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samedi, avril 18, 2015

«Des millionnaires, au Québec, j’en veux»

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Pierre Karl Péladeau croit que les Québécois seront plus riches s’ils optent pour l’indépendance


C’est dans l’autobus qui le menait à Saint-Jérôme que Pierre Karl Péladeau a acheté sa carte de membre du Parti québécois (PQ), il y a tout juste un an. Indépendantiste depuis toujours, il gardait ses convictions en circuit fermé.


« Ce n’est pas le rôle d’un dirigeant d’entreprise de faire de la politique »Par devoir, en quelque sorte. Pour ne pas nuire à Québecor. «Ce n’est pas le rôle d’un dirigeant d’entreprise de faire de la politique», nous a-t-il confié au cours d’une entrevue donnée à son domicile d’Outremont, au cœur de Montréal.


L’appel à Pauline Marois

À 53 ans, le désir de faire de la politique s’est fait pressant; Pierre Karl Péladeau a préparé en douce la transition chez Québecor et, une fois l’affaire conclue, il a téléphoné à Pauline Marois pour offrir sa candidature. Mme Marois était enchantée; enfin, un homme d’affaires digne de ce nom! Enfin, un vrai riche pour le Oui! On connaît la suite: Pierre Karl Péladeau annonce qu’il se présente dans Saint-Jérôme et lève le poing en l’air en disant vouloir faire du Québec un pays.

Tremblement de terre! Le Canada anglais, indifférent depuis des années, observe, pantois, la Belle Province. L’establishment capote, Maclean’s dramatise.


« Tremblement de terre, c’est peut-être un peu gros, mais je sais qu’on n’a jamais parlé autant de souveraineté »

Mais Pierre Karl Péladeau mesure plus humblement la secousse qu’il a provoquée. «Tremblement de terre, c’est peut-être un peu gros, mais je sais qu’on n’a jamais parlé autant de souveraineté», concède-t-il.


Inspiré par son père

Le PQ est effectivement ragaillardi et la souveraineté redevient autre chose qu’une épinglette à la boutonnière. Mais les choses n’ont pas été faciles pour Pierre Karl Péladeau. La défaite du PQ, son accident de vélo, les journalistes... L’homme d’affaires doit retrouver ses repères. Fini le petit bonheur de reconduire ses enfants à l’école du coin. C’est le train Québec-Montréal, mardi et jeudi. Et la satanée partisanerie parlementaire, qu’il trouve parfois «invraisemblable et renversante».

La motivation de se lancer en politique, et ensuite dans la course au leadership du PQ, vient de son père, Pierre Péladeau. Le fondateur de Québecor incarnait le don de soi et disait que chacun doit redonner à la société, d’une manière ou d’une autre, un peu de ce qu’il a reçu. Le fils est ambitieux: il veut léguer un pays. Le moyen est connu. Ça passera éventuellement par une question, à laquelle il faudra répondre par Oui ou Non. Il a consulté Parizeau, Bouchard, Duceppe, Landry, etc.

Un mandat costaud


Pour le moment, Pierre Karl Péladeau mène sa campagne autour d’un thème familier: la richesse.

Pour le moment, Pierre Karl Péladeau mène sa campagne autour d’un thème familier: la richesse. Selon lui, les Québécois seront plus riches s’ils optent pour l’indépendance. La péréquation, les transferts fédéraux, la mécanique comptable du fédéralisme canadien ne sont que des épouvantails. Son message fait mouche chez les militants du PQ, mais il ne pavoise pas; s’il est élu chef du PQ, il deviendra de facto chef de l’opposition officielle. Un mandat costaud auquel il réfléchit déjà. «Ne pas y penser serait irresponsable. On ne pense pas à ça le lendemain», dit-il.


Dans les événements partisans, les gens s’approchent, tiennent à lui dire un mot, à le toucher. Ça l’impressionne. Cet engouement le rassure.

Diriger notre économie


« Des millionnaires, des milliardaires au Québec, j’en veux. Je ne veux pas faire l’apologie du 1 %, mais il faut cesser d’opposer le capital au travail. »

Selon Pierre Karl Péladeau, la trajectoire historique du Québec passe par un contrôle effectif de son économie. «Des millionnaires, des milliardaires au Québec, j’en veux. Je ne veux pas faire l’apologie du 1 %, mais il faut cesser d’opposer le capital au travail. Des entreprises, des sièges sociaux, ça crée un écosystème générateur de richesse», explique-t-il. Son propos rappelle ce qu’écrivait jadis André Laurendeau: «Au fond, ce que nous voulons, c’est de cesser d’être les plus faibles.»


En 2015, Pierre Karl Péladeau insiste: «Il y a des chroniqueurs qui n’aiment pas qu’on en parle, mais, au fond, nous devons cesser d’être des colonisés...»

Propriété de Québecor
« Les gens me disent : “ Vendez pas vos affaires! ” »

Pour Pierre Karl Péladeau, l’affaire est entendue: pas question de vendre Québecor ou d’en céder le contrôle à qui que ce soit. Ce serait trop risqué. Des intérêts étrangers pourraient mettre la main sur l’entreprise et, à toutes fins utiles, la faire «disparaître» ensuite, prévient l’actionnaire de contrôle.


« Mais qui, au Québec, peut faire un chèque de cinq milliards? Y en a pas des tonnes. »

«La capitalisation boursière de Québecor, c’est quatre milliards. Si je veux vendre, il faut que je dise que je vais vendre, il y aurait donc des enchères. Et ça finirait à cinq milliards. Mais qui, au Québec, peut faire un chèque de cinq milliards? Y en a pas des tonnes», explique le député Péladeau.


Les risques de voir le géant québécois des télécoms et des médias passer sous contrôle étranger ou canadien seraient bien réels.

Rogers, par exemple, voulait acheter Vidéotron. Québecor l’intéresserait sans doute. Des multinationales américaines seraient aussi aux aguets.

Situation délicate

M. Péladeau sait bien que sa situation est délicate, surtout aux yeux de ses adversaires politiques. Il trouve d’ailleurs étrange que François Legault, le chef de la Coalition avenir Québec, n’en parle plus...


Il y a autre chose. Pierre Karl Péladeau répète que Québecor, c’est aussi la propriété des Québécois. Pas uniquement au sens propre du terme; Québecor, dit-il, «déborde de sa mission économique, Québecor a mis en valeur la richesse de notre patrimoine culturel».


« Je vais dans les bingos, les bowlings, au McDo, chez IGA, au Super C. Les gens me disent: “Vendez pas vos affaires!” »

L’aspirant chef du PQ prévient ses adversaires qu’à trop l’attaquer sur cette question, ils le poseront en victime devant le grand public.


Fiducie sans droit de regard

Incidemment, M. Péladeau affirme que, non seulement les militants du PQ ne veulent pas qu’il se départe de ses intérêts dans Québecor, mais la population en général ne le souhaite pas non plus. «Je vais dans les bingos, les bowlings, au McDo, chez IGA, au Super C. Les gens me disent: “Vendez pas vos affaires!”»

Il faudrait ajouter: point final! Parce que c’est la réaction populaire, plus que celles des libéraux et des caquistes, qui importe au député de Saint-Jérôme.

Même si la loi ne l’y oblige pas formellement, s’il devient chef de l’opposition officielle, il placera ses affaires dans une fiducie sans droit de regard. Sans plus. Cette mesure fera-t-elle taire ses détracteurs? Il le souhaite.

Pierre Karl Péladeau ne s’en cache pas. Il préfère les médias sociaux, Facebook en particulier, pour exprimer ses idées. Les mêlées de presse avec les journalistes parlementaires, ça le fait suer. Pas tout le temps, mais souvent. Mais il réfute les allégations voulant qu’il fuie les journalistes.

« Je ne fuis pas, je fais tous les scrums. Et qu’est-ce que vous voulez qu’on fasse? On me court après dans les corridors avec des “Kodak” gros de même; un jour, il va y avoir un accident, quelqu’un va se blesser. »

« Vous cherchez la clip, la clip, la clip. Avec Facebook, on peut prendre le temps de réfléchir, présenter des arguments soutenus, bien expliquer ses idées. En scrum, souvent, ça va dans tous les sens. »

« Geneviève Lajoie me harcelait pour avoir une entrevue. Mais si j’avais dit oui à Mme Lajoie, j’aurais passé mon temps à donner des entrevues. Les demandes des médias, ça n’arrête pas. »

« Mon attaché de presse travaillait pour Maka Kotto; vous comprendrez qu’il n’était pas le plus sollicité au monde. Il a maintenant 60 demandes d’entrevue par jour. Des journaux francophones, mais aussi des journaux du Canada anglais, des journaux étrangers. Ça n’arrête pas. »


Durant l’heure que nous avons passée ensemble, il en a compté huit...

«Nos échecs ne doivent pas freiner nos ambitions»

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Alexandre Cloutier veut ramener les jeunes au PQ

On le sait depuis le début de la course au leadership: Alexandre Cloutier n’est pas le favori de l’état-major du Parti québécois (PQ). Ses propos sur une «rupture» nécessaire avec le passé n’ont pas plu à tout le monde. Mais le principal intéressé estime qu’il est de son devoir de dire la vérité.
Il continue de souhaiter un renouvellement du PQ, qui fut, dit-il, l’un des «grands partis de l’histoire du Québec».
Il en parle avec Lucien Bouchard. Plus régulièrement avec Gilles Duceppe, qu’il respecte tout autant. Il admire le caractère du premier, «inspirant et vrai», et la «mémoire phénoménale» du second. Il voue un grand respect à Jacques Parizeau, mais, par sollicitude, ne fait plus appel à lui.
Ses appuis sont plus importants que nombreux: Véronique Hivon, François Gendron, Léo Bureau-Blouin, pour ne nommer que ceux-là. Il rallie des vedettes comme Vincent Gratton, et la récente sortie de Serge Denoncourt à Tout le monde en parle l’a ravi.
Une campagne à sa mesure
« Je ne me mettrai pas à solliciter les gens en leur promettant la délégation du Québec à Paris »
On raconte que les «bédardeux» sont rangés derrière Pierre Karl Péladeau. Les «bédardeux» étant le surnom donné en certains cercles à l’entourage de Stéphane Bédard, chef intérimaire du PQ. Alexandre Cloutier hausse les épaules et dit mener une campagne à la mesure de ses moyens. «Je ne me mettrai pas à solliciter les gens en leur promettant la délégation du Québec à Paris», laisse-t-il tomber, mordant.
Selon lui, la course au leadership doit être une occasion d’avancer des idées nouvelles et de relancer le débat souverainiste.
«Je sais que ça ne fait pas l’affaire de tout le monde quand je parle de rupture, de fin de cycle. Il y a eu la défaite de 1995 et celle d’avril 2014. Nous amorçons maintenant un nouveau cycle, la défaite de 1995 est consommée», soutient le député Cloutier.
À son avis, le PQ a du rattrapage à faire chez ses partisans de jadis. Les intellectuels et les jeunes étaient naturellement avec le PQ. La question ne se posait même pas. Les péquistes étaient vus comme des idéalistes, des «purs», motivés par un projet plus grand qu’eux-mêmes, le projet de faire du Québec un pays.
Mais ni les intellos ni les jeunes ne sont aujourd’hui inspirés ou attirés par le PQ. «Ils ne sont plus de notre bord, il faut reconquérir ce monde-là», insiste le député de Lac-Saint-Jean.
Une mouvance fragmentée
Mais la «fragmentation» de la mouvance nationaliste, nuisible à la cause, est tenace. Les appels incessants à la solidarité n’ont jusqu’ici guère porté fruit. Les clans se regardent comme des chiens de faïence. Sortir du champ gauche, rallier, pour peu qu’il en reste, les militants de droite ne sera pas facile.
Plusieurs années s’écouleront d’ici à un éventuel référendum, et le candidat Cloutier admet que «ça prendra du temps». Son programme postule une victoire du PQ en 2018 et prévoit l’élaboration d’une Constitution formant l’architecture institutionnelle d’une république québécoise. Suivraient des études sur la souveraineté.
M. Cloutier, 37 ans, ajoute une proposition originale: recueillir un million de signatures en 2020 avant d’amorcer le processus référendaire. Paul Bégin, ex-ministre péquiste, l’a disqualifié dans une récente lettre au Devoir. Réponse du député: «Nos échecs passés ne doivent pas freiner nos ambitions.»
Le pays n’a pas de prix
Mais comment soulever les passions en 2015? Que peut-on promettre au «paradis des familles»? Que demander en sus à la société la plus généreuse d’Amérique du Nord? Et la malheureuse dépendance aux transferts fédéraux devient embêtante.
«C’est très réducteur de ramener l’indépendance à une question de chiffres», réplique le candidat Cloutier.
En fait, le pays n’a pas de prix.
PHOTO LE JOURNAL DE QUÉBEC, ROGER GAGNON
Sa vie de père de famille

La 169 pour dire bonne nuit à ses enfants

La route 169 qui traverse la réserve faunique des Laurentides vers le Lac-Saint-Jean ne tolère pas la distraction. Une tempête de neige peut surgir comme un orignal à la sortie d’un virage. On n’y voit soudainement plus rien. Mais, quand l’ennui est trop cruel, Alexandre Cloutier prend le volant quand même et file à Saint-Gédéon pour dire bonne nuit à ses enfants.
C’est dur d’être député en région. Plus facile quand tu restes à Montréal, voire à Québec. Marie-Claude Perron, son épouse, l’admet: «Il se fend en quatre pour gérer ça comme il faut.»
« C’est mon mari, mais c’est aussi mon député »
Les amoureux, qui furent d’abord des amis d’enfance, ont conclu un pacte: la politique n’aura pas préséance sur le reste, comme c’est souvent le cas. La famille restera toujours le centre de l’univers du candidat Cloutier. Mais la politique est omniprésente: «C’est mon mari, mais c’est aussi mon député», résume Mme Perron.
Téléphone intelligent
Quand il ne peut faire autrement, le député Cloutier utilise son téléphone intelligent, une merveilleuse invention qui permet de regarder nos interlocuteurs. «Facetime a changé la vie des parents», raconte le député en préparant un expresso au représentant du Journal.
«La règle d’or, c’est que papa répond quand les enfants appellent. Mon entourage est prévenu. Peu importe où je suis, en réunion ou pas. Même au salon bleu, je sors quelques minutes pour leur parler...»
La matinée est ensoleillée, le lac Saint-Jean, d’une immaculée blancheur. Le député Cloutier tend le doigt: «Avec ma femme, c’est là que ça s’est passé. Elle était chez ses parents qui restent à côté. Je l’ai vue passer en célibataire sur la plage et je me suis dit que je ne la laisserais pas repasser...»
Reste que la politique n’est pas facile. On a beau avoir la trentaine encore solide, le rythme de vie est exténuant. Une course à la direction d’un parti, c’est une campagne électorale, en plus modeste. Mais c’est quasiment pareil, surtout sur le plan du kilométrage.
«Mais j’aime ça»
Une semaine peut le mener de Québec à Montréal, ensuite à Rouyn, puis à Amos, avant de dormir à Chibougamau pour rentrer à la maison le lendemain, “brûlé raide”. «Mais j’aime ça», dit le jeune père en déballant un jouet.

La fois où il a battu Bolduc chez lui...

À son entrée en politique en 2007, Alexandre Cloutier a d’abord dû venir à bout de la réticence d’André Boisclair. Son ami Stéphane Tremblay démissionnait, il a voulu d’emblée lui succéder. L’investiture de Lac-Saint-Jean semblait n’être qu’une formalité. C’était mal connaître André Boisclair, nouvellement élu chef du PQ. Alexandre Cloutier s’en souvient... Avec un détachement qui fleurait le mépris, l’ancien chef péquiste lui a lancé:
«Quand t’auras vendu 1000 cartes de membre, tu reviendras me voir...»
Piqué au vif, vexé, Alexandre Cloutier s’est promis de lui en faire voir, des cartes...
« J’ai vendu 2000 cartes »
«Il n’y a pas un salon de coiffure que je n’ai pas fait, pas un resto où je ne suis pas allé; je savais quel cuisinier avait sa carte du PQ. J’ai vendu 2000 cartes. Et, quand les élections sont arrivées, 10 % de la population était membre du PQ. C’est plus de 4000 personnes!» raconte avec verve le député Cloutier.
Il a affronté ensuite une vedette locale: Yves Bolduc, un fier fils du Lac-Saint-Jean, lui aussi. Un docteur, quelqu’un de bien vu à cette époque et qui devait briller parmi les meilleurs.
«Les libéraux ont mené une grosse campagne. Jean Charest et Philippe Couillard étaient toujours rendus dans le comté pour aider Bolduc.»
«Mais ils ne pouvaient pas me battre. J’ai gagné avec une grosse majorité. J’ai obtenu 46 % des suffrages. Et Bolduc a été obligé de déménager à Québec», se souvient le député de Lac-Saint-Jean, qui a obtenu son quatrième mandat en 2014.

«On doit expliquer ce que sera le pays»

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La bibliothèque derrière lui grimpe jusqu’au plafond. Surtout des livres politiques, naturellement. Bernard Drainville en sort un portant sur Winston Churchill, l’inoubliable politicien britannique qui se dressa devant Hitler.
« Alors que, selon les sondages, PKP vogue vers une victoire facile, on s’inspire de ceux qui ont déjoué les pronostics »
«Tiens, des mots que j’ai écrits dans la marge, en décembre 2014: “Alors que, selon les sondages, PKP vogue vers une victoire facile, on s’inspire de ceux qui ont déjoué les pronostics”», relit-il à haute voix dans le salon de sa résidence de Saint-Augustin où Le Journal l’a rencontré, lundi dernier.
Le Vieux Lion l’inspire aussi en regard du pays. «Il était la preuve vivante qu’on ne doit jamais lâcher», dit-il en refermant son bouquin.
Pas rongé par le pessimisme
«Un projet comme l’indépendance du Québec, ça carbure à l’espoir»
On est pourtant loin du grand jour, il le sait bien. Mais le candidat Drainville n’est pas rongé par le pessimisme. «Un projet comme l’indépendance du Québec, ça carbure à l’espoir», dit-il en réfutant les mauvais augures.
Le temps passe rapidement, irréversible. Vingt ans déjà depuis le deuxième référendum; le rendez-vous électoral de 2018 sera éminemment déterminant pour la suite des choses. Le PQ doit donc se faire une tête, et vite.
« On ne pourra pas dire: Bien, ça dépendra du nombre de signatures ou d’autres choses.... »
«On sait ce qui nous attend. On nous attaquera encore une fois avec le référendum. Notre réponse devra être claire en 2018. Oui, il y aura un référendum ou Non, il n’y en aura pas! On ne pourra pas dire: Bien, ça dépendra du nombre de signatures ou d’autres choses. Moi, j’ai besoin de sentir que l’appui augmente. Actuellement, il stagne, on ne peut le nier, mais je ne suis pas résigné devant ça. C’est le sens de ma candidature», explique-t-il.
«Je sais qu’il y a des gens pressés, et je suis pressé moi aussi, mais nous ne ferons l’indépendance qu’avec les Québécois, parce que c’est pour eux qu’il faut la faire», ajoute l’ancien journaliste.
De sa petite maison de la banlieue de Québec, Bernard Drainville imagine la marche à suivre, essaie de mettre en place les pièces du puzzle. Faire le pays serait se donner une liberté collective, l’addition de nos libertés individuelles en quelque sorte. Père de trois enfants, dont deux seront bientôt à l’aube de l’âge adulte, il dit savoir de quoi il parle.
Expliquer ce que sera le pays
«L’indépendance, qu’est-ce que ça me donne, à moi? What’s in it for me?»
«On doit expliquer ce que sera le pays. Les jeunes veulent savoir ce que ça leur procurera. Ils sont plus individualistes, on le sait. Il faut donc répondre à une question bien simple: L’indépendance, qu’est-ce que ça me donne, à moi? What’s in it for me?»
Champion du punch original, il ajoute: «Il faut ramener le Nous au Je»...
M. Drainville propose que le PQ crée un groupe de travail, «Force Indépendance», une instance financée à même les contributions des militants péquistes dont le mandat sera de documenter tous les aspects du débat à venir: péréquation, passeport, frontières, régime politique, etc.
Suivraient, après un retour au pouvoir, des études plus formelles, financées par l’État; une reprise de Bélanger/Campeau! Parce que les indépendantistes ne peuvent plus improviser, ça leur serait fatal. Pauline Marois ayant prédit qu’un Oui entraînerait «cinq ans de perturbations», ils devront avoir réponse à tout.
Une constitution québécoise
Autre gros morceau du puzzle: l’élaboration d’une Constitution québécoise, un «document fondateur», aux yeux de M. Drainville. L’exercice permettrait de réunir toutes les factions souverainistes. La partisanerie serait pour ainsi dire neutralisée. Du moins, il l’espère.
« C’est fou comme d’la marde »
Serait aussi évacué le scénario d’alliances électorales stratégiques. Péquistes et solidaires ont déjà envisagé des pactes dans certaines circonscriptions. «C’est fou comme d’la marde», s’exclame le candidat Drainville. Ce n’est pas nécessaire à une démarche dédiée exclusivement à l’indépendance. «Une Constitution serait plus utile qu’un partage des sièges du Salon bleu», dit-il, convaincu.
Un an après la défaite

Il ne faut pas blâmer la charte

Toujours partisan de «l’affirmation identitaire», Bernard Drainville en a marre d’être tenu responsable de la défaite d’avril 2014. Selon lui, la stratégie électorale de Pauline Marois a été beaucoup plus nuisible que la charte des valeurs.
« Ce qu’on aurait dû faire, c’est de ne pas aller en élection. »
«Ce qu’on aurait dû faire, c’est de ne pas aller en élection. Nous serions parvenus à une entente avec la CAQ. Ça, c’est clair. Mais ça ne sert à rien de réécrire l’histoire», lance-t-il, peu enclin à revenir sur le crash péquiste de 2014.
On insiste et M. Drainville rappelle que les actuels candidats à la direction du PQ ont tous participé à la dernière élection; eux aussi étaient solidaires de la stratégie électorale choisie alors.
PKP
À son avis, le PQ a perdu à cause du flou entourant l’éventualité d’un référendum. Pauline Marois a tout simplement été prise de court par le poing levé de son favori, Pierre Karl Péladeau.
« J’ai été solidaire de la stratégie, mais je n’ai rien compris »
«La charte n’a pas joué un rôle significatif dans les résultats électoraux parce que, à tort selon moi, on avait décidé de ne pas en faire un thème fort de la campagne. On l’a ramenée en catastrophe comme une bouée de sauvetage. J’ai été solidaire de la stratégie, mais je n’ai rien compris», raconte le député de Marie-Victorin.
« Ce fut une décision incompréhensible »
«Ça a été perçu comme une décision électoraliste, et avec raison, ce n’est pas moi qui va blâmer les électeurs. On aurait dû dire aux Québécois qu’on voulait terminer notre travail sur la laïcité. Ce fut une décision incompréhensible», résume le père de la charte.
Mais aujourd’hui, pas question de renier ses convictions. «Si on y croit vraiment à l’égalité homme/femme, assumons-nous!», dit-il.
Intégrisme
Bernard Drainville revient de Paris où, à l’invitation de Charlie Hebdo, on voulait l’entendre sur la laïcité et son projet de charte des valeurs.
« Je ne crois pas qu’une charte des valeurs suffise à contrer l’intégrisme, mais ce serait tout de même un point de départ »
«Je ne crois pas qu’une charte des valeurs suffise à contrer l’intégrisme, mais ce serait tout de même un point de départ, de là découlerait un certain nombre de choses. Pour le moment, nous sommes devant un grand vide juridique. Le cégep Maisonneuve, par exemple, n’a même pas un document officiel affirmant que l’État du Québec prône la neutralité religieuse», rappelle M. Drainville.
«Au lieu de s’attaquer à l’intégrisme, Philippe Couillard attaque les indépendantistes. En faisant ça, il fait mal au Québec et se déconsidère lui-même», conclut l’aspirant-chef.


Bernard Drainville sent les regards se tourner vers lui. Sept députés l’appuient maintenant à la direction du PQ : André Villeneuve a joint le clan Drainville, moins d’une semaine après Sylvain Gaudreault, le jeune loup du Saguenay. Depuis le débat de Trois-Rivières, on entend ici et là qu’il a «le vent dans les voiles». Pourra-t-il devancer Pierre Karl Péladeau d’ici à la mi-mai?

Qu’en pense le principal intéressé?
La course s’est resserrée, ça, c’est sûr.
Les sondages nationaux donnent toujours PKP gagnant, mais les vôtres?
Nos pointages ne visent que les militants et montrent que le nombre d’indécis a très nettement diminué et que nos appuis ont augmenté d’autant, ou presque. Ça va bien.
On dit qu’il y a une course pour le meilleur 2e?
« Je joue pour gagner, j’ai toujours joué pour gagner. »
Je joue pour gagner, j’ai toujours joué pour gagner. Je vise le meilleur résultat possible au 1er tour et, idéalement, j’aimerais gagner au 1er tour.
Vous croyez qu’il y aura deux tours?
Que ce soit au 1er ou au 2e tour, je me bats pour gagner. Il reste quatre débats officiels et celui du Saguenay-Lac-Saint-Jean. On l’a vu à l’Université Laval, tout peut arriver...
Peut-on prévoir des alliances au 1er tour ou au 2e tour?
Si ça prend un 2e tour, on verra à ce moment-là. La question des alliances ne se pose pas pour le moment.
Mais vous comptez sur des alliances éventuelles?
Tu ne sais jamais ce qui peut arriver, mais tu ne peux pas compter sur les autres. Je reste positif et j’évite les attaques personnelles. Je ne veux pas gagner au détriment des autres, au détriment du parti. Il y a une course, mais il ne faut pas être trop égoïste.