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mercredi, janvier 04, 2017

«Complètement et totalement abandonnés» par la DPJ

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Publié le 04 janvier 2017 à 08h48 | Mis à jour à 08h48
La protection de la jeunesse régionale n'a « RIEN »... (Martin Tremblay, archives La Presse)
La protection de la jeunesse régionale n'a « RIEN » fait, a dénoncé la juge avec des lettres majuscules qui s'écartent de la réserve habituelle des décisions judiciaires.
MARTIN TREMBLAY, ARCHIVES LA PRESSE
Deux enfants ont vécu huit ans dans une famille d'accueil toxique « avec l'accord » des autorités, s'indigne une juge de la Cour du Québec dans une décision lapidaire.
La Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) Mauricie-Centre-du-Québec a « toléré l'intolérable » en maintenant sciemment pendant plusieurs années deux enfants dans une famille d'accueil « toxique » où ils étaient frappés et humiliés, selon une juge de la Cour du Québec qui a alerté la Commission des droits de la personne devant ce « gâchis ».
Les jeunes ont été tapés au visage, voyaient leurs jouets brisés par les parents d'accueil et devaient manger séparément du reste de la famille, selon la décision rendue à l'automne à Drummondville, mais qui vient tout juste d'être diffusée.
« Depuis plusieurs années, ces enfants sont exposés avec l'accord de la [DPJ] et la tolérance des intervenants à un milieu de vie qui est inadéquat, inapproprié et maintenant dangereux pour leur équilibre émotif », a écrit la juge Marie-Josée Ménard. Comme ces problématiques étaient « bien identifiées », « on ne peut expliquer, justifier, tolérer que la [DPJ] ait été aussi passive ».
La protection de la jeunesse régionale n'a « RIEN » fait, a dénoncé la juge avec des lettres majuscules qui s'écartent de la réserve habituelle des décisions judiciaires.
Les deux garçons, nés en 2002 et en 2006, avaient été placés dans cette famille en 2008 en raison de la toxicomanie de leurs parents biologiques.
« L'histoire se répète pour eux et maintenant avec l'assentiment de la [DPJ] qui laisse perdurer une situation inacceptable », selon le jugement. Les deux frères ont été « complètement et totalement abandonnés » par le système qui devait les protéger, a-t-elle ajouté.
La DPJ a reconnu avoir lésé les droits des enfants dans ce dossier, avouant que « les intervenants n'ont pas respecté les protocoles mis en place ». Elle n'a pas rappelé La Presse hier, ses bureaux étant fermés.
« Après la lecture, je comprends qu'il y a suite devant les tribunaux », a pour sa part indiqué à La Presse Bianca Boutin, porte-parole de la ministre responsable de la Protection de la jeunesse, Lucie Charlebois. « Vous comprendrez que nous ne pouvons commenter un dossier devant les tribunaux. »
BRIMADES EN SÉRIE
Chantal Grondin, l'avocate attribuée aux deux enfants, s'est dite choquée par la situation, mais satisfaite du jugement.
« C'est certain que je suis satisfaite », a affirmé MGrondin, en entrevue téléphonique. « Je considérais que les droits de ces enfants avaient été lésés, la juge en est arrivée à cette conclusion. »
Dès l'année qui a suivi leur placement, la DPJ notait des « méthodes éducatives fort discutables et parfois excessives puisque [la famille d'accueil] brise les jouets des enfants et leur donne des tapes sur les fesses », alors qu'ils « traînent déjà un passé traumatique ».
En 2010, la DPJ « tolère des comportements et des attitudes inappropriés et hautement questionnables », poursuit la juge Ménard. En 2013, une pédopsychiatre met en doute la capacité parentale de la mère d'accueil, sans conséquences. La DPJ apprend aussi que « les enfants sont victimes d'abus physiques » : « le père d'accueil tape l'aîné au visage ».
En 2014, la DPJ note que le père d'accueil humilie « publiquement » l'un des enfants. L'année suivante, l'aîné est laissé pendant un mois entre les mains d'une gardienne, « contrairement aux directives bien claires ». En 2016, la DPJ apprend que les deux frères prennent leur repas au comptoir « alors que tous les autres membres de la famille mangent à la table ».
« Il était urgent que ces enfants soient sortis de ce milieu toxique, inadéquat et inapproprié », a écrit la juge Ménard. Le Tribunal considère que la [DPJ] n'a pas fait "sa job" correctement. »
Les enfants ont été déplacés vers une nouvelle famille d'accueil il y a quelques mois.
AVEUX DE LA DPJ
La décision de la juge Ménard rapporte un mea culpa de la DPJ locale, qui admet « avoir manqué » à ses obligations de protéger les enfants.
« Devant la répétition des faits reprochés aux parents d'accueil, une action rapide et soutenue pour soustraire X et Y [les deux enfants] de ces mauvais traitements aurait été attendue de la part de la Directrice », avoue la DPJ dans un document soumis au tribunal. L'organisation a reconnu que les informations pertinentes n'avaient pas été adéquatement notées aux dossiers, et n'avaient pas circulé entre les intervenants.
Conformément à l'aveu de la DPJ, la juge Ménard a déclaré que les droits des enfants avaient été lésés. Elle a aussi ordonné que sa décision soit envoyée à la Commission des droits de la personne afin qu'elle « prenne les mesures qui s'imposent ».