut au fédéral. Et ça faisait longtemps que je sollicitais Jocelyne Cazin. C’est une amie, on se connaît depuis longtemps. Elle va déménager dans Chauveau, elle va faire un malheur en politique .

Quel est l’accueil des électeurs?
Les gens me félicitent d’avoir été chercher Mme Cazin. Elle a gagné quatre trophées Arits avec J.E.. Elle est proche des gens et des idées de la CAQ. Elle est contre le gaspillage et pour la responsabilisation. Je suis très content de l’avoir avec nous .

Sa théorie sur PKP
PKP, chef du PQ, ça vous inquiète?
Non, pas du tout. Plus il va parler de souveraineté, plus il sera déconnecté de la population .

Le PQ serait mieux servi avec un autre?
« Je connais PKP et j’ai très, très hâte au débat des chefs. Ça serait plus difficile avec Drainville, qui a du charisme, ou Cloutier, qui représente les jeunes. PKP n’est pas un bon débateur. Il veut la souveraineté et la population n’en veut pas; il est déconnecté .

Autre chose vous dérange?
Ce qui m’achale, c’est Québecor. Je suis inquiet parce que les journalistes plus jeunes pourraient avoir un malaise à critiquer PKP. On ne crache pas dans la soupe. Et puis, à chaque fois que Le Journal ou TVA fera une critique du gouvernement Couillard, les libéraux vont dire que c’est à cause de PKP. Il a toujours en poste des gens fidèles à PKP, des gens proches de lui. Il est toujours là par personnes interposées.

Le passé de Couillard
Que pensez-vous des dossiers Amorflix et Canadian Royalties?
On est en droit de savoir ce qu’il a fait. Il était président du c.a. d’Amorflix et Hans Black en était l’administrateur et l’actionnaire principal. Comment se fait-il qu’il n’ait pas su que Black avait été réprimandé?.

Et les 100 millions aux Chinois?
Philippe Couillard était sur le conseil d’administration de Canadian Royalties et aujourd’hui Investissement Québec prête 100 millions à cette compagnie qui ne va pas bien financièrement. Elle aurait de la difficulté à payer les fournisseurs. Les questions (soulevées par Le Journal) sont justifiées mais là encore, M. Couillard essaie de s’en laver les mains en disant que PKP est derrière ça.