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dimanche, novembre 20, 2016

Si «ti-poil» revenait...

http://www.journaldemontreal.com/




Le soir du 15 novembre 1976, à Montréal, la première victoire du Parti québécois a donné lieu à une grande fête spontanée, comme un soir de Coupe Stanley, sauf que là, on célébrait la conquête de son avenir et de son territoire. On célébrait un avènement.
Si René Lévesque se lançait en politique aujourd’hui, il aurait beaucoup de torts à redresser, certes, mais je ne pense pas qu’il commencerait par une croisade pour changer le statut des francophones au Québec, et au Canada, comme en 1976. Ces batailles ont été livrées et, en bonne partie, gagnées.
Les porteurs d’eau, clercs, curés, ou notaires, les citoyens de seconde zone d’autrefois ont percé le plafond de verre. Les jeunes générations ne montrent aucun des vieux signes d’aliénation ou d’infériorité.
Morosité
Alors, d’où vient cette morosité, cette sourde inquiétude, cette sensation d’échec qui mine le débat public depuis des années?
Notre malheur vient d’une trahison, celle de notre arme stratégique pour conquérir notre avenir: l’État. Pas le gouvernement, pas les partis politiques, non: la fonction publique; provinciale, municipale, policière, parapublique, n’importe.
Dans une société dont la survie dépend de sa connaissance de la langue et de l’histoire, elle est parvenue à faire un échec de ces deux enseignements.
Bourgeois de gauche
Dans une société obsédée par son avenir, ces petits-bourgeois de gauche ont rançonné la Révolution tranquille pour se forger, pour eux-mêmes, un présent coussiné, bétonné, intouchable.
Cette bureaucratie québécoise, qui ne sait pas construire des viaducs ni gérer des contrats, des ordinateurs, des égouts ou des buildings, et encore moins un système de santé, elle est onéreuse, inefficace, incorrigible, arrogante, corrompue sur les bords et, ultimement, nuisible. Et nous le savons.
Si René Lévesque revenait en politique aujourd’hui, pour pourfendre ceux qui nous exploitent, je ne crois pas que c’est aux «rhodésiens de Westmount» ou à Ottawa qu’il s’en prendrait...

vendredi, novembre 18, 2016

La possibilité d'un référendum a plombé le PQ, estime Marois

http://www.lapresse.ca/actualites/politique/politique-quebecoise/

Publié le 18 novembre 2016 à 05h00 | Mis à jour à 05h00
Dans un texte qu'elle a fait parvenir à... (Photo Ivanoh Demers, Archives La Presse)
Dans un texte qu'elle a fait parvenir à La Presse et destiné à souligner le 40e anniversaire de l'élection du PQ, le 15 novembre 1976, Pauline Marois analyse sa défaite aux élections d'avril 2014.PHOTO IVANOH DEMERS, ARCHIVES LA PRESSE
Denis Lessard
DENIS LESSARD
La Presse
(QUÉBEC) C'est parce que Pauline Marois a refusé de s'engager à ne pas tenir de référendum que le PQ a perdu les élections d'avril 2014. L'ex-première ministre fait ce constat sans détour dans un texte destiné à souligner le 40e anniversaire de l'élection du PQ, le 15 novembre 1976.
« La raison de notre échec est simple, et a posteriori facile à comprendre. Les Québécois nous ont retiré leur appui parce que nous avons refusé de nous engager à ne pas tenir de référendum » écrit-elle dans un texte qu'elle a fait parvenir à La Presse.
En entrevue, elle précise qu'elle avait « évalué » la possibilité de s'engager ainsi. Mais elle souligne qu'elle avait été « traumatisée » par ce qu'elle avait vu comme ministre de René Lévesque en 1982. Le PQ avait remporté les élections de l'année précédente avec l'engagement de ne pas tenir de référendum. Quand survint le rapatriement unilatéral de la Constitution par Pierre Trudeau, en 1982, René Lévesque était ligoté par sa promesse, « alors qu'on aurait pu gagner » un référendum croit Mme Marois.
Sur la stratégie souverainiste Mme Marois ne comptait pas tenir de référendum durant un éventuel mandat - élue elle aurait pris cette période pour préparer un livre blanc sur la souveraineté.
Un autre facteur de la défaite, l'entrée en scène de Pierre Karl Péladeau, « une candidature exceptionnelle que je souhaitais et qui a éveillé les peurs profondes de nos adversaires politiques ». Cette présence « souhaitée » « rendait crédible le discours de peur de nos adversaires ». Ainsi les libéraux ont pu mobiliser par milliers leurs sympathisants, « nos adversaires se sont multipliés », et « nous avons assisté à une campagne de peur aux caractéristiques référendaires ».

Lors de son lancement en politique active, Pierre Karl Péladeau avait lu un texte qui avait été soigneusement préparé, pas de surprise pour la chef péquiste. Le poing en l'air était apparu spontanément toutefois, « dans l'enthousiasme ».
LA CHARTE N'EST PAS EN CAUSE
Aussi elle reste convaincue que ce n'est pas sa gouvernance qui a été repoussée par l'électorat en 2014. « Ma conclusion est claire. Nous n'avons pas perdu en raison des politiques que nous avons adoptées ».
Même la charte des valeurs n'a pas été repoussée par l'électorat estime-t-elle. Les sondages montraient que ces orientations bénéficiaient « d'un appui important » estime Mme Marois. Au passage elle constate que l'actuel chef Jean-François Lisée a repoussé à plus tard, ces questions de laïcité, « mais il parle toujours de langue, et c'est aussi une question identitaire » relève l'ex-première ministre.
Elle ne suggère assurément pas le que PQ suive l'exemple d'un Donald Trump, mais constate que les récentes élections américaines « mettent en lumière un problème que nous n'avons pas le droit d'ignorer ». « Une ligne de fracture profonde s'est creusée, souligne-t-elle, entre ceux qui incarnent le pouvoir et les populations dont les espoirs ont été déçus, la situation économique s'est détériorée et l'identité ignorée. »

jeudi, novembre 17, 2016

P’tite vie

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Le succès serait-il un péché mortel?


MISE à JOUR 
Ainsi, Sylvain Cossette s’est laissé photographier dans sa Jaguar décapotable.
Non, mais quel scandale! Quelle honte!
Le chanteur ne sait-il pas que le succès est un péché mortel, au Québec?
LA CULPABILITÉ CATHOLIQUE
Une suggestion au chum d’Andrée Waters: achète-toi deux autos.
Une auto de luxe, que tu garderas dans ton garage et que tu contempleras de temps en temps, en secret, loin des caméras.
Et une minoune cabossée, que tu utiliseras tous les jours, afin de montrer au peuple (et aux résidents de la République indépendante du Plateau) que tu es un gars «ben ordinaire».
Car au Québec, on aime les gens qui voient «petit».
Un p’tit café. Un p’tit beigne. Une p’tite bière. Du p’tit change.
Une p’tite vie.
C’est probablement notre passé catholique­­.
«Il est plus difficile pour un riche d’entrer au paradis que pour un chameau de passer par le chas d’une aiguille», dit le Nouveau Testament.
Plus tu réussis ta vie ici-bas, plus tu souffriras et plus tu en paieras le prix l’autre bord.
Les protestants, eux, voient la chose d’un autre angle.
Pour eux, Dieu VEUT que tu réussisses. La réussite matérielle, pour les protestants, est une récompense divine. La preuve que tu mènes une bonne vie.
Voilà pourquoi les Anglos, lorsqu’ils ont les moyens de s’acheter une BMW, la stationnent fièrement devant­­ leur maison pour que tout le monde la contemple, alors que les Francos, eux, la cachent honteusement dans leur garage.
LA DICTATURE DE L’AUTHENTICITÉ
Au Québec, si tu fais de l’argent, c’est parce que tu as crossé quelqu’un.
Le fric est une preuve de malhon­nêteté.
Les ministres devraient se promener en métro et les artistes devraient tous crever de faim.
Plus tu es pauvre, plus tu es génial.
Plus tu t’habilles mal, plus tu es «authentique».
Jean Chrétien l’avait bien compris.
Dans la vie de tous les jours, monsieur Chrétien parle un français impeccable. Mais quand il faisait campagne et qu’il s’adressait à ses électeurs, il parlait comme un bûcheron (ou comme Safia Nolin), afin de paraître «sympathique» et «vrai».
Le Québec est probablement l’un des seuls endroits au monde où tu dois cacher ta richesse et ta culture si tu veux t’attirer la sympathie des gens.
Regardez Gregory Charles.
Il a une grosse maison! Il aime la musique classique! Il parle avec des mots à quatre syllabes! Il est toujours tiré à quatre épingles!
Il s’est fait construire une immense scène mobile pour se promener aux quatre coins du monde! Il s’auto­produit! Il est ambitieux!
Non, mais pour qui se prend-il?
TOUT LE MONDE ÉGAL
Je disais hier que le Québec régresse. Que nous sommes devenus frileux, fragiles.
L’affaire Cossette en est la preuve flagrante.
Au lieu d’applaudir les gens qui réussissent, on les insulte.
Une tête dépasse du groupe? Vite, coupons-la!
Regardez ce qu’on fait dans nos écoles: au lieu d’encourager l’excellence, on nivelle par le bas.
Tout le monde égal, dans le fond du baril.
«Je suis heureux de ton bonheur», chante Sylvain Cossette dans Je pense encore à toi.
C’est ce qu’on devrait tous se dire...