La juge dont le mari avait publié à son insu des photos d'elle, nue, se confie

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Publié par La Presse Canadienne le mardi 05 janvier 2016 à 18h12. Modifié par Jacques Thériault à 19h17.
La juge dont le mari avait publié à son insu des photos d'elle, nue, se confie
WINNIPEG - Une juge du Manitoba dont le mari avait publié à son insu des photos d'elle, nue, sur internet, soutient que les procédures du Conseil canadien de la magistrature ont été pour elle comme des agressions sexuelles répétées.
Lori Douglas, qui était juge en chef adjointe du Manitoba lorsque le scandale a éclaté, s'est confiée récemment à la revue Canadian Lawyer, qui en fait sa une du numéro de janvier.

Selon Mme Douglas, savoir que les employés du Conseil canadien de la magistrature pouvaient consulter les photos, pendant les audiences disciplinaires, s'apparentait «aux tortures infligées aux femmes en temps de guerre».

«Ça me faisait très, très, très mal — atrocement — de savoir que les personnes qui m'interrogeaient avaient vu ces photos», dit-elle au magazine des avocats canadiens. Dans le même article, elle soutient que si elle avait été un homme, les réactions à ces photos n'auraient pas été pareilles.

L'ex-juge affirme qu'elle-même n'a rien fait de mal dans cette affaire, et que le Conseil aurait dû prendre sa défense plutôt que de la traîner dans une sordide procédure disciplinaire. «Personne n'a pris ma défense. Si ça avait été un homme, le Conseil aurait dit: 'Pauvre Joe: il a marié une folle'», cite le magazine.

Mme Douglas n'a pu être jointe par La Presse Canadienne pour commenter davantage et son avocat n'a pas retourné notre appel.

Johanna Laporte, porte-parole du Conseil canadien de la magistrature, a indiqué que l'article du Canadian Lawyer est lu attentivement par la direction mais on n'a pas encore décidé si l'organisme offrirait une réplique.

Le Conseil de la magistrature reprochait à Mme Douglas d'avoir omis d'évoquer cette affaire lorsqu'elle a présenté sa candidature pour devenir juge en 2004, et que ces photographies pouvaient miner la confiance de la population dans le système judiciaire.

Les audiences ont duré des années et coûté au moins 3 millions $, sans compter le salaire de Mme Douglas, qui était en congé payé pendant toutes les procédures. Elle a finalement pris sa retraite en mai dernier après avoir conclu une entente avec le Conseil de la magistrature.

L'ex-mari de Mme Douglas, Jack King, mort en 2014, avait pris des photos d'elle et les avait publiées sur internet à son insu en 2003. Me King les avait aussi montrées à un client, Alexander Chapman, pour l'inciter à avoir des relations sexuelles avec elle. Estimant qu'il s'agissait de harcèlement sexuel, M. Chapman a finalement touché 25 000 $ pour détruire les photos et abandonner sa poursuite. Mais il a conservé les photos et les a rendues publiques en 2010.

«J'ai perdu mon emploi. J'ai perdu ma vie. J'ai perdu ma réputation, rappelle Mme Douglas au magazine. Mis à part mon fils, je n'avais plus beaucoup de motifs de continuer.»