jeudi, juillet 23, 2015

Pari perdu

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Le gouvernement Harper paie aujourd’hui le prix de son obsession pétrolière. Le Parti conservateur entre en campagne électorale avec une économie en récession, avec un probable retour au déficit budgétaire. Pari perdu.
 
Le choc pétrolier rattrape le gouvernement fédéral. Et l’accord sur le nucléaire iranien laisse présager un retour des pressions baissières sur les cours, avec des valeurs de référence cibles ramenées sous les 40 $US le baril selon les différentes projections. Dans son budget d’avril, Ottawa misait sur une belle résilience de l’économie canadienne, qui n’a pas eu lieu. C’est avec un pari pétrolier perdu que le gouvernement conservateur donne rendez-vous aux électeurs canadiens.
 
Tour à tour, la Banque du Canada puis le Directeur parlementaire du budget (DPB) ont douché l’enthousiasme conservateur. Le gouverneur de la banque centrale a pu éviter de prononcer le mot. Mais l’institution table désormais sur une croissance négative du PIB pour un deuxième trimestre consécutif, de -0,5 % au deuxième, après -0,6 % en rythme annualisé au premier. Pire encore, pour l’ensemble de 2015, la croissance attendue, à 1,9 %, devrait plutôt être de 1,1 %, prédit la Banque.
 
Dans son budget d’avril, le gouvernement Harper misait encore sur une progression de 2 % cette année, estimant que l’économie canadienne faisait preuve de résilience en cette conjoncture pétrolière plutôt austère à la bonne santé des finances publiques fédérales.
 
Une bonne santé que le Directeur parlementaire du budget a reconnue mardi. Du moins, sur un horizon de long terme. Mais du coup, le rapport vient confirmer le retour du déséquilibre fiscal entre le fédéral et les provinces. Et dans l’immédiat, le retour promis à l’équilibre en 2015 ne tient plus. Prenant acte des nouveaux paramètres de la Banque du Canada, le DPB estime que le surplus attendu de 1,4 milliard pour l’exercice 2015-2016 se transformera plutôt en un déficit de 1 milliard.
 
Scénario du passé
 
Et tout cela appartient déjà au passé. Car la variable pétrolière pourrait encore réserver de nouvelles surprises. La plupart des scénarios prévoient désormais une stabilité des cours pétroliers au niveau actuel, sinon une légère remontée durant la seconde moitié de l’année. Aussi, le dernier budget fédéral avait pris soin de réviser fortement à la baisse, de 4,3 % à 1,6 %, la croissance du PIB nominal cette année afin de tenir compte de l’effet de la chute des prix de l’or noir et de l’essence sur le déflateur du PIB, pour remonter le tout autour de 4,6 % l’an prochain. Or, les spécialistes lancent l’avertissement que l’accord nucléaire iranien — et l’élimination afférente des sanctions internationales — viendra brouiller les cartes. Advenant une pleine ouverture des valves par un pays renfermant les deuxièmes plus importantes réserves de l’OPEP après l’Arabie saoudite, le cours de référence pourrait facilement chuter sous les 40 $US, voire les 30 $US le baril.
 
Ottawa n’espère plus désormais que l’effet favorable du choc pétrolier sur le reste de l’économie, encore ténu, vienne prendre le relais, et que les bénéfices d’un dollar allant en s’affaiblissant, encore timidement mesurable, fassent leur oeuvre. Après tout, dans son dernier budget, Ottawa a hypothéqué l’avenir en projetant une série de dépenses sur les prochains exercices. Vente des dernières actions de GM, surplus à la caisse de l’assurance-emploi et réduction de la réserve pour éventualités à sa plus simple expression… Le gouvernement Harper a également tout fait pour offrir sa bonification de la Prestation universelle pour la garde d’enfants, le fractionnement du revenu et le doublement du plafond du CELI. Il misait sur le retour à l’équilibre pour compléter sa plateforme électorale par une extension des adoucisseurs fiscaux à la classe moyenne. Mais la rente pétrolière a disparu.
 
Aujourd’hui, ce long clivage Est-Ouest, manufacturiers contre pétrolières, a rattrapé un gouvernement qui souhaite désormais, au mieux, un marché pétrolier équilibré, sinon une inversion du syndrome hollandais. Le gouvernement conservateur s’engage dans une campagne électorale avec des astres mal alignés. Avec ce rendez-vous dans une nouvelle ronde de négociations du Partenariat transpacifique se voulant plutôt menaçant pour le modèle agricole appliqué en Ontario, au Québec et dans l’Est. Avec, aussi, cette importante rencontre internationale sur le réchauffement climatique où le pétrole en général, celui des sables bitumineux en particulier, et les autres énergies fossiles seront relégués au rang de parias.
 
Mais la conférence de Paris sur le climat n’est qu’en décembre.

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