dimanche, juin 21, 2015

Le fédéralisme poussiéreux

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MISE à JOUR 

Don Cherry
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Le billet de Patrice Servant sur ce qu’il nomme la « rhétorique victimaire » des souverainistes invitait une réponse, mais j’avoue avoir cherché longtemps par quel bout le prendre. C'est que pour illustrer son propos, Patrice reprend tellement de vieux arguments poussiéreux du camp fédéraliste que j'avais l'impression qu'il en appelait à la modernisation du discours fédéraliste! L'autre difficulté était de répondre à des affirmations tellement caricaturales. 
Il affirme, par exemple, que « les souverainistes vivent dans un univers assombri. Ils voient notre société, comme la proie d’une sorte de conspiration anti-Québec qui sévirait dans le reste du Canada. Le Québec comme la brebis d’un pays de loups. »
C’est à la fois si bien écrit et tellement caricatural. « La brebis d’un pays de loup »...Quand même ! Je ne sais de quel souverainiste il parle, n’ayant jamais vu ce type de rhétorique, ni au Bloc, ni au PQ, ni chez QS, ni à ON.
J’ai moi-même écrit des centaines de discours et des dizaines de textes de fond et jamais ce type de rhétorique « victimaire » n’a eu droit de cité. Patrice aborde une question fondamentale par le mauvais bout de la lorgnette. Quand on compare le statut de province à celui de pays, on doit constater que le Québec est bel et bien menacé, pas par des forces obscures venues de l’extérieur, mais par ce statut de province qui laisse une autre nation décider pour nous. Que le Canada ait la politique de ses intérêts, rien de plus normal. Et quand les intérêts canadiens entrent en collision avec ceux du Québec, le Canada décide. C’est comme ça. Il n’y a pas de complot.
Après avoir reproché à Philippe Couillard son fédéralisme béat, c’est comme si mon coloc de blogue voulait que les souverainistes se mettent eux-mêmes à pratiquer un souverainisme béat. Ce qui est particulier, c’est que pour soutenir son propos, Patrice multiplie les exemples qui démontrent que notre statut de province nous nuit, pour ensuite nous reprocher de mettre ce fait en lumière.
Prenons ses exemples un à un.
« Ils vont citer pour preuves des décisions qui paraissent inéquitables, comme le fait que la marine canadienne ait ignoré le chantier maritime Davie dans l’octroi de ses derniers contrats. »
Voici un exemple magnifique. Le gouvernement canadien décide de lancer le plus gigantesque appel d’offres de l’histoire – 100 milliards de dollars ! – et décide d’avance que seuls deux chantiers maritimes au Canada pourront obtenir des contrats. Tout le monde sait qu’il y a seulement trois chantiers capables, techniquement, de répondre. Un en Colombie-Britannique, un au Québec et un en Nouvelle-Écosse. Pourquoi limiter l’octroi de contrats à seulement deux des trois chantiers ? C’est purement arbitraire, bien sûr. Il ne s’agissait pas de maximiser les deniers publics. Il s’agissait d’une bataille politique.
Le Québec était vaincu avant même de combattre. Les députés conservateurs du Québec, comme ceux du NPD, avaient décidé d’approuver d’avance la décision. Pendant ce temps-là, ceux de la Nouvelle-Écosse et de la Colombie-Britannique se battaient comme des lions. Les gouvernements provinciaux de ces provinces ont également jeté toutes leurs forces dans la bataille. Au Québec, à part le Bloc, c’était l’indifférence. Le gouvernement québécois de l’époque – celui de Jean Charest que servait alors Patrice – ne s’est pas battu. C’est comme si ça ne nous concernait pas.
Comme souverainiste, mon cher Patrice, je ne dis qu’une chose : dans un Québec indépendant, les 20 milliards (la part du Québec) que nous payons pour les navires fédéraux, nous pourrons les investir chez nous, pour créer des emplois et de la richesse chez nous. Comme province, le Québec est soumis à ce type de décision. Comme pays, il ne le sera pas. Rien de victimaire là-dedans.
« Ils vont s’outrager que les impôts fédéraux des Québécois puissent servir à financer des ouvrages au Yukon, comme si les Yukonnais ne contribuaient pas d’une part semblable de leurs ressources à des travaux d’infrastructures fédéraux réalisés au Québec. »
Peut-être suis-je distrait, mais je ne me souviens pas d’avoir vu ou entendu un seul souverainiste (sauf moi, peut-être, mais certainement pas dans ces termes-là) faire référence au Yukon. Je me souviens très bien, par contre, avoir lu Denis Lebel affirmer que le Québec était « dépendant » du Canada. Loin de le contredire, Philippe Couillard a renchéri.
Et puisque tu veux parler du Yukon, savais-tu que le gouvernement fédéral y dépense cinq fois plus – per capita – qu’au Québec ? Et pourtant, si un ministre fédéral s’avisait d’écrire à ses concitoyens du Yukon pour déplorer qu’ils soient si dépendants d’Ottawa, ce ministre devrait démissionner sur le champ. Le problème, ici, ce n’est pas que le Québec soit victime ou non. Le problème, c’est la mentalité provincialiste de ratatinement des élus fédéralistes du Québec, ce que d’une autre perspective tu appelles avec beaucoup de justesse le « fédéralisme béat ».
« Ils (les souverainistes) prétendent que le Québec est saigné économiquement par le Canada. À les entendre, le Canada est une sorte de goulag, même si c’est la fédération la plus décentralisée au monde et que le Québec dispose de pouvoirs qui feraient pâlir d’envie les Catalans et les Écossais. »
Le goulag...Le seul politicien que je connais qui utilise ce mot, c’est Gilles Duceppe. Il l’a repris de Lévesque et ne l’utilise que pour affirmer que « le Canada, ce n’est pas le goulag ».
Patrice poursuit en recyclant la rhétorique de Stéphane Dion voulant que le Canada soit « la fédération la plus décentralisée du monde ». Cette assertion est pour le moins contestable dès qu’on veut bien passer de la théorie à la réalité. Par exemple, selon la Constitution canadienne, les provinces ont le pouvoir exclusif de légiférer dans les domaines sociaux, comme la santé, l’éducation, etc. Ça, c’est la théorie. Dans la pratique, le gouvernement fédéral intervient dans absolument tous les pouvoirs soi-disant exclusifs des provinces, en utilisant massivement le pouvoir de dépenser qu’il s’est lui-même octroyé.
On pourrait en discuter longuement. Mais je ne vois pas en quoi ça concerne les souverainistes. La question n’est pas de savoir si le Canada prend un peu, beaucoup ou énormément de décisions à notre place. La question est de savoir si nous devrions laisser le gouvernement d’une autre nation décider pour nous. Autrefois, les fédéralistes québécois répondaient qu’il fallait demeurer dans le Canada, mais en renouvelant le fédéralisme canadien pour que le Québec ait davantage de pouvoir. Les fédéralistes québécois ont perdu toutes leurs batailles pour réformer le Canada. Toutes !
Tu es bien placé pour le savoir. Combien de fois as-tu écris, pour Jean Charest, « le fruit n’est pas mûr » en référence à l’impossibilité de réformer le fédéralisme canadien dans le sens des intérêts supérieurs du Québec? Et tu voudrais que de notre côté nous passions sous silence toutes les décisions prises à Ottawa qui vont à l’encontre de nos intérêts et de nos aspirations ? Tu voudrais que les souverainistes passent sous silence toutes ces motions unanimes de l’Assemblée nationale ignorées par Ottawa ? Tu voudrais que nous pratiquions un souverainisme béat ? Non merci.

« Pour eux, le Canada menace la culture québécoise, à commencer par la langue. L’affirmation est pour le moins contestable. La première menace réelle à la langue française, c’est nous-mêmes. Nous la massacrons. Nous la parlons mal, nous l’enseignons mal et nous avons sabré dans les services de francisation des immigrants. En outre, l’un des principaux outils de promotion de la langue française est une société fédérale, Radio-Canada. À moins de vouloir couper les signaux télé et internet et interdire la vente des jeux vidéo, les souverainistes auront peu d’effet sur la réalité continentale qui fait du Québec une île francophone dans un océan anglophone. »
Cher Patrice, ce n’est pas le Canada qui menace la langue française, c’est la force de l’anglais. Là-dessus, on est d’accord.
Mais rassure-moi. Dis-moi que tu ne crois pas sérieusement que le français se porte mieux du fait que le Québec soit une province du Canada, plutôt qu’un pays indépendant et francophone ? Que le Canada soit prêt à se porter à la défense de la minorité anglophone au Québec, comme si elle était menacée, c’est un fait indéniable. Que le Québec traite infiniment mieux sa minorité linguistique que le Canada ne le fait envers les francophones hors Québec, c’est une évidence. Quand le gouvernement fédéral ne respecte pas minimalement sa propre politique sur le bilinguisme officiel, ce sont les fédéralistes à Ottawa qui le critiquent avec le plus force. De mon côté, ça fait longtemps que j’ai conclu que ce bilinguisme n’était qu’une façade destinée à jeter de la poudre aux yeux des Québécois francophones. Comme le dit Gilles Duceppe, il y a deux langues officielles à Ottawa : l’anglais et la traduction simultanée.
Il n’y a pas de rhétorique victimaire ici, mais un simple constat. La seule et unique façon d’assurer sur la longue durée l’épanouissement du français consiste à faire du Québec un pays, un pays francophone.
Tu fais grand cas du fait que Radio-Canada soit une société fédérale, comme si le Canada nous avait fait un cadeau ! Il s’agit – c’est inscrit dans la loi – d’un outil devant favoriser « l’unité canadienne ». C’est ce qui explique la surabondance de reportages qui nous proviennent du Manitoba, de la Saskatchewan ou de Windsor, Ontario. C’est « cute », mais qu’est-ce qu’on en a à foutre du dernier fait divers survenu à Régina ? Pour ma part, j’aimerais infiniment mieux plus de reportages en provenance de Londres, d’Abidjan, de Pékin ou de Mexico. Je ne te parle même pas des compressions successives de tous les gouvernements depuis des décennies. Ni des longues émissions pour couvrir les péripéties de la famille royale britannique. Avec mon argent, bâtinsse !
Bien sûr que Radio-Canada constitue un outil de promotion de la langue française. Justement, comment la nation québécoise peut-elle accepter béatement qu’un des principaux vecteurs de sa culture soit contrôlé depuis Ottawa, par des gens qui idolâtrent un clown comme Don Cherry sur les ondes d'une télévision publique?
Mon cher Patrice, dans un Québec indépendant, notre diffuseur public constituera aussi un outil de promotion de la langue française et de la culture québécoise. En prime, nous serons débarrassés des absurdités liées à l’obligation de promouvoir l’unité canadienne ou la famille royale britannique. Au lieu de payer pour des antennes au Manitoba, nous pourrons réinvestir dans les salles de nouvelles de nos régions et au lieu de couvrir les péripéties royales, nous prendrons des nouvelles du Brésil ou de la Chine.
« Si plusieurs ont reproché à Philippe Couillard sa déclaration à l’effet que l’enseignement de l’histoire occultait la contribution de tisseurs de liens comme Lafontaine et Baldwin, les souverainistes ont quant à eux fait une habitude de la lecture partiale de l’histoire. Ils réfèrent inlassablement à la répression des Patriotes et au Rapport Durham qui l’a suivie et qui préconisait l’assimilation des Canadiens français. Ces faits douloureux sont incontestables. Mais dans leur inclination à dépeindre les Anglais comme de vils persécuteurs, les souverainistes prêtent à l’excès à la France le bon rôle de la mère-patrie toujours bienveillante. Or, la France s’est totalement désintéressée du Québec pendant plus d’un siècle après avoir préféré le rhum des Antilles aux fourrures du Nord. C’est ce qu’on appelle « le grand silence » dans les relations France-Québec. La riche amitié d’aujourd’hui entre la France et le Québec n’a pas toujours été. Il serait probablement correct de dire qu’à une époque où les minorités n’étaient promises à aucun autre destin que l’assimilation, les Anglais n’ont pas été pires tourmenteurs de nos ancêtres que ne l’ont été les Français en d’autres contrées. Les douleurs de la décolonisation française nous en fournissent un indice. »
Ce long laïus, tu me permettras de te le dire franchement, Patrice, est parfaitement ridicule. Tu nous parles d’une lecture partiale de l’histoire, ce que jamais René Lévesque n’a fait. Ni Parizeau, ni Duceppe, ni même PKP. Au Québec, l’histoire est largement occultée, diluée, écartée. Quant à dépeindre les Anglais « comme de vils persécuteurs », là encore tu caricatures. Ce serait pardonnable si tu voulais être drôle, mais tu sembles sérieux. Comment imaginer que Parizeau, un homme qui s’enorgueillissait de son accent et des ses airs britanniques, puissent décrire les Anglais « comme de vils persécuteurs » ? Comment pourrais-tu imaginer que Duceppe, qui se décrit non sans humour comme « a Bloque who turned Bloc » pourrait sombrer dans cette rhétorique caricaturale que tu évoques ?
Dans ta démonstration, tu nous dis en quelque sorte qu’à l’époque coloniale, les Français ont agi aussi durement que les Anglais. Si tu veux mon avis, les Français de l’époque furent encore pire que les Anglais. Pour t’en convaincre, je t’invite à lire «La traite des noirs», d’Albert Londres. Je te donne donc raison là-dessus, mais je ne vois pas le rapport avec notre histoire. Ce ne sont quand même pas les Français qui ont brûlé les granges de nos ancêtres patriotes ou pendu Louis Riel. Ce ne sont pas les Français qui ont interdit les écoles françaises en Ontario.
Encore là, tu voudrais que les souverainistes fassent l’impasse sur les pages sombres de notre histoire. Ce serait encore une fois tomber dans la béatitude. Cela dit, chaque fois que j’ai eu à écrire pour un leader souverainiste à propos de notre histoire, la part belle allait tout le temps au côté lumineux de notre parcours comme peuple. Ce que tu as écris en ouverture, que je reproduis ici, je l’ai moi-même écris, sous une forme ou sous une autre, des dizaines de fois :
« Le Québec est une sorte de miracle de l’histoire politique. Notre peuple a su par-delà les ans et les événements faire échec à la loi du nombre pendant des siècles pour bâtir en terre d’Amérique une société francophone qui compte parmi les plus prospères. Il n’y a pas beaucoup d’équivalents d’une telle opiniâtreté dans le monde. »
Sur cette question de l’histoire, je terminerai encore une fois par un plaidoyer positif en faveur de l’indépendance. Dans le contexte actuel, la peur que l’enseignement de l’histoire soit instrumentalisé par les fédéralistes ou les souverainistes fait en sorte qu’elle soit largement évacuée. Nous enseignons notre histoire politique avec une prudence extrême, ce qui a pour conséquence de l’affadir. Dans un Québec indépendant, nous serons libérés de ces craintes et nous pourrons enseigner avec fierté à nos enfants l’histoire de ce miracle québécois que tu évoques avec tant de verve.

« Si les souverainistes voulaient rallier plus largement les Québécois, ils devraient impérativement purger leur discours de cette logique victimaire qui est pour l’heure l’assise principale de leur rhétorique et qui ne correspond pas à la réalité du Québec. Les Québécois ne se conçoivent pas comme des victimes. »
Cette assertion selon laquelle une logique victimaire serait l’assise principale de la rhétorique souverainiste est tout simplement fausse. Le discours de PKP en serait un de victime ? Laissez-moi rire. Et celui de Gilles Duceppe, le chef de l’autre grand parti souverainiste, serait victimaire ? J’ai dû manquer un épisode un moment-donné. Le discours souverainiste, au contraire, est jonché de « nous sommes capables », de « Québec gagnant », de « imaginer un Québec souverain », de « la souveraineté, c’est payant ».
« Les souverainistes devraient faire leurs devoirs et trouver réponses à quelques questions embarrassantes. Par exemple : si leur projet implique la divisibilité du territoire canadien au nom de quel principe juridique devrait-il impliquer l’intégralité du territoire québécois, surtout lorsqu’on considère que les Premières Nations ont des revendications sur la majeure partie de ce territoire? »
Là, malheureusement, Patrice sombre dans la politique du pire, encore une fois inspiré de Stéphane Dion, dont le père, un grand intellectuel, écrivait que le peuple québécois avait l’art de secréter ses propres bourreaux. Cette question, régulièrement soulevée par les fédéralistes, constitue l’argument de peur par excellence jeté à la figure des Québécois.
Cela dit, il me fait plaisir de t’éclairer, Patrice. Les souverainistes ont en effet répondu à cette question depuis longtemps, avec des études poussées. Voici un extrait du sommaire de l’une d’elle, effectuée par Henri Brun, d’abord pour la Commission d’étude des questions afférentes à l’accession du Québec à la souveraineté (à l’époque de Bourassa, en 1991) et mise à jour en 2001:
« Pour ce qui est du territoire terrestre, sa conclusion est que le Québec accéderait à la souveraineté avec tout son territoire. Aucun argument de droit international ou de droit constitutionnel ne permettrait de soutenir sérieusement que le Canada aurait le droit de retenir dans le Canada certaines parties du territoire du Québec.
En ce qui regarde le territoire maritime le Québec ne peut se trouver réduit par l’accès à la souveraineté puisque, en vertu du droit constitutionnel canadien, aucun espace de cette nature ne fait actuellement partie de son territoire. L’étude démontre que l’accession à la souveraineté aurait plutôt pour effet, par application du droit international, d’accroître le territoire du Québec d’une mer territoriale de douze milles marins au large des côtes du golfe Saint-Laurent, des baies d’Hudson, James et d’Ungava et du détroit d’Hudson. »
En ce moment, comme province, le Québec n’est pas maître de larges parties de son territoire. C’est le cas du Saint-Laurent, par exemple, sous compétence fédérale. Même chose pour la construction d’un oléoduc qui pourrait traverser des centaines de nos rivières sans que le Québec n’ait un mot à dire. Alors, pour répondre à ta question, l’indépendance du Québec ne nous fera perdre aucune parcelle de territoire. Au contraire, elle nous permettra d’acquérir une compétence maritime qui nous échappe actuellement et de redevenir maître sur notre propre territoire terrestre.
Si cette question est embarrassante, c’est pour les fédéralistes québécois qui utilisent aussi légèrement un argument partitionniste responsable de tant de conflits dans l’histoire du monde.
« Pour les souverainistes, le rapatriement unilatéral de la constitution en 1982 et le refus du Canada de reconnaître constitutionnellement la spécificité du Québec sont des affronts innommables. Nul doute qu’un pays se construit sur des symboles et que celui-là est lourd. C’est un peu le vice caché de la maison canadienne. Qu’attendent-ils alors pour mettre au défi les leaders fédéralistes d’exiger réparation? »
La Constitution d’un pays ne serait que symbolique ? Tu charries. Tu voudrais que les souverainistes mettent au défi les leaders fédéralistes d’exiger réparation, alors même que nous savons tous que c’est impossible. « Le fruit n’est pas mûr », tu te souviens ? Et bien, ça fait 25 ans qu’on attend qu’il mûrisse, le fruit. Depuis le temps, il a sûrement pourri sur l’arbre !
La réalité, tu le sais bien, c’est qu’il n’y plus que deux options possibles pour les Québécois : le fédéralisme canadien tel qu’il est ou l’indépendance. Pourquoi, dans ces circonstances, les souverainistes devraient-ils faire semblant ? La seule possibilité de changement en profondeur pour le Québec, c’est l’indépendance.
« Pour les souverainistes enfin, le seul fait que le Québec soit une nation appelle le pays par voie de conséquence, comme si c’était une vision rabougrie de son destin que de concevoir l’avenir en association avec d’autres nations. L’affirmation me semble pour le moins fragile, le concept d’État-nation semblant s’empoussiérer à l’heure, par exemple, où l’Europe se fédère. »
Ce qui est une vision rabougrie, mon cher Patrice, c’est d’accepter le statut de province du Canada. Tu parles de concevoir « l’avenir en association avec d’autres nations. » Est-ce à dire que tu conçois le Canada comme une association entre nations? Parce que si c’est le cas, il faudrait que tu m’expliques pourquoi le Canada n’est même pas capable de reconnaître le Québec comme « société distincte » dans sa Constitution. 
Tu écris que le concept d’État-nation semble s’empoussiérer, donnant l’exemple de l’Europe, un ensemble essentiellement constitué...d’États-nations ! Et d’ailleurs, à ce compte, il faudra un jour qu’on nous explique pourquoi la souveraineté du Canada serait si importante, pertinente et actuelle, alors que la souveraineté du Québec serait l'affaire d'un autre siècle. Si les pays souverains n'existent plus en 2015, il faudrait que quelqu'un nous prévienne...On a manqué un épisode de l'histoire du monde. 
Si tu écoutais le moindrement le discours souverainiste, tu réaliserais que pas un jour ne passe sans que l’un ou l’autre de ses porte-paroles affirment haut et fort que l’indépendance est synonyme d’ouverture sur le monde. Comme province, les relations du Québec avec les autres nations sont par définition limitées, pour ne pas dire « rabougries ».
Comme pays, le Québec pourra se déployer, multiplier et approfondir ses relations et ses associations avec toutes les nations de la planète, y compris avec la nation canadienne, d’ailleurs.
Quant à la modernisation du discours souverainiste, nous y travaillons sans cesse, crois-moi.
Ce serait intéressant que les fédéralistes en fassent autant, qu’ils nous expliquent en quoi, par exemple, ce serait avantageux pour le Québec de demeurer une province du Canada. Je comprends qu’il y a là un redoutable défi. Mais ce serait déjà mieux que de nous servir sans cesse les mêmes arguments poussiéreux qu’on entend depuis des décennies.