dimanche, janvier 03, 2016

Deux Israéliens inculpés pour le meurtre d'une famille palestinienne

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Publié le 03 janvier 2016 à 08h41 | Mis à jour à 08h41
Ali Dawabcheh, 18 mois, et ses parents Saad et... (PHOTO JAAFAR ASHTIYEH, ARCHIVES AFP)
PHOTO JAAFAR ASHTIYEH, ARCHIVES AFP

Ali Dawabcheh, 18 mois, et ses parents Saad et Riham sont morts dans un incendie criminel, le 31 juillet à Douma.

DAPHNÉ ROUSSEAU
Agence France-Presse
LOD
La justice israélienne a inculpé dimanche deux Israéliens pour la mort d'un bébé palestinien et de ses deux parents dans un incendie criminel qui avait profondément choqué les Palestiniens, suscité une large réprobation en Israël et réveillé les démons de l'extrémisme juif.
Ces inculpations sont la première étape d'un long processus judiciaire qui, selon Palestiniens et défenseurs des droits de l'Homme, a mis du temps à s'enclencher.
Elles surviennent plus de cinq mois après l'attaque menée le 31 juillet avant l'aube et signée d'extrémistes juifs qui avaient laissé des slogans en hébreu sur les murs jouxtant la petite maison incendiée de la famille Dawabcheh.
Les deux jeunes hommes inculpés avaient été arrêtés avec d'autres dans les milieux juifs radicaux, notamment parmi les « jeunes des collines », ces colons radicaux qui remettent en question l'autorité de l'État hébreu.
Amiram Ben-Uliel, âgé de 21 ans et originaire de Shilo, une colonie du nord de la Cisjordanie occupée, a été inculpé du meurtre d'Ali Dawabcheh, 18 mois, et de ses parents Saad et Riham. Il doit également répondre de la tentative de meurtre du petit Ahmed, 4 ans, toujours hospitalisé et désormais seul survivant de la famille Dawabcheh.
Un mineur de 17 ans, dont l'identité n'a pas été révélée, a été inculpé de complicité de meurtre.
« Tortures » du Shin Bet 
À la suite de l'attaque, Israël avait été critiqué à l'étranger et par des organisations de défense des droits de l'Homme pour son « laxisme » vis-à-vis des groupes radicaux. Les Palestiniens avaient accusé l'État hébreu de « soutien » à l'extrémisme juif.
Les dirigeants israéliens unanimes avaient cependant dénoncé le « terrorisme juif ». À la demande du ministre de la Défense Moshé Yaalon, le cabinet de sécurité avait approuvé l'utilisation dans une telle affaire de la détention administrative, habituellement réservée aux Palestiniens.
Depuis que le Shin Bet, le service de la sécurité intérieure, a lancé plusieurs coups de filet, proches et partisans des extrémistes arrêtés n'ont cessé de dénoncer des « tortures » et des « mauvais traitements ». Ils ont manifesté leur colère devant les domiciles de juges ou du chef du Shin Bet.
L'épouse d'Amiram Ben Oliel, Orian, a affirmé dimanche à la sortie de l'audience que son époux avait « subi des tortures pour donner des informations sur des actes qu'il n'a pas commis ». « Je sais qu'il était à la maison cette nuit-là et qu'il n'a rien fait », a-t-elle maintenu, alors que le ministère de la Justice indique que l'homme vivait au moment de l'attaque dans des colonies sauvages des environs de Douma.
« C'est un vaste mensonge à des fins politiques », a martelé la jeune femme vêtue de la tenue stricte des juifs ultra-orthodoxes.
En incendiant la maison des Dawabcheh, Amiram Ben-Uliel et le mineur ont cherché à venger la mort de Malachi Rosenfeld, un Israélien tué par des tirs palestiniens près de la colonie de Shilo un mois plus tôt, a indiqué le ministère de la Justice.
Deux autres suspects israéliens, dont un mineur, ont été inculpés pour leur implication dans « d'autres actes terroristes », dont les incendies de l'abbaye de la Dormition à Jérusalem en mai 2014 et de l'Église de la multiplication des pains, sur les rives du lac de Tibériade en juin 2015.
« Organisation terroriste »
Parmi les autres chefs d'accusation retenus contre les quatre hommes figurent l'« appartenance à une organisation terroriste » et à « un groupuscule nationaliste raciste ».
Ces inculpations ont apparemment été accélérées par la diffusion récente d'une vidéo montrant de jeunes extrémistes juifs célébrant, lors d'un mariage, la mort d'Ali Dawabcheh.
Les images de la lacération d'une photo du bébé avaient choqué en Israël. Le premier ministre de droite Benyamin Nétanyahou a dénoncé des « images choquantes » qui « montrent le vrai visage d'un groupe qui constitue un danger pour la société israélienne et la sécurité d'Israël ».
Les grands-parents d'Ali, Sarah et Mohammed, rencontrés par l'AFP dans leur maison de Douma, voisine de celle encore noire de suie de leur fils aujourd'hui décédé, ont affirmé ne pas croire « en la justice israélienne injuste ».
« Ce tribunal est une parodie », a lancé Mohammed Dawabcheh, 68 ans. « S'ils voulaient vraiment les punir, ils l'auraient fait depuis le premier jour et nous auraient dit depuis le début que c'étaient eux qui avaient tué nos enfants », a renchéri sa femme.
Les inculpations d'extrémistes juifs interviennent dans le contexte d'une nouvelle vague de violences qui a fait 138 morts palestiniens et 20 morts israéliens depuis le 1er octobre. Une majorité des Palestiniens tués sont présentés par Israël comme des auteurs d'attaques.