samedi, avril 11, 2015

SONDAGE LÉGER – «LE DEVOIR» Les Québécois condamnent la grève étudiante

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11 avril 2015 |Marco Fortier | Québec
Un jeune homme masqué regarde un policier lors d’une manifestation au square Phillips, le 23 mars dernier.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir
Un jeune homme masqué regarde un policier lors d’une manifestation au square Phillips, le 23 mars dernier.
Consulter le sondage Léger — Le Devoir
Les Québécois jugent sévèrement les étudiants des cégeps et universités qui ont déclenché la grève. Avant même le saccage de l’UQAM par des étudiants masqués, tard mercredi soir, une majorité sans équivoque de six Québécois sur dix condamnait le mouvement de grève, révèle un sondage Léger mené pour Le Devoir.
 
Ce coup de sonde confirme que le gouvernement Couillard a bel et bien l’appui de la « majorité silencieuse » pour faire son effort d’équilibre budgétaire. Les électeurs appuient certaines des grandes lignes du programme de compressions mis de l’avant par les libéraux : réduction du nombre d’employés de l’État (53 % favorables) et modulation des tarifs de garde en fonction des revenus des parents (appui de 48 %), notamment.
 
Signe des temps, le nombre d’électeurs qui croient que le gouvernement atteindra l’équilibre budgétaire dès cette année a presque doublé en deux mois, passant de 14 % à 27 % des répondants. Ce chiffre en apparence banal laisse entrevoir des jours radieux pour les libéraux, qui ont fêté cette semaine leur première année au pouvoir.
 
« Les Québécois sont d’accord avec l’objectif global de l’austérité, dit Christian Bourque, vice-président et associé principal chez Léger. Les gens commencent à croire à l’équilibre budgétaire. C’est une indication claire que les libéraux ont une poussée de la majorité silencieuse pour faire le “ sale boulot ”. Si les libéraux atteignent leur objectif, ça peut être extrêmement bénéfique pour eux. »
 
Les libéraux de Philippe Couillard maintiennent leur avance dans les intentions de vote, stables autour de 37 % depuis la rentrée parlementaire de septembre dernier. Le Parti québécois (PQ) a gagné trois points, à 28 %, tandis que la Coalition avenir Québec (CAQ) de François Legault a perdu quatre points, à 21 %. Québec solidaire, le parti de Françoise David et Amir Khadir, suit avec 10 % des voix.
 
Chez les francophones — qui font et défont les gouvernements au Québec —, le PQ confirme sa vigueur renouvelée, même sans chef, avec 34 % des intentions de vote, devant les libéraux, à 27 %.
 
Les grévistes au pilori
 
Les étudiants qui ont déclenché la grève recueillent très peu de sympathie au sein de la population. Le mouvement de contestation vise justement à dénoncer les coupes budgétaires, notamment en éducation. Une majorité claire de 66 % des répondants s’oppose au mouvement de grève, contre 24 % qui l’approuvent. Toutes les tranches d’âge condamnent sévèrement les grévistes, sauf les 18-24 ans qui l’appuient à 47 %.
 
Le sondage a été mené du 6 au 9 avril, soit avant le saccage de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) par des militants masqués, tard le mercredi 8 avril ; 1002 adultes québécois ont répondu au questionnaire par Internet.
 
« Les grévistes n’avaient pas l’appui de la population avant même les événements de mercredi soir. Si on sondait à nouveau les gens, l’appui chuterait sans doute, peut-être à 10 %, ce serait mon hypothèse », dit Christian Bourque.
 
Si les électeurs condamnent les grévistes, ils n’approuvent pas pour autant la gestion du conflit par le nouveau ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, François Blais ; 47 % des répondants se déclarent insatisfaits du ministre, contre 22 % qui sont satisfaits. M. Blais a succédé le mois dernier à Yves Bolduc, qui a pris sa retraite de la politique après une année marquée par les controverses.
 
Tous les ministres obtiennent une mauvaise note des électeurs. Pas étonnant, parce que 61 % des répondants au sondage sont insatisfaits du gouvernement Couillard, un taux stable par rapport au 62 % de février dernier. Plus de la moitié des répondants (54 %) affirment que le gouvernement a performé « en deçà de leurs attentes ».
 
Gaétan Barrette obtient la pire note parmi les ministres. Près de six électeurs sur dix (58 %) se déclarent insatisfait du travail du ministre de la Santé. Une proportion similaire de 62 % des répondants est insatisfaite de la réforme de la santé. « Le ton et la manière du ministre Barrette passent mal », dit Christian Bourque.
 
« Ce n’est jamais facile pour un ministre de la Santé. C’est le ministère le plus difficile depuis les 30 dernières années. Il est impossible de satisfaire les Québécois avec une réforme de la santé », ajoute-t-il.
 
Alexandre Cloutier s’impose
 
Fait nouveau, le député et homme d’affaires Pierre Karl Péladeau est perçu par les péquistes comme le candidat le plus apte à développer l’économie et à faire l’indépendance du Québec. Une nette majorité de sympathisants péquistes (59 %) considère l’actionnaire de contrôle de l’empire Québecor comme le meilleur chef pour le PQ.
 
Le député Alexandre Cloutier, âgé de 37 ans, s’impose tranquillement comme le deuxième favori de la course à la direction du parti : il a gagné trois points en deux mois (à 13 %), tandis que Martine Ouellet en a perdu cinq (à 4 %). Bernard Drainville, qui tente de se positionner comme le deuxième favori, reste troisième avec 9 % d’appuis.

Non au registre des armes d'épaule
Fait étonnant, 48 % des Québécois s’opposent à la création d’un registre des armes d’épaule par le gouvernement du Québec — et 41 % y sont favorables. On entend toujours dire que l’enregistrement des armes à feu fait l’unanimité au Québec depuis le massacre de l’École polytechnique, il y a 25 ans. L’Assemblée nationale a voté une motion unanime à cet effet. Mais les électeurs de toutes les régions, sauf Montréal, s’opposent à ce que Québec investisse 30 millions pour rebâtir le registre des armes d’épaule démantelé par le gouvernement Harper. À Montréal, 50 % des répondants approuvent la création d’un registre et 41 % s’y opposent, révèle notre sondage Léger.

66 %
La part des répondants qui n’appuient pas les étudiants en grève. Le sondage a été mené avant les événements de mercredi à l’UQAM.