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jeudi, avril 30, 2015

Il est urgent d’agir!

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Réforme du Programme des travailleurs étrangers temporaires

Brulotte
À quelques heures de l’échéance, la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) réitère à Ottawa de surseoir à sa décision unilatérale d’appliquer au Québec, dès le 30 avril, les changements au Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET).
Cette décision risque de nuire à l’économie québécoise, tant chez les entreprises qui embauchent des travailleurs qualifiés que chez celles qui ont recours aux travailleurs étrangers peu qualifiés. Elle doit donc être reconsidérée le temps de trouver une formule qui sera avantageuse à la fois pour l’économie du pays et la compétitivité des entreprises.
Il faut comprendre que les changements annoncés par le gouvernement fédéral au Programme pour les travailleurs étrangers temporaires ont pour objectif d’inciter à l’embauche de main-d’œuvre locale pour lutter contre le chômage, en restreignant le nombre de travailleurs étrangers au pays. Nous appuyons cet objectif, mais il faut aussi tenir compte de la réalité des entreprises.
Des conséquences potentiellement catastrophiques
Dans plusieurs secteurs, les employeurs du Québec sont aux prises avec de sévères difficultés de recrutement. Pour pallier cette situation, plusieurs entreprises investissent massivement dans la formation, mais se voient néanmoins obligées de recruter ailleurs dans le monde pour compléter leurs effectifs. Avec le temps, plusieurs travailleurs étrangers s’installent définitivement au Québec pour exercer leur profession: cela permet d’atténuer les effets de la pénurie de main-d’œuvre.
Les conséquences de l’application du PTET pourraient être catastrophiques pour de nombreux secteurs économiques de toutes les régions du Québec, autant dans des domaines de pointe en pleine expansion que dans différents types d’emplois requérant moins de qualifications.
Des impacts dommageables
En limitant drastiquement le recours aux TET, en alourdissant considérablement le fardeau administratif des employeurs ayant recours au programme, en les obligeant à des demandes répétitives pour un même poste alors que le besoin est démontré, en haussant démesurément les frais qu’ils doivent assumer, en réduisant la durée de validité des permis de travail à un an – alors que la formation de ces travailleurs exige temps et argent –, et en menaçant d’appliquer des amendes à des montants excessifs, les nouvelles mesures, telles que constatées dans le reste du pays, auront des impacts dommageables pour un grand nombre d’entreprises qui composent avec des pénuries de main-d’œuvre.
Ces mesures ne fournissent aucun moyen aux entreprises pour pourvoir plus facilement leurs postes vacants. Elles ne font que limiter leur capacité à répondre à la demande de leurs clients. Les travailleurs étrangers temporaires sont indispensables au fonctionnement des entreprises au sein desquelles ils œuvrent. Les nouvelles mesures ne mettent pas seulement ces emplois en péril, mais menacent aussi l’emploi des Québécois qui y travaillent.
Nous enjoignons donc au gouvernement fédéral de surseoir immédiatement à la mise en œuvre de la réforme du PTET au Québec et nous invitons les deux gouvernements à intensifier les discussions afin de corriger cette situation.
Françoise Bertrand, O.C., C.Q., Présidente directrice-générale, Fédération des chambres de commerce du Québec

Choisir son camp

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Denise Bombardier
Rien n’est plus épuisant dans nos débats publics que cette tendance à céder au piège de la dichotomie. Dans le passé, en politique au Québec, il fallait choisir entre les bleus et les rouges.
Rappelons la phrase que nombre de curés de campagne prononçaient en chaire le dimanche précédant une élection: «Mes chers frères, n’oubliez jamais que le ciel est bleu (couleur de l’Union nationale d’alors) et l’enfer est rouge (couleur du Parti libéral).»
À partir de la naissance du parti souverainiste, qu’on désignait d’abord par le terme «indépendantiste», des générations de Québécois divisés politiquement se sont lancé à la figure des insultes. Le Québec s’est départagé depuis entre séparatistes et fédéralistes. Les plus agressifs des deux bords se traitaient de «séparatisses» et de «fédérastes», ce dernier terme quasiment interdit aujourd’hui à cause de la rectitude politique, car il a une connotation sexuelle.
Gauche-droite
Avec l’affaiblissement de l’option souverainiste, ces qualificatifs ont reculé au profit de nouvelles insultes en lien avec l’idéologie gauche-droite. «Vous êtes de droite» est le moyen qu’utilisent nombre de militants de gauche, et plus précisément la gauche radicale pour dévaloriser l’adversaire. Quant à la gauche moderne, qui se réclame de l’humanisme, elle a moins tendance à catégoriser négativement ses adversaires.
Dans un monde d’adultes, les divergences de vues, les oppositions politiques et idéologiques ne devraient pas aveugler les citoyens. Trop de gens sont ainsi incapables de reconnaître quelque qualité que ce soit à ceux qui ne partagent pas leur vue.
Chacun reste dans son couloir à la recherche d’arguments pour conforter sa partisanerie, ses préjugés et sa perception tronquée des faits et des personnalités publiques, des politiciens au premier chef. D’ailleurs, ces derniers ne sont pas des modèles de référence en la matière.
Même le premier ministre Philippe Couillard, un des hommes politiques qui situent le débat à un niveau civilisé, se laisse parfois porter par le discours démagogique. À sa décharge, l’on peut dire qu’il est humain de réagir aux insultes venant de membres de l’opposition à l’Assemblée nationale qui se spécialisent en injures indignes du lieu.
Douter, même de soi
C’est un exercice difficile que celui de la distance critique, c’est-à-dire de cet effort de s’élever au-dessus de la mêlée. De pouvoir attribuer à ses contradicteurs une justesse de pensée. De douter, par le fait même, de ses propres convictions.
Nous sommes dans une époque de mutation où les vérités d’hier sont devenues les faussetés d’aujourd’hui. Qui croit de nos jours que le communisme est signe de progrès, comme l’ont cru des générations au 20e siècle? Que disent maintenant ceux qui ont fait autrefois l’éloge des dictateurs, tels Staline, Mao, Castro et autres héros de tant d’admirateurs occidentaux? La violence verbale qui règne, alimentée par ce qui s’écrit sur les réseaux sociaux, contamine le climat politique. Les politiciens sont des cibles faciles. Des citoyens qui ne méritent guère ce titre éclaboussent les élus qu’ils exècrent et se portent à la défense aveugle de ceux de leur camp. Même les journalistes peinent à échapper à ce travers haïssable. Or, sans nuance et sans pragmatisme, l’exercice de la politique mène au cul-de-sac.

Faire de PKP un perdant

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Jean-Jacques Samson
Question de perception populaire, les stratèges du PLQ ont fait en sorte que Pierre Karl Péladeau, qui deviendra chef du Parti québécois le 15 mai, entame son mandat avec une fiche de 0-2 dans les élections complémentaires. On a voulu lui accoler une étiquette de perdant.
Deux élections complémentaires seront tenues dans les circonscriptions de Jean-Talon et de Chauveau, dans la région de Québec. Le premier ministre Philippe Couillard aurait pu attendre au début de l’automne dans le cas de Chauveau, laissée vacante par la démission de Gérard Deltell, le 7 avril. Il avait six mois pour y décréter une partielle. Mais l’occasion était trop belle pour ne pas la saisir.
Une borne-fontaine
Une victoire du PLQ est assurée dans Jean-Talon. Cette circonscription recoupe des quartiers de Sainte-Foy, Sillery et Cap-Rouge. Il s’agit de l’une des plus huppées du Québec. Depuis sa création, les électeurs de Jean-Talon ont toujours dépêché des libéraux à l’Assemblée nationale. Une borne-fontaine s’y ferait élire.
Au cours des 40 dernières années, le siège a été occupé, dans l’ordre, par les Raymond Garneau, Jean-Claude Rivest, Gil Rémillard, Margaret F. Delisle, Philippe Couillard et Yves Bolduc.
Le PLQ y présente cette année Sébastien Proulx, qui s’était fait remarquer comme leader parlementaire de l’ADQ en 2007-2008. L’ex-député de Trois-Rivières était conseiller au bureau de Philippe Couillard depuis quelques mois. Le PLQ lui fait un cadeau qui vaut beaucoup d’or. Question de prestige, les électeurs de Jean-Talon veulent être représentés par un ministre. M. Proulx vient par ailleurs d’obtenir non seulement un emploi avec sécurité à vie, mais, même mieux que les gagnants à vie de Loto-Québec, ses descendants auront droit à sa pension!
Lutte à deux
La lutte à deux dans Chauveau, CAQ-PLQ, sera plus intéressante à observer. Le Parti québécois y a certes fait élire dans le passé Louis O’Neil et Raymond Brouillette, mais le PQ est maintenant solidement bon troisième dans la région de Québec. Son candidat dans Chauveau n’y fera que de la figuration, ce qui mènera à la fiche de 0-2 pour PKP.
L’ADQ et par la suite la CAQ ont balayé la circonscription depuis 2008. Gilles Taillon, brièvement chef de l’ADQ après la démission de Mario Dumont, avait récolté 55 % des votes. Gérard Deltell, la coqueluche locale, en a obtenu plus de 52 % lors de ses dernières élections générales.
La CAQ pensait répéter facilement le coup réussi dans la partielle de Lévis avec l’animateur de TVA, François Paradis, en présentant l’ex-journaliste et animatrice Jocelyne Cazin. Elle n’avait pas vu venir Véronyque Tremblay, une ex de LCN, de TQS et du FM 93, en plus d’être une résidente de la place.
Les recherchistes de la CAQ épluchent les chroniques du samedi de Véronyque Tremblay dans le Journal de Québec. Ils scrutent ses écarts de la ligne de parti du PLQ sur différentes questions. On lui reproche en somme d’avoir eu dans le passé des opinions personnelles. Les recherchistes libéraux devront maintenant en trouver chez Jocelyne Cazin.
Nous assistons aussi avec ces deux élections au début d’une offensive libérale pour avaler la CAQ.