Prince en 2013, lors des Billboard Music Awards PHOTO : GETTY IMAGES/ETHAN MILLER
Quand un artiste de légende tel Prince tire sa révérence, la première chose qui me vient à l’esprit après le choc de la nouvelle, ce sont les moments inoubliables qu’il m’a fait vivre en spectacle. Laissez-moi vous raconter deux nuits passées avec Prince Rogers Nelson.
Une critique de Philippe Rezzonico
À quel moment ai-je été le plus heureux avec le Prince? Lors du spectacle à Londres en 2007, ou lors du premier des deux à Montréal durant le Festival international de jazz quatre ans plus tard?
Curieusement, ni l’un ni l’autre n’étaient prévus à mon agenda. À l’été de 2007, je m’étais dirigé vers l’Angleterre pour assister au dernier spectacle de la tournée A Bigger Bang des Rolling Stones présentée à l’aréna O2. Je voulais vraiment assister une fois dans ma vie à une prestation des Stones sur leurs terres. Au même moment, Prince s'était également établi dans le O2, durant les mois d’août et de septembre : « 21 Nights In London », disait l’affiche.
Mon billet du concert londonien de Prince en 2007 PHOTO : PHILIPPE REZZONICO
De fil en aiguille - et avec le concours de bons contacts -, je me retrouve au spectacle du 28 août… dans la première rangée. Cette prestation, dans sa forme, certains d'entre vous l'ont vue à Montréal en 2011, avec la gigantesque scène en forme de guitare et du sigle de Prince. Double coup de poing d’entrée de jeu avec Let’s Go Crazy et 1999. Que demander de mieux? Deux heures et demie de spectacle avec Raspberry Beret, Little Red Corvette et Kiss au piano et trois rappels qui comprenaient Purple Rain etNothing Compares To You. Totalement comblé, mais il y a avait un dessert...
Durant cette résidence, après chaque spectacle en aréna, les musiciens de Prince montaient sur une petite scène durant la nuit dans une salle nommée Indigo, située dans le grand complexe du O2. L’Indigo a un peu la forme du Métropolis, mais une capacité plus proche de celle du défunt Spectrum de Montréal.
L’incendie londonien
Presque chaque nuit donc, Prince rejoignait ses musiciens pour interpréter une ou deux chansons. Mais pas toujours. On se croisait les doigts au bar, durant l’attente. Les portes de l’Indigo ouvraient à une heure du matin, mais ce n’est qu’à 2h30 que les lumières se sont enfin éteintes et que le rideau a révélé le groupe à nos yeux.
En fait, pas de groupe... Seulement Prince lui-même, qui nous tournait le dos, ainsi que deux musiciens (basse et batterie). Nous n’allions pas avoir droit à la présence de Prince pour une ou deux chansons, mais bien à une prestation complète en power trio!Je n’ai pas vu souvent des adultes allant de la vingtaine à la soixantaine réagir comme des enfants de cinq ans devant un cadeau de Noël.
Prince PHOTO : REUTERS/MIKE BLAKE
Durant une heure bien tassée, Prince a interprété des chansons moins évidentes de son répertoire, mais surtout des succès de ses héros dans son style inimitable. Tu veux entendre Syl & the Familly Stone joué par Prince? Sans problème. Thank You For Talkin’ To Me Africa était la chanson d’ouverture. Il y a eu aussi The Impressions (People Get Ready) et the Staples Singers (When Will We Be Paid), quand Prince a revisité son héritage afro-américain à sa façon. Il a même repris l’hymne de Chuck Berry (Johnny B. Goode) en jouant de la guitare comme Stevie Ray Vaughan.
Mais le coup d’assommoir, du moins dans mon cas, c’est lorsque j’ai entendu A well’s blessed my soul après une longue ligne de guitare furieuse digne des années grunge. Quoi?! All Shook Up! Prince s’est payé la plus décapante et abrasive version du classique d’Elvis dans une mouture digne de Nirvana. Je suis sorti de la salle en état d’apesanteur.
L’escale à Montréal en 2011, elle non plus, n’était pas prévue. Les spectacles annoncés par le FIJM ne figuraient même pas sur le programme tant l'ajout de Prince à la programmation s’est fait à la dernière minute. Mais aucun promoteur ne dit non à sa « majesté pourpre ».
Prévu le 24 juin à 23 h, le premier spectacle s’est amorcé à 23 h 30 dans un Métropolis bondé et surchauffé des grands soirs. Durant près de deux heures, Prince a joué à fond la carte du funk avec des versions irradiantes de Controversy, de Pass the Peas(James Brown), avec Maceo Parker, le saxophoniste du Godfather of Soul, et des relectures allumées de Crimson and Clover (Tommy James & the Shondells) et Waitin’ In Vain (Bob Marley). Mais quand il a quitté la scène à 1 h 15 du matin, on se disait qu’il allait revenir. Six fois plutôt qu’une…
Prince PHOTO : GETTY IMAGES/JEFF HAYNES
Au retour du groupe, Prince a dit : « Dear Beloved… » Les premiers mots de Le’ts Go Crazy ont annoncé une séquence des plus torrides. Delirium a été intégrée à Let’s Go Crazy, puis 1999 a fait sauter le plafond et crouler le plancher. Puis ce fut Little Red Corvette… Prince était déchaîné et jouait de la guitare debout, à genoux ou en la tenant au-dessus de sa tête. Tout le monde dans le Métropolis avait oublié son nom. Nous n’étions que chair et musique.
Puis, autre sortie, et autre rappel. Et encore. Et encore… Le petit jeu a duré deux heures. Sept rappels en tout. On a eu droit à Musicology et à du Wild Cherry (Play That Funky Music), à du Sheila E (A Love Bizarre), l’ancienne protégée de Prince. Tout le monde était épuisé, mais Prince en voulait plus et personne ne désirait quitter. L’abandon total. Après une immense Purple Rain qui s’est terminée sur le coup de 3 h, on se disait que là, c’était la fin.
Et non… À 3 h 10, Prince est revenu et a lancé Raspberry Beret. Je suis à court de superlatifs pour vous décrire comment je me sentais. Et puis Cream, Cool, et, finalement, Prince a bouclé le tout avec Don’t Stop ‘Til You Get Enough, de Michael Jackson. Ou était-ce Cool en finale? Peu importe. À l’arrivée, ce fut un marathon de quatre heures.
Londres en 2007 ou Montréal en 2011? Bien incapable de départager, encore aujourd’hui. Mais les deux spectacles ont néanmoins un aspect en commun.
On dit parfois qu’on a vécu des soirées mémorables avec un artiste. Dans le cas de Prince, il s’agissait de nuits mémorables…
La famille de l'écrivain et dramaturge québécois Marcel Dubé, mort le 7 avril dernier à l'âge de 86 ans, recevra les condoléances du public à compter de 14 h cet après-midi dans un complexe funéraire de la rue Sherbrooke Est, à Montréal.
La famille recevra les témoignages de 14 h à 17 h et de 19 h à 22 h. Quant aux funérailles de M. Dubé, elles seront célébrées samedi, à 11 h, à l'église de l'Immaculée-Conception de la rue Rachel Est.
Marcel Dubé a signé plus de 300 œuvres pour le théâtre, la radio et la télévision au cours de sa carrière de 40 ans. Outre ces grands médiums, il a également réalisé des traductions, des adaptations, des récits, des nouvelles, des poèmes et des essais.
Au théâtre, il a notamment signé les pièces Bilan (1960), Zone (1953), Florence (1956),Au retour des oies blanches (1966) et Le temps des lilas (1958) dans lesquelles il explore ses thèmes de prédilection soit : la famille, la religion et l'échec.
La pièce la plus marquante de son œuvre demeure Un simple soldat, qui est devenu un classique de la dramaturgie québécoise. La pièce relate l'histoire d'un soldat de la Seconde Guerre mondiale démobilisé avant même d'avoir pu combattre.
Marcel Dubé en 1957 PHOTO : ARCHIVES DE RADIO-CANADA
Présenté sous la forme d'un téléthéâtre en 1957, Un simple soldat est la pièce dont Marcel Dubé estimait lui-même qu'elle était la plus importante de son œuvre. « Ayant trouvé un personnage auquel je demeure encore aujourd'hui très attaché, j'ai pris beaucoup de soin à écrire Un simple soldat et j'y ai mis tout ce que je pouvais, disait M. Dubé. Alors, Un simple soldat demeure pour moi la pièce la plus importante que j'ai écrite. »
La pièce a été montée au théâtre l'année suivante.
À la télévision, il a écrit les trois émissions La côte de sable, De 9 à 5 et La vie promise, toutes diffusées à Radio-Canada.
Un des auteurs québécois les plus prolifiques des années 50 et 60, Marcel Dubé a marqué toute une génération de téléspectateurs avec ses téléthéâtres. Il connaît un premier succès en 1952 avec sa pièce De l'autre côté du mur.
La renommée survient toutefois l'année suivante avec la pièce Zone qui remporte le Grand Prix du défunt Festival national d'art dramatique.
À une époque où les théâtres québécois présentaient surtout les grandes pièces du répertoire français, Marcel Dubé contribue à l'émergence d'une dramaturgie québécoise.
Marcel Dubé en 1974 PHOTO : RADIO-CANADA/ANDRÉ LE COZ
L'univers du début de sa carrière campe dans un milieu populaire, comme celui où il a grandi. À la fin des années 60, Marcel Dubé commence à décrire un nouvel univers, celui de la bourgeoisie. Un milieu qu'il dépeint sans pitié : un monde fait d'ennui, de désillusions et de trahisons.
En 1968, l'arrivée de nouveaux dramaturges, comme Michel Tremblay, le relègue au second plan. Marcel Dubé sera ensuite affaibli par une longue maladie. Après avoir passé de nombreuses années dans l'oubli, le milieu théâtral lui a rendu hommage au milieu des années 90.
Marcel Dubé a agi à titre de président du Conseil de la langue française. Il a obtenu en 2005 le Prix du gouverneur général du Canada pour les arts de la scène. Le dramaturge a été fait Officier de l'Ordre national du Québec en 1993.