lundi, avril 13, 2015

Le mouvement étudiant sur des sables mouvants

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Les regroupements d’associations étudiantes font face à un vent de désaffiliations

13 avril 2015 |Annabelle Caillou | Éducation
«Ça montre que ça bouge, que la base militante est vivante, qu’il y a du renouveau dans le mouvement étudiant», affirme la secrétaire aux communications par intérim de l’ASSE, Andréa Flores.
Photo: Annick MH
De Carufel
 Le Devoir
«Ça montre que ça bouge, que la base militante est vivante, qu’il y a du renouveau dans le mouvement étudiant», affirme la secrétaire aux communications par intérim de l’ASSE, Andréa Flores.
Alors que des associations universitaires étudiantes remettent en question leur affiliation à la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) ou à l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSE), cette dernière reste optimiste en ce qui a trait au climat qui règne au sein du mouvement étudiant.
 
Au début du mois, l’ensemble du comité exécutif de l’ASSE démissionnait en raison d’un désaccord avec ses membres sur la poursuite de la grève. L’association doit maintenant faire face à la volonté de désaffiliation de certaines associations. Parmi elles, l’association des étudiants du Collège François-Xavier-Garneau à Québec qui déposera mardi prochain, lors d’une assemblée générale spéciale, une motion demandant un vote de désaffiliation.
 
L’ASSE n’est pas la seule touchée. Le 28 mars dernier, la Fédération des associations étudiantes du campus de l’Université de Montréal (FAECUM), qui représente près de 40 000 étudiants, a décidé de se séparer de la FEUQ.
 
Selon la secrétaire aux communications par intérim de l’ASSE, Andra Florea, cela ne démontre en rien une crise au sein du mouvement étudiant. « Nous ne sommes pas en crise. Au contraire ! Ça montre que ça bouge, que la base militante est vivante, qu’il y a du renouveau dans le mouvement étudiant. Oui, il y a des questionnements, les associations veulent mieux choisir avec qui elles vont s’associer ou décider de rester indépendantes. »
 
La Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) estime ne pas connaître non plus de remise en question. « Ça va bien pour nous, deux nouvelles associations nous ont rejoints récemment », dit la vice-présidente de la fédération Émilie Joly.
 
Vendredi, un vote de grève au cégep du Vieux-Montréal a dû être annulé en raison d’un désaccord sur les procédures entre les étudiants pour la grève et ceux demandant un retour en classe.
 
Une « troisième voie » étudiante ?
 
Les deux grandes associations étudiantes de l’Université Laval envisagent depuis quelques semaines de créer une « troisième voie » qui s’ajouterait à celle de la FEUQ et de l’ASSE.
 
« Ça fait plusieurs années qu’on y réfléchit en fait », confie Thierry Bouchard-Vincent, vice-président à l’enseignement et à la recherche de la Confédération des associations d’étudiants de l’Université Laval (CADEUL). Il considère que, depuis la mort de la Table de concertation étudiante du Québec (TACEQ) en 2014, les discussions avec les autres associations étudiantes, dont la FAECUM et l’Association des étudiants de Laval inscrits aux études supérieures (AELIES), se sont accélérées. « On discute, on prend note des différentes opinions, on regarde ce qu’il se fait ailleurs dans les autres campus en matière de représentation étudiante pour proposer d’autres alternatives à la communauté étudiante »,précise-t-il.
 
D’après lui, les remises en question qui s’opèrent actuellement au sein du mouvement étudiant leur permettent de mieux comprendre ce qui pourrait être changé et ce que recherchent réellement les associations universitaires.

La Ligue des droits blâme l’UQAM
La coordonnatrice de la Ligue des droits et libertés a regardé d’un oeil inquiet ce qui s’est joué récemment à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Comme bien des observateurs extérieurs, Nicole Filion en est venue à la conclusion qu’« il y a eu une escalade des tensions » au sein de cette institution. Elle a notamment soutenu que cet accroissement des frictions est largement imputable à certains comportements adoptés par la direction de l’établissement qu’elle assimile à de la« répression ». Mme Filion a ainsi dénoncé sa volonté d’expulser des étudiants pour leur participation à des activités de perturbation ainsi que ses efforts fructueux pour obtenir une injonction. Selon elle, le ministre de l’Éducation, François Blais, a lui aussi jeté de l’huile sur le feu lorsqu’il a laissé entendre, en réaction au blocage de portes de l’UQAM, qu’il pourrait désormais être approprié d’adopter la méthode dure. Nicole Filion croit qu’« il faut reconnaître qu’il y a une entreprise concertée menée de la part de la classe politique et de la direction de l’Université du Québec à Montréal[…] pour casser l’action collective ».
La Presse canadienne