samedi, mai 21, 2016

Les «Poëti Papers»...

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MISE à JOUR 
On y dépense des milliards chaque mois, mais le ventripotent ministère des Transports (MTQ) n’est pas le royaume du travail bien fait. Des lettres confidentielles, un rapport d’enquête secret et ses annexes, les «Poëti Papers», démontrent que les fonds publics y sont plutôt administrés avec désinvolture.
Estimés approximatifs, heures supplémentaires au pif, règles administratives flouées, contrats fractionnés systématiquement sans parler des relations incestueuses avec les faucons du privé.
On comprend que la sous-ministre Dominique Savoie n’ait pas voulu assouvir la curiosité de l’ex-ministre Robert Poëti et de sa mandataire Annie Trudel.
Il aurait été gênant d’admettre que, cinq ans après le verdict dévastateur du Vérificateur général, les pratiques douteuses persistent. On se demande d’ailleurs si l’ajout d’un inspecteur général à l’organigramme changera quoi que ce soit à ce foutoir.
Panier de crabes
Mercredi, en commission parlementaire, après avoir débité des banalités durant des heures, la sous-ministre Savoie a heureusement été ramenée sur terre par Martine Ouellet, la députée péquiste de Vachon.
Pourquoi ne pas avoir donné suite aux requêtes de l’ex-ministre Poëti? Pourquoi un rapport si tardif? À quoi riment tous ces secrets?
Amenée aux Transports par Sam Hamad, Mme Savoie a fini par laisser tomber qu’un ministère relève du sous-ministre. Autrement dit, M. Poëti ne se mêlait pas de ses affaires. L’ancien policier a été démis de ses fonctions et puis... rien!
Le premier ministre Couillard n’aurait pas su avant cette semaine que le MTQ était toujours un panier de crabes. Étonnant, c’est le moins qu’on puisse dire.
Après le triste épisode de la commission Charbonneau, les libéraux devraient être les plus vigilants et les plus sensibles aux enjeux d’éthique et de gouvernance.
M. Poëti n’exigeait pas une révolution, mais des changements organisationnels logiques. Par exemple, que ceux qui sont chargés de débusquer les pratiques douteuses ne soient pas sous l’autorité de ceux qui les ordonnent! De là le silence forcé des gens honnêtes...
Et que dire des dizaines de retraités embauchés à gogo et triplant leurs revenus, mais payés par le biais de compagnies à numéro? Qu’est-ce que cette pratique dans un État lui-même obsédé par l’évitement fiscal?
Daoust, désintéressé
Ce n’est pas le genre de trucs qui suscite d’emblée l’indignation de l’actuel ministre des Transports, Jacques Daoust.
Quand l’affaire a éclaté mercredi, il a téléphoné à la sous-ministre Savoie pour lui dire en rigolant que sa journée serait aussi mauvaise que la sienne. Quand ça va mal, la noblesse a souvent la solidarité joyeuse...
M. Daoust aurait pu gagner un Olivier, ce jour-là. En matinée, il disait avoir appelé l’Unité permanente anticorruption (UPAC), mais, en après-midi, il avait plutôt expédié des documents. En vérité, il n’avait rien fait. Son chef de cabinet, Pierre Ouellet, avait simplement refilé une clef USB à l’UPAC contenant l’enquête menée sur son ministère.
M. Daoust ne sachant rien de son contenu, c’est encore son estafette qui, dans un moment de burlesque télévisé, en a donné un aperçu aux journalistes. M. Ouellet qui a perdu son emploi ensuite pour une lettre manquante.
Le tollé a aussi fait tomber sa majesté Dominique Savoie, vite remplacée par Denis Marsolais, un ex-coroner devenu sous-ministre de la Sécurité publique. C’est peut-être ce qui manque au MTQ, un regard judiciaire sur ses activités...
Quant à Jacques Daoust, il est heureux de voir l’affaire refilée à l’UPAC. Il n’a d’ailleurs jamais eu les mêmes inquiétudes que son prédécesseur. Il l’a admis, jeudi. «Chacun a ses priorités», a-t-il dit.
Pourtant, le MTQ a besoin d’un sérieux coup de barre. Les contribuables les plus taxés d’Amérique en ont marre de l’incurie systématique. Maintenant que l’inspecteur Lafrenière est forcé de se grouiller, on verra si les appréhensions de Robert Poëti étaient justifiées. Lui, en tout cas, aura tout fait pour laver son honneur.