vendredi, mai 22, 2015

Pierre Karl dans la maison des fous

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Le Canadien étant éliminé, conseiller PKP est en train de devenir notre sport national


Gilles Proulx
PKP a gagné sa bataille pour la chefferie. Le voilà donc pris – le pauvre! – avec 70 000 petits chefs. Car le Parti québécois comporte autant de programmes que de membres.
Tout ce beau monde inonde PKP de précieux conseils! Même les ennemis jurés du Québec, ces fédéralistes qui veulent notre provincialisation/assimilation, y vont de leurs judicieuses recommandations à PKP.
Tu es vraiment choyé, Pierre Karl, d’avoir autant de conseillers! Plus que jamais, le Québec est un étrange asile peuplé d’experts en «va falloir».
La fin de semaine dernière, j’ai passé plusieurs heures à lire des articles, dansLe Journal et ailleurs, qui te donnaient des conseils ou qui parlaient des «défis» que tu devras relever.
J’allumais la radio: ça parlait de toi – encore pour te dire quoi faire. J’écoutais la conversation à la table d’à côté au restaurant: même chose!
Le Canadien étant éliminé, conseiller PKP est en train de devenir notre sport national.
Même les faux indépendantistes de Québec solidaire, issus de cette gauche toujours prête à tromper la souveraineté pour coucher avec le NPD, y vont de leurs conseils. (Heureusement que ces protofédéralistes disposent de leur propre parti; ces songe-creux débiliteraient le PQ s’ils en faisaient partie.)
Quant à Option nationale, ce sympathique petit club de convaincus, les rallier te rapporterait quoi? Cinquante membres?
Pas un messie
«Pierre Karl, va falloir faire ci ou ça. Ne fais pas ça. Va là. Par ici!»
On ne peut certainement pas reprocher aux Québécois de voir en toi un «messie». Ils n’attendent pas de toi la vérité. Ils ne pensent qu’à te dire quoi faire!
Pour ma part, je trouve que l’on te demande l’impossible. Je suis sceptique. Feras-tu mieux que René Lévesque ou Lucien Bouchard? J’ai des doutes...
Lévesque était rassurant et son rôle de journaliste pédagogue à la télévision en faisait un personnage familier. Bouchard était éloquent avec un brio digne de Papineau.
À ce chapitre, Pierre Karl, sauf mon respect pour toi, tu as encore des croûtes à manger!
Et le bloc de la population du Québec qui vote à 100 % contre la souveraineté est passé de 20 % à 30 %; ça fait un avantage de départ presque insurmontable pour le plus avachi des premiers ministres du Québec.
Les millions inutiles
Plusieurs journalistes ont eu le réflexe de parler des «douze épreuves» que tu devras accomplir. Comme si tu étais un Hercule ou un Asterix. Ce n’est pas une comparaison sans fondement...
Comme l’irréductible petit Gaulois, tu représentes un petit pays qui «résiste encore et toujours» (quoique de moins en moins) à l’envahisseur.
Et comme lui, contre la pire des épreuves qui t’attend, la potion magique (ou tes millions) ne te sera d’aucune
utilité...
Bienvenu dans la maison des fous, Pierre Karl!
Avec une jeunesse qui se moque de la Nation et une immigration farouchement «pro-unity», je ne pense pas que tu auras le choix.
L’indépendance n’étant pas une possibilité, le nationalisme économique à la François Legault, ai-je l’impression, sera le seul levier puissant dont tu disposeras pour lutter contre le Goliath «canadian».