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dimanche, janvier 01, 2017

«Les Dragons», «Féministes et nues» et Justin Poppins sauvent le «Bye Bye 2016»

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Publication: Mis à jour: 

BYE BYE 2016

Les parodies Les Dragons et Féministes et nues, le monde merveilleux et idyllique de Justin Poppins, la Danièle Henkel d’Anne Dorval et l’Hillary Clinton de Véronique Claveau: voilà ce qu’on retiendra principalement d’un Bye Bye 2016 sans grand éclat, ni mauvais, ni emballant, en quelque sorte «sauvé» par les éléments susmentionnés. Quelques belles trouvailles ont rehaussé le produit, mais, dans l’ensemble, c’est une revue plutôt lisse et consensuelle que Radio-Canada proposait samedi pour entamer 2017. On a souri souvent, sans réellement rire franchement.
Spécifions toutefois, à la défense de l’équipe de créateurs, qu’il est sans doute de plus en plus difficile de concocter des spéciaux comme le Bye Bye. Tous les types d’humour et d’imitations foisonnent maintenant sur le web, à longueur d’année, sur YouTube comme sur Twitter. Le Bye Bye a beau bénéficier de moyens supérieurs, il y a néanmoins des limites à réinventer et réinterpréter sans cesse un même événement. Qui plus est, le moindre gag est désormais susceptible de générer une levée de boucliers, et les réseaux sociaux s’enflamment maintenant pour un oui ou pour un non.
Ajoutons à cela que 2016 marquait la passation du flambeau de Louis Morissette et KOTV au producteur Guillaume Lespérance, au réalisateur-concepteur Simon Olivier Fecteau et à leur étoilée troupe d’acteurs formée de Marc Labrèche, Anne Dorval, Patrice L’Écuyer, Pierre Brassard et Véronique Claveau, et on comprend aisément la volonté clairement assumée de jouer de prudence. Ce qui a donné lieu à un bon Bye Bye, sans plus.

Lent départ
Il ne fallait pas porter de jugement hâtif, car ce Bye Bye a été lent à démarrer, et les premiers numéros nous ont laissés sur notre appétit. Il faut dire que l’ouverture très sobre, avec son seul logo du Bye Bye 2016, contrastait avec les vignettes de début bourrées d’effets spéciaux sur lesquelles a misé KOTV dans les dernières années.
Marc Labrèche et Anne Dorval ont été amusants en Donald et Mélania Trump, mais leur délire ne résonnait pas tellement et s’écrasait sans trop de punchs. Cette portion de départ a toutefois donné le ton sur le plan des imitations, des costumes, des perruques et des maquillages, sur lesquels on n’a absolument rien à redire. C’est généralement à ce chapitre que le Bye Bye se distingue de ses compétiteurs à moins gros budgets, et c’est habituellement irréprochable. Ç’a encore été à la hauteur cette fois.
Clin d’œil facile au traitement des aînés dans les CHSLD et trop long récapitulatif de la saga Péladeau-Snyder dans un conte médiéval à la Game of Thrones, qui nous ramenait en 2015 avec l’élection de PKP à la tête du Parti québécois et son mariage avec Julie Snyder. Anne Dorval en Martine Ouellet était sympathique, mais ne réchappait pas ce moment bien fade. Idem pour le pastiche des Recettes pompettes avec Gaétan Barrette et Éric Salvail qui, selon l’équipe du Bye Bye, «est vide et n’a aucun contenu». Comme la CAQ, a-t-on appris un peu plus tard.
Il a fallu attendre le montage saccadé des pires aspects de Montréal pour s’émerveiller réellement. La «huitième merveille du monde», soit l’échangeur Turcot, «l’arbre de Noël le plus laitte au monde», Denis Coderre «le magicien, présent partout, tout le temps, dans tout, qui fait passer Jésus pour un amateur» et «l’infranchissable labyrinthe du Plateau», aucun défaut de la métropole n’a été oublié dans cette énumération rapide de Simon Olivier Fecteau, appuyée par de parfaites images. Très réussi.
Bon concept que ces blagues récurrentes sur le «Centre Vidéautron» complètement vide et déserté et l’école de chant de Sophie Grégoire, même si aucune n’était à se rouler par terre. Avez-vous repéré Olivier Niquet de La soirée est (encore) jeune dans l’une des capsules se moquant de la femme de Justin Trudeau? Si vous avez cligné des yeux au mauvais moment, vous l’avez certes manqué, car ç’a été furtif!
Bombardier et patriarcat
L’idée d’utiliser Les Dragons pour aborder la vente des fleurons québécois à des intérêts étrangers était géniale, tout comme l’imitation de Gilbert Rozon par Marc Labrèche, de Martin-Luc Archambault par Patrice L’Écuyer et, surtout, surtout, de Danièle Henkel par Anne Dorval, une véritable révélation avec les intonations, mimiques et postures identiques à celles de la femme d’affaires. On ne connaissait pas encore les redoutables talents d’imitatrice de l’actrice de Chambres en ville et de Mommy. Résumé ironique impeccable de la situation de Bombardier avec un Patrice L’Écuyer très ressemblant en Philippe Couillard.
On a fait allusion à «Ubère et les évasions fiscales» (plutôt faible), aux journalistes espionnés (on n’aurait vraiment pas pu trouver plus original que d’insérer le lieutenant Boulianne et le sergent Bigras de RBO dans la «commission d’enquête sur l’espionnage des journalistes et le journalisme d’espionnage»?), au passage de Céline Dion à En direct de l’univers (chapeau à Dorval et Claveau pour leurs caricatures de France Beaudoin et Céline), à Apple et son «iPogne» (bien songé), et aux discours parfois divagants de Lise Payette, Guy Fournier et Janette Bertrand (mordant et intéressant). L’échange de PK Subban et les mandats de porte-parole de Winston McQuade y ont aussi goûté.
On a littéralement adoré le coup de gueule à Célibataires et nus, émission rebaptisée ici Féministes et nues. Jolie manière de tourner en dérision les débats féministes qui finissent par tourner en rond, avec Rose (désopilante Anne Dorval) devenue Bleu parce qu’elle refuse d’arborer un prénom genré… ou d’être identifiée par une couleur. «Personne va m’imposer de pas avoir de contradictions non plus», a-t-elle plaidé. «À bas les stéréotypes imposés par le patriarcat mondial», a scandé cette même Rose/Bleu, poitrine au vent sur le trampoline. Purina Moustarache, l’animatrice de ce Féministes et nues, a pour sa part allégué, pour expliquer sa présence à l’émission : «Si moi je suis ici aujourd’hui, c’est parce que je suis prête à accepter n’importe quoi pour passer à TV et parce que j’ai un très mauvais agent.» Du bonbon!
Justin Trudeau, «super optimiste déconnecté et dans le déni» a été dépeint comme le nouveau Mary Poppins, gambadant main dans la main avec Barack Obama avec des politiques insensées, un parallèle à la fois cynique et très comique.
Autre bon coup, la chanson de la défaite d’Hillary Clinton, sur l’air de Si j’étais un homme, qui n’a pas été élue «à cause de la colère des Blancs qui ne voulaient pas d’immigrants». «Je suis femme et quand on est femme, on ne gagne pas dans ce pays-là…», a roucoulé une glorieuse Véronique Claveau dans la peau de la politicienne.
Mike Ward (Patrice L’Écuyer, qui s’est bien débrouillé) n’a pas été épargné, alors qu’on s’est moqué à grands coups de sarcasme de ses «déboires» d’humoriste qui ne peut pas dire tout ce qu’il veut. Donnez à «Amistie Mike Ward», pour sauver l’homme emprisonné par le gouvernement pour ses propos jugés offensants… et l’aider à agrandir sa piscine. Caustique et bien rendu.
Qu’est-ce qui se passait dans la tête des coachs de La voix junior? Le Bye Bye 2016 a extrapolé en faisant parler les voix dans l’esprit de Marc Dupré, Marie-Mai et d’un Alex Nevksy jaloux de Louis-Jean Cormier. «J’espère que c’est pas le karma qui me rattrape pour avoir dompé le gars qui a écrit toutes mes tunes», s’est inquiétée Marie-Mai.
Pour le passage à 2017, sur le coup de minuit, les souhaits ont été offerts par Marc Labrèche posté à Québec, Véronique Claveau, à Saguenay, Pierre Brassard, à Val D’Or, Anne Dorval, à Sherbrooke, Patrice L’Écuyer, à Rimouski, et Simon-Olivier Fecteau, à Montréal. On a eu une pensée pour les disparus et on s’est évidemment souhaité le meilleur pour l’année à venir.