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mercredi, novembre 18, 2015

Sécurité : comment le Canada analyse-t-il les dossiers des réfugiés?

http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/societe/

Mise à jour le mardi 17 novembre 2015 à 13 h 10 HNE
Des réfugiés syriens dans un camp au Liban
Des réfugiés syriens dans un camp au Liban  Photo :  Marie-Ève Bédard

Malgré les récents attentats à Paris, le gouvernement Trudeau garde le cap sur sa promesse d'accueillir 25 000 réfugiés syriens d'ici la fin de l'année. Du même souffle, Ottawa martèle qu'il ne fera aucun compromis sur les questions de sécurité. Quelles sont les mesures mises en place?
Un premier filtrage par les pays d'accueil et le HCR
Les citoyens syriens que le gouvernement canadien souhaite accueillir proviennent du Liban ou de camps de réfugiés en Turquie et en Jordanie, a déclaré le ministre de l'Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, John McCallum.

Ces citoyens ont déjà subi des vérifications de sécurité, précise l'Agence des Nations unies pour les réfugiés (HCR). Les pays d'accueil comme la Turquie et la Jordanie ont la responsabilité d'écarter des réfugiés les combattants et ceux qui sont impliqués dans des activités incompatibles avec le « caractère civil de l'asile ».

Ensuite, le HCR fait des vérifications notamment sur les activités militaires des demandeurs, lors de l'inscription, de l'évaluation ou de la détermination du statut de réfugié. L'organisme a aussi des mesures de sécurité biométrique et antifraude, comme le balayage de l'iris.

Quelles vérifications?
Ensuite, pour le Canada, il y a trois façons de procéder à des vérifications de sécurité, selon Dave Charland, ex-agent du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) :
  • Consulter les bases de données des différentes agences de renseignement;
  • Dans certains cas, aller chercher l'information directement sur le terrain, dans les camps de réfugiés;
  • Obtenir de l'information d'autres gouvernements, par exemple les autorités turques.
L'expert en sécurité nationale explique que l'acteur principal, dans le processus de sélection, c'est Citoyenneté et Immigration Canada. Il précise que ce ministère, en collaboration avec celui des Affaires étrangères, choisit les candidats. Ensuite, le SCRS fait ses recherches sur les candidats et en rend compte à Immigration Canada.
« C'est eux (le SCRS) qui vont communiquer un rapport à Citoyenneté et Immigration Canada pour dire : "Voyez cet individu, nous avons effectué telle ou telle vérification, nous n'avons aucune information négative sur son sujet. Au contraire, cet individu-ci, on a dû rencontrer sa famille ou ses proches pour s'assurer qu'il n'y ait pas de problème. Ou carrément, cet individu-là est lié à l'extrémisme; on vous conseille de ne pas l'accueillir au pays". Par la suite, la décision finale est prise par Citoyenneté et Immigration Canada. »

Les douaniers font aussi des vérifications lors de l'arrivée des réfugiés au pays.

Une fois arrivés au Canada, « il n'y a pas de surveillance en tant que telle de l'ensemble des gens », précise Dave Charland. « Pour ce qui est des services policiers et des agences de renseignement, ce n'est pas une vérification systématique. Ça dépend des informations qu'on obtient sur les différents individus ».
Cliquez ici pour écouter l'entrevue avec Dave Charland diffusée à Midi info le 16 novembre 2015.
Plus de bénéfices que de risques
Ces vérifications réduisent les risques que des individus mal intentionnés fassent leur entrée au pays, explique Dave Charland.
« C'est un risque qu'on prend quotidiennement, un risque que le Canada accepte de prendre. C'est sûr qu'il y a des gens qui peuvent se faufiler au travers des mailles du filet. Le système actuel vise plutôt à minimiser ces risques-là qu'à les éviter complètement. »— Dave Charland

Dave Charland fait valoir que le Canada se doit d'accueillir les réfugiés syriens. « Les bénéfices potentiels sont infiniment plus grands que le risque que l'on prend à accueillir ces gens-là », estime-t-il.
« Prenez n'importe quelles 25 000 personnes dans la société canadienne; il y a autant de chance qu'une de ces 25 000 personnes commettent un acte terroriste dans les prochains mois, qu'une personne dans ces 25 000 réfugiés-là. »— Dave Charland

L'expert en sécurité ajoute que la plupart des réfugiés fuient l'État islamique, un groupe terroriste ou le gouvernement Assad, et qu'ils « devraient être normalement les premiers à contacter les policiers ou les services de renseignement si jamais ils sont témoins d'un individu qui se radicaliserait une fois arrivé au Canada ».

Même son de cloche du côté de Wesley Wark, expert en sécurité nationale de l'Université d'Ottawa : « Il est faux de croire que des partisans de l'État islamique ou des djihadistes se cachent parmi les réfugiés dans le but de se positionner pour des attaques. Ça n'a franchement aucun sens du point de vue de l'État islamique. [...] Si vous planifiez une attaque, la dernière chose que vous allez faire, c'est de compter sur un attaquant qui doit passer au travers du flux de réfugiés et de migrants. Donc, nous jouons avec cette peur en ce moment. »

Wesley Wark reconnaît que les vérifications de sécurité représentent un gros défi quand il y a un grand nombre de candidats et peu de temps. Mais un pays comme le Canada a beaucoup d'expérience dans le domaine, fait-il valoir. « Nous avons des procédures en place pour faire le filtrage de première ligne dans les camps de réfugiés au Moyen-Orient et en Turquie par exemple, et nous ferons des vérifications lors de l'arrivée des réfugiés au pays ».
« Je ne pense pas qu'il y ait de risques importants en matière de sécurité, et je ne crois certainement pas qu'il faille utiliser cela comme une excuse pour ralentir [...] l'accueil des réfugiés. »— Wesley Wark
Avec les informations de Manon Globensky, Raphaël Bouvier-Auclair et Midi info.

jeudi, novembre 12, 2015

Les modalités pour l'accueil des 25 000 réfugiés syriens encore inconnues

http://www.985fm.ca/national/nouvelles/

Publié par La Presse Canadienne le jeudi 12 novembre 2015 à 16h14.
Les modalités pour l'accueil des 25 000 réfugiés syriens encore inconnues
OTTAWA — Les provinces et municipalités devront attendre encore un peu avant de savoir comment le gouvernement de Justin Trudeau entend faire venir au pays et relocaliser les 25 000 réfugiés syriens qu'il a promis d'admettre au Canada d'ici la fin de l'année.
Le gouvernement libéral devait dévoiler les modalités de l'accueil à l'issue d'une réunion du cabinet jeudi matin, mais des annonces à cet effet ne devraient finalement pas avoir lieu avant «quelques jours».

Le ministre de l'Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, John McCallum, a ajouté une couche de confusion en indiquant que les 25 000 réfugiés proviendront d'une «combinaison» de parrainages privés et par l'État. La promesse de M. Trudeau en campagne était pourtant de 25 000 réfugiés entièrement parrainés par le gouvernement.

En point de presse en après-midi, M. Trudeau a indiqué que ce serait «un beau défi» de les accueillir, mais qu'il avait «énormément confiance» d'être en mesure de le faire.

Il a semblé contredire son ministre en indiquant «qu'autour» de 25 000 réfugiés seront bel et bien parrainés par le gouvernement, tout en signalant que ses troupes allaient «regarder toutes sortes de différentes façons d'amener ces gens».

Près de 10 000 réfugiés syriens ont été «enregistrés» par Ottawa et sont en attente de pouvoir fouler le sol canadien. Depuis janvier dernier, environ 6000 ont été admis grâce à des parrainages privés.

D'autre part, en marge d'une allocution devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, le président et chef de la direction de Cogeco, Louis Audet, a livré un plaidoyer en faveur de l'arrivée annuelle de quelque 100 000 réfugiés par année.

Accompagné du rapporteur spécial des Nations unies pour les droits de l'homme et des migrants, François Crépeau, et du consul général d'Allemagne à Montréal, Walter Leuchs, M. Audet a adressé une liste de reproches au gouvernement conservateur précédent.

Pendant plusieurs années, à son avis, le Canada s'est tout simplement contenté de «regarder ailleurs».

«Cela fait deux ans que sur nos écrans de télévision, nous voyons des tragédies, des morts et des gens qui souffrent, a-t-il dit. Le Canada a fait preuve d'un immobilisme politique institutionnalisé.»

S'il salue l'attitude du nouveau gouvernement libéral depuis sa victoire le 19 octobre dernier, le président et chef de la direction de Cogeco a estimé qu'il était possible d'en faire encore plus.

M. Audet dit avoir utilisé son jugement pour identifier la cible de 100 000 migrants, rappelant que le pays avait été capable d'accueillir 70 000 réfugiés vietnamiens en 1979.

À ses côtés, M. Crépeau a estimé que la meilleure façon de faire serait de sélectionner directement les candidats dans des pays de transit comme la Turquie, la Jordanie et le Liban.

«Vous éliminez le marché des passeurs, a-t-il affirmé. Nous faisons la reconnaissance du statut de réfugié sur place et il est beaucoup plus facile de les faire venir ici de façon organisée.»

Pour que le Canada puisse de nouveau occuper un rôle important sur la scène internationale, M. Audet a aussi relayé l'idée du rapporteur spécial des Nations unies pour la tenue d'une conférence au pays sur ce dossier.

«Il faut reprendre notre place, a-t-il dit. Ça serait une belle façon d'offrir notre aide. Ensemble, l'Europe, l'Amérique du Nord, l'Amérique du Sud, l'Australie et la Nouvelle-Zélande pourraient élaborer une solution.»