Évoquant le combat de Jacques Parizeau pour « voir les Québécois, les francophones maîtriser les leviers de la finance et de l'économie », Guy Breton, recteur de l'Université de Montréal, a souligné que « son impact a été tel qu'on pourrait aisément dire qu'il a été l'artisan de deux révolutions tranquilles, celle de l'État moderne et celle de l'émergence de toute une classe, d'une cohorte d'entrepreneurs financiers francophones ».
Toute la classe politique, d'hier à aujourd'hui, s'est recueillie
Six anciens premiers ministres du Québec étaient présents, soit Pierre-Marc Johnson, Daniel Johnson, Lucien Bouchard, Bernard Landry, Jean Charest et Pauline Marois, ainsi que le chef péquiste, Pierre Karl Péladeau, le chef de la CAQ, François Legault, et les députés de Québec solidaire Françoise David et Amir Khadir.
Sur la scène fédérale, les chefs néo-démocrates et libéraux, Thomas Mulcair et Justin Trudeau, étaient présents, tout comme le ministre Denis Lebel, qui représente le gouvernement Harper.
Gilles Duceppe, qui devrait annoncer mercredi son retour à la tête du Bloc québécois, a été chaudement applaudi par la foule à son arrivée, tout comme l'a été Pierre Karl Péladeau.
Avec ses 875 places, l'église Saint-Germain d'Outremont est beaucoup plus petite qu'une cathédrale, où se tiennent le plus souvent des cérémonies du genre. Selon le chef du protocole du gouvernement, Claude Pineault, ce choix est celui de M. Parizeau, qui « désirait une église qu'il fréquente, qu'il aime ».
M. Parizeau a laissé des instructions claires sur la façon dont il voulait voir se dérouler ses funérailles, mais selon M. Pineault, elles sont très peu nombreuses. « Tout ça est teinté d'une trame de fond très claire, c'est la sobriété, la simplicité, la proximité », a-t-il précisé.
Le drapeau du Québec a été mis en berne sur la tour centrale du parlement, sur tous les édifices publics du gouvernement du Québec, des municipalités ainsi que des représentations du Québec à l'étranger et des bureaux du Québec au Canada, et ce, jusqu'au crépuscule du jour des funérailles.
De nombreux politiciens ont salué la contribution de Jacques Parizeau au développement du Québec avant la cérémonie :
Bernard Landry, ex-premier ministre du Québec : « J'ai toujours été ébloui par son intelligence, d'une part, et sa science. C'est le meilleur économiste que j'ai rencontré dans ma vie, ici en tout cas. [...] C'était un révolutionnaire démocratique et pacifique. [...] Ce concert [d'éloges qu'il reçoit] est extraordinaire et nous console de son départ. C'est juste, l'hommage qu'on lui rend. Son oeuvre est immense. »
Pauline Marois, ex-première ministre du Québec : « C'est un homme pour lequel j'avais une grande admiration. Ce que je retiens de lui, c'est qu'il aura changé le visage du Québec. Il fait partie de ce tout petit groupe de personnes qui aura eu une influence énorme sur l'entrée du Québec dans sa modernité, et en particulier évidemment sous l'angle économique, mais aussi sur l'angle des grandes institutions et des politiques sociales. »
Sylvain Gaudreault, député péquiste :« C'est une inspiration quant aux convictions, la nécessité de garder ses convictions en politique. D'avoir un idéal, de travailler pour ça. Aussi au niveau de l'organisation, le respect des militants, la mobilisation. Pour moi, ça a été quelqu'un qui m'a beaucoup influencé dans ma façon de faire de la politique. »
Nicolas Marceau, ex-ministre péquiste : « Son legs économique est formidable. Il a fait naître toute une génération de gens qui ont pris possession de l'économie québécoise. [...] Le legs politique, c'est de nous avoir amené à la porte de la souveraineté [...] au bord de réaliser le rêve qu'il avait, que j'ai et que plusieurs ont. C'est un rêve inachevé. »
Françoise David, co-porte-parole de Québec solidaire : « M. Parizeau disait exactement ce qu'il pensait. Ça ne pouvait pas faire l'affaire de tout le monde. Mais au moins, on avait devant nous un homme honnête, et un homme sage à bien des égards. Particulièrement ces dernières années, M. Parizeau était comme le bon vin; je trouvais qu'en vieillissant, il s'améliorait sans cesse. »
Thomas Mulcair, chef du Nouveau Parti démocratique : « C'est un grand homme d'État qui a passé toute sa vie à essayer de rendre celle de ses concitoyens meilleure. Il a travaillé sans relâche. C'est un homme admirable [...], d'un intellect extraordinaire, coriace, déterminé. Vraiment quelqu'un de très impressionnant. C'est une des personnes les plus impressionnantes que j'ai jamais côtoyées dans ma vie politique. »
Justin Trudeau, chef du Parti libéral du Canada : « [Il avait] une brillance politique et philosophique qui avait un grand impact sur ce qu'est devenu le Québec moderne. »
Claudette Carbonneau, ex-présidente de la CSN : « C'est un homme de vision. C'est précisément la capacité d'articuler l'économique, le social, le politique qui était sa très grande force. [...] J'insiste beaucoup sur son bilan social, son ouverture à la cause des femmes, l'équité salariale. [...] C'est un gros merci qui est parti, un phare qui s'est éteint sur le Saint-Laurent. »
Régis Labeaume, maire de Québec : « Il est rare qu'on puisse dire d'hommes politiques qu'ils ont fait la différence. Cet homme-là a fait une très grande différence, par sa créativité, son intelligence. Il nous a fait sauter des décennies en progrès collectifs. On lui doit ça. C'est un grand homme. »
Jacques Parizeau est mort lundi dernier à l'âge de 84 ans. Il a eu droit à un concert d'éloges pour le rôle qu'il a joué dans le développement du Québec moderne de la part des politiciens de toutes les allégeances.
Des milliers de personnes ont défilé en fin de semaine devant sa dépouille, exposée en chapelle ardente,
à Montréal puis
à Québec.