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jeudi, mars 26, 2015

Le martyr d'une jeune femme lynchée à mort sidère la société afghane



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Des jeunes afghans manifestent le 24 mars à Kaboul pour demander justice pour Farkhunda, une jeune femme de 27 ans battue à mort et brûlée après avoir été accusée à tord d'avoir brûlé un coran.Accusée à tort d'avoir brûlé le coran, Farkhunda, 27 ans, a été battue et brûlé par une foule en furie. A Kaboul, elle est devenue le symbole des violences faites aux femmes afghanes.
Au milieu des détritus qui jonchent les berges d‘une rivière habituellement fréquentées par les toxicomanes, se dresse depuis quelques jours un petit sapin. Il a été planté sur le lieu où Farkhunda, une jeune femme de 27 ans, a été brûlée et jetée dans le lit du cours d'eau. Accusée à tort d'avoir brûlé un exemplaire du Coran, elle a été lynchée par une foule en furie, sous le regard passif de la police locale. Son assassinat a provoqué un électrochoc dans la société afghane, et son martyr est devenu le symbole des violences faites aux femmes afghanes. Dimanche matin, plusieurs centaines de personnes ont assisté à ses obsèques à Kaboul. Fait rare en Afghanistan, le cercueil de la jeune femme a été porté au cimetière par des femmes.
Le sapin planté à Kaboul sur les berges de la rivière où a été lynchée Farkhunda, accusée à tord d'avoir brûlé le coran.
Mardi, plus d'un millier de Kabouli ont défilé sous une pluie battante dans les rues de Kaboul pour exprimer leur colère. «Elle était notre sœur. Les gens qui l'ont tuée n'avaient aucun respect pour les femmes, pour la loi, ou la charia», a déclaré un manifestant, Ahmad Zia. «Nous voulons que le gouvernement suive cette affaire et arrête tous les meurtriers. Ce qu'ils ont fait ne représente pas ce que les Afghans veulent.» Pour Soraya Parlika, une militante des droits de l'Homme, également présente dans le défilé, la violence de cette agression est inédite. «C'est la première fois dans l'histoire afghane que nous voyons un tel acte brutal, barbare, inhumain et anti-islamique contre une femme», assure-t-elle. «Cela s'est passé à quelques kilomètres du palais présidentiel et personne n'a pu la défendre face à cet acte de haine.»
Amers, les manifestants reprochent à la police d'avoir assisté au drame dans une indifférence coupable. «Tous des lâches», a lancé une femme sous couvert d'anonymat près des lieux où Farkhunda a été battue à mort. «Ils auraient pu la protéger s'ils avaient voulu. Je me sens comme s'ils avaient brûlé ma fille.» Dans un élan cathartique, ils exigent aujourd'hui la démission du chef de la police. L'épisode a déjà coûté son poste au porte-parole de la police. Le fonctionnaire a été limogé mardi, après avoir publié des commentaires en faveur des agresseurs, avant de les effacer face au tollé.

Un crime condamné par les talibans

Le crime à choqué jusque dans les rangs des insurgés talibans, qui ont présenté leurs condoléances à la famille dans un communiqué. Ils ont «fermement» condamné l'acte, qualifié de «sombre conspiration utilisant le prétexte du Coran pour tuer des innocents». Et de conclure: «Nous promettons que, si possible, nous punirons sévèrement les tueurs de cette femme innocente pour empêcher de tels incidents de se reproduire à l'avenir.»
Le président Ashraf Ghani, actuellement aux Etats-Unis, a quant à lui dénoncé un meurtre «haineux». Un hommage à la jeune fille a été rendu lundi devant le Parlement par le ministre de l'Intérieur, Noorul Haq Ulumi. «L'accusation la visant est complètement fausse. Farkhunda était une femme religieuse, elle était innocente», a-t-il assuré. Le porte-parole du ministère de l'Intérieur, Sediq Sediqqi, n'était pas en mesure, mardi, de donner les détails de l'enquête sur les circonstances du drame. Il a toutefois précisé que vingt-huit personnes avaient été arrêtées depuis vendredi. Vingt policiers ont aussi été interrogés, selon le ministère. Les images, diffusées en masse sur les réseaux sociaux, ont permis aux enquêteurs d'identifier les premiers suspects. Elles confirment la présence de policiers au moment du lynchage. En uniforme, ils ne sont intervenus à aucun moment.

La haine des étudiants

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Une semaine cruciale
PHOTO D’ARCHIVES
Mathieu Bock-Coté
On peut comprendre aisément l’exaspération suscitée par ces étudiants radicaux qui font la grève ces jours-ci en cherchant ouvertement à provoquer une crise sociale, comme s’il fallait jouer à la révolution. Dans la jeune gauche étudiante, un socialisme revampé par l’altermondialisme et l’écologisme a encore la cote. On se veut moins réformiste que révolutionnaire, et on aime bien croire qu’on œuvre ainsi, dans la rue, à changer la société en profondeur. La langue de bois militante est exaspérante, qu’elle soit parlée par un homme de gauche ou un homme de droite, par un souverainiste ou par un fédéraliste.
Mais cet agacement se mue aisément, dans une frange manifestement importante de la population, en haine des étudiants. Il suffit de consulter les commentaires sur le web ou de fureter un peu sur Facebook ou sur Twitter pour découvrir un discours d’une extrême hostilité à l’endroit de la jeune génération, à qui on envoie à peu près le message suivant: étudie et ferme ta gueule. Ou encore: va à ton cours et ne nous emmerde pas en défilant avec une pancarte. On comprend qu’il y a là davantage qu’une critique de la grève ou des procédures douteuses qui l’ont rendue possible.
À bien lire ces commentaires hargneux, on comprend bien qu’on se représente la jeune génération étudiante comme un rassemblement de privilégiés ne comprenant pas la chance qu’ils ont et profitant grassement d’études payées par les travailleurs. Mais surtout, on en veut aux jeunes de ne pas désirer s’intégrer pleinement à l’ordre établi, avec un emploi plus ou moins payant, mais souvent asservissant, qui sera compensé par du temps libre dont ils pourront jouir en faisant l’expérience des grandeurs et misères de la société de consommation (on devine les bonheurs promis par notre monde: chic, un nouvel écran plasma, il m'en manquait un!) ou en vouant leurs soirées aux nombreuses émissions visant à les abrutir massivement.
En fait, notre société n’est pas si estimable qu’elle mériterait qu’on y adhère sans chercher d’une manière ou d’une autre à la brasser un peu. Il est dommage, naturellement, de voir la jeunesse reprendre la phraséologie usée du gauchisme académique pour dire son malaise existentiel, ou si on préfère, son refus d’entrer dans un jeu qu’elle devine truqué. Mais il faut voir que derrière ce refus, il y a aussi, probablement, le désir d’entrer dans le monde en y brandissant quelques idéaux qui relèvent l’existence et non pas simplement en s’y ralliant bêtement. Il y a le désir de voir la société non seulement comme un marché, mais comme une cité. Il y a là, manifestement, un désir de politique, aussi brouillon soit-il.
Se pourrait-il, en fait, qu’on en veuille aux étudiants de ne pas se coucher? De ne pas se rallier à un monde que nous savons au fond de nous-mêmes insatisfaisant, qui assèche étouffe l’âme, assèche le cœur et nous condamne à l’errance la plus désespérante? Comme si on disait : nous nous y sommes pliés, pourquoi ne font-ils pas de même? Qu’on me comprenne bien : je ne dis pas que les motifs de cette grève sont valables. Il s’agit pour l’essentiel d’une protestation désordonnée, sans objectifs bien définis qui vire trop souvent à l’affrontement avec la police, comme s’il y avait un rituel militant visant à se confronter ouvertement aux forces de l’ordre. Et pourtant, cette grève qui risque bien d'avorter plus tôt que tard n'est pas sans noblesse.
Le paradoxe, c’est de voir la jeunesse défendre avec acharnement un modèle qui l’écrasera. La société qu’on lui laisse en héritage ne l’avantagera pas. La dette dont elle relativise la portée et les effets écrase son avenir et l’État québécois n’aura bientôt plus de marges de manœuvres pour faire autre chose que gérer sa décroissance. Il est malheureux, en fait, que les jeunes grévistes n’aient à brandir contre le capitalisme devenu fou qu’une social-démocratie encroutée, financièrement en ruine, étrangère au réalisme budgétaire et à l’équité intergénérationnelle. Mais peut-on leur en vouloir? Personne n’a vraiment de projet alternatif à brandir pour redresser notre société déréglée. Leur impuissance est aussi la nôtre.

Tant de sueur

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Mario Dumont
Jeudi après-midi peu après 16 h, notre ministre des Finances va annoncer que le budget qu’il dépose est équilibré. Moment d’émotion: le Québec n’aura pas besoin d’emprunter pour financer ses dépenses courantes, contrairement aux dernières années. Pour apprécier l’importance du moment, je me permets de rappeler l’ampleur des efforts qui ont été nécessaires pour y arriver.
D’abord, le ministre Raymond Bachand, à l’ère Charest, avait donné un coup de bélier du côté des revenus. Hausse de deux points de la TVQ, nouvelle contribution santé, taxe sur l’essence relevée en plus d’autres hausses de tarifs comme l’électricité... et les frais de scolarité. Vous vous souvenez d’un printemps de manifestations étudiantes mémorables.
Il faut se pincer pour croire aux difficultés, aux sacrifices et au temps qu’il faut pour éliminer un déficit
Puis, le PQ a pris les commandes. Pauline Marois et Nicolas Marceau ont d’abord gardé le cap courageusement sur un retour au déficit zéro lors du budget 2013-14. Ils ont bûché dur pour garder le contrôle sur les dépenses. Même Agnès Maltais a subi les foudres de ses alliés des groupes communautaires pour des coupes à l’aide sociale.
Après un peu plus d’un an au pouvoir, le gouvernement péquiste a baissé les bras et reporté de deux ans le retour à l’équilibre, ne voyant pas comment il pouvait y arriver en situation minoritaire. Puis les libéraux sont revenus au pouvoir.
Austérité !
Dès son élection, Philippe Couillard met en priorité l’élimination du déficit. Un nouveau psychodrame s’amorce alors: l’austérité. Nous macérons là-dedans depuis un an. Chaque année, nos gouvernements ont trouvé quelques moyens imaginatifs pour en soutirer un peu plus dans la poche de contribuables déjà lessivés. C’est notamment par le truchement des taxes scolaires qu’on a saigné encore nos portefeuilles tout en jurant ne pas le faire.
Je décris le parcours infiniment complexe de l’élimination du déficit surtout pour le comparer avec le chemin inverse. Comment étions-nous retombés en déficit? Dans les années 2000, le budget était équilibré. Mais dès qu’une crise financière a frappé, le Québec est replongé instantanément de 5 milliards dans le rouge.
Si fragile
Il faut se pincer pour croire aux difficultés, aux sacrifices et au temps qu’il faut pour éliminer un déficit qui se creuse en criant ciseau. On tombe en déficit comme on déboule un escalier, puis on sue des années pour remonter.
Il faut rappeler que nous nous sommes donné un filet social, lequel inclut plusieurs programmes qui ressentent vite l’impact d’un ralentissement économique. L’aide sociale n’est pas un programme avec une enveloppe limitée. Il y a des critères et si plus de gens perdent leur emploi et vivent une détérioration de leur situation économique, ils auront tous le droit à cette aide de dernier recours, quelle que soit la facture. Plusieurs autres programmes fonctionnent sur le même modèle.
En période de crise économique, les gouvernements vivent donc une pression sur leurs programmes sociaux en plus d’accentuer les dépenses publiques dans le but d’aider la relance.
Nous arrivons à l’équilibre budgétaire. Bravo! Toutefois, la prudence et la rigueur restent de mise face aux demandes infinies qui afflueront maintenant.