samedi, décembre 05, 2015

La Libye, prochain sanctuaire du groupe armé État islamique?

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Mise à jour le vendredi 4 décembre 2015 à 21 h 32 HNE   Radio-Canada avec Agence France-Presse
L'Etat islamique gagne du terrain en Libye, principalement dans la ville de Syrte.
L'Etat islamique gagne du terrain en Libye, principalement dans la ville de Syrte.  Photo :  Youssef Boudlal / Reuters

Les dirigeants européens s'inquiètent de plus en plus de la montée en puissance du groupe armé État islamique (EI) en Libye, qui menace directement les territoires africain et européen.
« La Libye risque d'être la prochaine urgence », a affirmé le président du Conseil italien, Matteo Renzi, vendredi.
La Libye, plongée dans le chaos depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011, est devenue une cible privilégiée pour l'EI.
Selon un récent rapport de l'ONU, il y aurait entre 2000 et 3000 combattants de l'EI en Libye, dont 1500 à Syrte, une ville située à 450 kilomètres à l'est de la capitale Tripoli.
Pour le groupe armé, l'ancienne colonie italienne représente « de toute évidence un pôle d'attraction à mesure que la Syrie est plus compliquée d'accès », selon une source gouvernementale française.
Tensions ethniques, attentats et immigration 
L'organisation terroriste provoque depuis plusieurs mois de vives tensions dans le sud du pays entre les Toubous et Touaregs, deux peuples dont les violentes rivalités pourraient déstabiliser les pays voisins comme le Tchad et le Soudan, selon Kader Abderrahim, chercheur à l'Institut de Relations internationales et stratégiques de Paris (Iris).
La multiplication des attentats revendiqués par l'EI en Tunisie voisine alarme également quant à l'influence grandissante du groupe armé dans la région.
« [La Tunisie] est le pays le plus menacé. Les terroristes ne supportent pas l'idée qu'à quelques dizaines de kilomètres, il y ait une démocratie qui fonctionne. »— Kader Abderrahim, chercheur à l'Institut de Relations internationales et stratégiques de Paris

La Libye semble aussi attiser l'intérêt de nombreux aspirants djihadistes européens. Dernièrement, deux jeunes Français soupçonnés de vouloir rejoindre l'EI en Libye ont été arrêtés en Tunisie.
L'Europe s'inquiète surtout de l'afflux de réfugiés en provenance de la Libye, foyer de transition important pour l'immigration africaine, qui représenterait une manne financière pour les terroristes.
L'EI pourrait même tenter de « débarquer des djihadistes à Lampedusa (une île italienne à 300 kilomètres des côtes libyennes) », estime un ministre européen.
Sur place, les nombreuses milices libyennes qui pourraient combattre les positions de l'EI cherchent plus à se disputer le pouvoir, dans le cadre d'une guerre civile qui semble interminable, qu'à contrer l'organisation.
État islamique, le règne de la terreur
Sans solution politique, la « victoire » de l'EI
Les efforts de la communauté internationale pour aboutir à la création d'un seul gouvernement central en Libye ont jusqu'ici été soldés par des échecs.
Pourtant, sans un tel accord, « ce sera la victoire de l'EI en Libye » alerte le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian, qui pense que l'afflux de combattants de l'EI en Libye sera de plus en plus important.
Les Occidentaux excluent toutefois une intervention militaire pour l'instant. « Si un accord intervient en Libye, alors on pourra apporter un soutien sécuritaire », confie une source gouvernementale française.
Les États-Unis avaient déjà mené de brefs bombardements sur le territoire libyen le 13 novembre, affirmant avoir tué le chef local de l'EI, Abou Nabil.
La France mène quant à elle des vols de reconnaissance au-dessus des positions du groupe djihadiste en Libye, depuis son porte-avions Charles-de-Gaulle, a indiqué vendredi l'Élysée.
Pour la France, l'Italie et les États-Unis, l'urgence semble de parvenir à mener une pression efficace sur les groupes armés libyens, pour aboutir à un accord politique crédible stabilisant la situation sécuritaire en Libye.