dimanche, mai 17, 2015

Ces conservateurs qu’on aimait

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Christian Dufour
Avec un brin de nostalgie, j’ai récemment assisté à la réception offerte annuellement par la faculté de droit de l’Université Laval à ses diplômés de la région de Montréal, dont je suis.
Le prestige de cette institution tient entre autres au fait que trois premiers ministres ayant gouverné le Canada pendant presque 30 ans depuis les années 1950 y ont été formés: les libéraux Louis Saint-Laurent et Jean Chrétien, de même que le progressiste-conservateur – comme on disait avant la fusion avec le Reform Party – Brian Mulroney.
Mulroney le Québécois
Conférencier d’honneur à l’événement, M.Mulroney revenait des funérailles d’un autre conservateur comme on les aimait, ce sénateur Pierre-Claude Nolin qui réussissait presque à nous réconcilier avec la Chambre haute discréditée.
Ce qui est ressorti tout d’abord de la présentation de M.Mulroney, qui est en passant président du Conseil d’administration de Québecor, c’est à quel point il est resté Québécois. Un Québécois encore affecté par l’échec tragique de sa tentative de réconcilier sa province natale avec le Canada au début des années 1990 avec l’accord du lac Meech.

Brian Mulroney, un Québécois encore affecté par l’échec tragique de sa tentative de réconcilier sa province natale avec le Canada
Espérant qu’un autre réussisse là où il a échoué, l’ancien premier ministre a rappelé un art de la négociation qu’auraient avantage à assimiler ces leaders étudiants québécois devenus experts, eux, dans l’art de perdre, en voulant tout, tout de suite, sans considération pour le point de vue adverse.
M.Mulroney est revenu également sur l’accord de libre-échange avec les États-Unis, de même que sur l’aide décisive accor­dée au leader sud-africain Nelson Mandela, la personnalité qui l’a le plus impressionné avec le pape Jean-Paul II.
J’admire d’ordinaire peu les gens supposément importants, qui ont supposément réussi. Ils sont souvent surfaits, meilleurs vus de loin que de près, quand ils ne se révèlent pas bidons. Mais je ne cache pas mon admiration pour Brian Mulroney, un homme d’État qui, après son retrait de la politique, a fait l’objet d’une odieuse vendetta par l’administration Chrétien et les médias canadiens-anglais, dont plusieurs ne lui pardonnaient pas Meech.
Harper va-t-en-guerre
Pour ceux qui croient qu’aucun progrès n’est possible si on ne prend pas en compte l’enracinement des sociétés, la disparition apparente du vieux fond bleu modéré québécois et canadien constitue une tragédie, qui nous laisse à la merci des idéologues souvent hargneux de droite.
En écoutant un Mulroney qui fut en son temps une référence sur le plan mondial, il était difficile de ne pas penser à la politique internationale de Stephen Harper.
Ce dernier a tourné le dos à la tradition cana­dienne dans ce domaine depuis 1931. On mise sur de grandioses et contre-productives interventions militaires, alors que de fermes sanctions économiques sont plus efficaces, comme on le constate ces temps-ci en Iran avant de le voir éventuellement en Russie.
On est en train d’impliquer le Canada dans un bourbier ukrainien où il n’a que faire, pour des motifs idéologiques camouflant mal la cour des conservateurs aux Canadiens d’origine ukrainienne en cette année préélectorale. Sans oublier l’attitude mesquine – foncièrement non canadienne – du premier ministre à l’égard de cet enfant-soldat abusé qu’est Omar Khadr.
Mais je m’égare... Je voulais juste dire ma crainte que cette tradition progressiste-conservatrice canadienne, si honorable et si nécessaire, ne soit à jamais envolée.