lundi, juin 29, 2015

Un ex-vérificateur du fisc coupable de corruption

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Michael Nguyen
Un ex-vérificateur du fisc fédéral qui pensait se remplir les poches en demandant un pot-de-vin de 90 000 $ à un restaurateur a plutôt obtenu un casier criminel, presque 10 ans plus tard.
«Si tu me donnes 90 000 $, j’enverrai un rapport très raisonnable», avait lancé Francesco Fazio au propriétaire de La Belle Place, à Montréal, en 2005.
Cette phrase, prononcée par Fazio dans les toilettes pour handicapés du restaurant, après qu’il eut vérifié qu’il n’y avait pas de caméras de surveillance, a fini par lui coûter cher. Vendredi dernier, Fazio a en effet été reconnu coupable de corruption de fonctionnaire, d’abus de confiance et d’extorsion.
L’affaire a commencé à l’été 2005, quand l’accusé de 47 ans a été appelé à vérifier les livres du restaurant familial de la rue Ontario et qu’il a estimé à 600 000 $ les revenus non déclarés. «Il y a un moyen de régler le problème», a alors dit Fazio au fils du propriétaire, Stamatis Argiroudis.
Refus
«Il pensait qu’il [le restaurateur] était assez véreux pour accepter le marché.»–La juge Manon Ouimet
M. Argiroudis a exposé la situation à son père, à son comptable et même à son parrain, l’homme d’affaires de Montréal Peter Sergakis. Et tous lui ont dit de ne pas payer le pot-de-vin.
«[Fazio] pensait que [Argiroudis] était assez véreux pour accepter le marché», a noté la juge Manon Ouimet avant de rendre son verdict.
Argiroudis avait d’ailleurs affirmé qu’il connaissait l’ex-chef des Hells Angels Maurice «Mom» Boucher, qui venait manger à ce restaurant avant d’être condamné en 2002 pour avoir ordonné le meurtre de deux gardiens de prison, ainsi que des membres de gangs de rue. Mais il assure qu’il ne s’agissait pas de menaces, contrairement à ce que Fazio a prétendu lors des audiences pour justifier son retrait du dossier.
L’affaire s’était arrêtée là, sauf que la Gendarmerie royale du Canada a eu vent de l’affaire, six ans plus tard, en enquêtant sur des fonctionnaires corrompus de l’Agence du revenu du Canada (ARC).
Le projet baptisé Coche a permis la mise en accusation de 15 individus, dont l’ex-entrepreneur Tony Accurso et 8 employés de l’ARC.
Fazio est le premier de ces fonctionnaires à être reconnu coupable. Il reviendra à la Cour dans les prochaines semaines afin de prendre connaissance de la date des plaidoiries sur la peine à lui imposer.