PUBLIÉ AUJOURD'HUI À 9 H 50 | Mis à jour à 13 h 59
Le chef du Parti québécois Jean-François Lisée juge que le premier ministre Philippe Couillard cache la vérité sur ses rapports avec l'ancien organisateur politique Marc-Yvan Côté, qui est accusé de fraude, d'abus de confiance et de corruption par l'UPAC.
« Si le premier ministre avait dit toute la vérité dès la première fois, on n’en serait pas là. On ne peut pas le croire, il n’a plus de crédibilité sur les questions éthiques », a déclaré le chef de l’opposition officielle en point de presse mercredi matin.
Le Journal de Montréal a révélé mercredi des courriels datant du mois d’avril 2012 qui montrent que Philippe Couillard était plus proche qu’il ne le disait de l’ex-organisateur politique Marc-Yvan Côté, banni à vie du Parti libéral du Canada en 2005 pour son implication dans le scandale des commandites.
Marc-Yvan Côté Photo : Radio-Canada
Dans les courriels échangés quelques mois avant de se lancer dans la course à la direction du Parti libéral du Québec, M. Couillard offre son soutien à M. Côté à la suite de la diffusion de reportages par l’émission Enquête à Radio-Canada. Il invite aussi M. Côté à venir se relaxer à sa résidence au Lac-Saint-Jean.
Marc-Yvan Côté, un ancien vice-président de la firme de génie-conseil Roche, est associé dans ces reportages à un système de dons politiques illégaux au provincial en échange de contrats.
Un message à caractère humain
À la période de questions à l’Assemblée nationale, Philippe Couillard a indiqué qu’il a tout simplement voulu envoyer un message à caractère humain.
J’ai tendu la main à quelqu’un qui, probablement, se sentait inquiet. Je pense que tout être humain qui se respecte aurait fait quelque chose du genre. Philippe Couillard, premier ministre du Québec
M. Couillard a confirmé qu’à la suite de ces messages, les deux hommes ne se sont pas vus.
« Il n’est pas venu me rencontrer. Ensuite, on s’est vus quand je lui ai demandé de ne pas se mêler de ma campagne à la direction et, je répète, il ne s’en est pas mêlé », a affirmé le premier ministre.
Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, en point de presse mercredi Photo : Radio-Canada
« Philippe Couillard a essayé de nous faire croire que la chose la plus importante pour lui, lorsqu’il est devenu candidat à la chefferie, c’était de bien indiquer qu’il ne devait y avoir aucun rapport entre lui et Marc-Yvan Côté. Il aurait été plus crédible en disant que, cinq mois avant, il l’avait invité à son chalet. On ne sait pas quel autre élément caché existe et qu’on va peut-être découvrir la semaine prochaine ou la suivante », a mentionné Jean-François Lisée.
« C'est un calculateur »
« Souvent, j’ai pensé que c’était peut-être son mauvais jugement. Mais là, ce n’est plus permis de penser que c’est un mauvais jugement. C’est un calculateur, Philippe Couillard », a lancé Amir Khadir, député de Québec solidaire.
De quoi le futur chef du Parti libéral pouvait-il bien avoir envie de "brainstormer" avec le déshonorant récidiviste Marc-Yvan Côté?
Le chef de la CAQ François Legault Photo : Radio-Canada
« Est-ce que le premier ministre peut au moins admettre qu’il a manqué de jugement? » a ajouté François Legault, le chef de la CAQ.
Marc-Yvan Côté a été arrêté par l’Unité permanente anticorruption (UPAC) le 17 mars 2016, en compagnie de l'ex-ministre libérale Nathalie Normandeau, de son chef de cabinet Bruno Lortie et de deux autres ex-dirigeants de Roche.
Il doit répondre à des accusations de complot, de corruption, de fraude et d'abus de confiance au terme d'une enquête sur l'octroi de financement politique en échange de contrats publics.
Devant la commission Charbonneau, Marc-Yvan Côté a reconnu avoir contribué à faire du financement sectoriel pour le Parti libéral du Québec, sous Jean Charest, dans l’Est du Québec, notamment de la sollicitation pour une importante activité annuelle de financement de Nathalie Normandeau, à la demande de Bruno Lortie.
Il a affirmé qu'il récoltait bon an mal an de 10 000 $ à 15 000 $ à cette occasion.
Un porte-parole de la société d’État, Patrice Lavoie, a refusé d’accorder une entrevue au Bureau d’enquête au sujet de M. Bibeau.
Dans une réponse écrite, M. Lavoie a toutefois indiqué que Loto-Québec n’était pas au courant que l’Unité permanente anticorruption (UPAC) avait porté une attention particulière envers M. Bibeau.
«En réponse à vos questions sur les allégations de filature policière et de tentative d’écoute électronique, nous vous confirmons que Loto-Québec n’est pas au fait de ces allégations», a-t-il dit hier.
«M. Bibeau n’est plus à l’emploi de Loto-Québec depuis la fin de son contrat en 2015, et les allégations le concernent personnellement.»
En quittant ses fonctions, M. Bibeau a empoché une prime de 118 000 $ prévue à son contrat.
Hier, notre Bureau d’enquête a révélé que l’UPAC s’était intéressée aux transactions bancaires de M. Bibeau, un ancien organisateur du Parti libéral du Québec (PLQ).
Deux de ses institutions financières ont notamment signalé des opérations douteuses reliées à des allégations formulées en 2012 par l’ex-entrepreneur en construction Lino Zambito.
M. Zambito a soutenu avoir remis une contribution politique illégale de 30 000 $ comptant à M. Bibeau dans son bureau de Loto-Québec, en 2009.
L’UPAC a pris M. Bibeau en filature en plus d’envisager l’installation de micros dans son bureau de Loto-Québec.
Alexandre Bibeau au PLQ
Dans les jours suivant les allégations de M. Zambito, en octobre 2012, le fils de Pierre Bibeau, Alexandre, avait renoncé à son poste au sein de l’organisation de la campagne à la direction du PLQ de Philippe Couillard.
Hier, un porte-parole du PLQ, Maxime Roy, a affirmé que M. Bibeau demeurerait dans ses fonctions d’organisateur du parti pour les régions de l’ouest, qu’il exerce depuis plus d’un an.
«Alexandre n'a absolument rien à se reprocher et aucun autre commentaire ne sera fait sur ce sujet», a-t-il dit dans une déclaration écrite.
M. Zambito avait notamment allégué qu’Alexandre Bibeau était intervenu en sa faveur dans un dossier après une demande de son père.
MARIO BERTRAND S’EXPLIQUE
Impliqué dans des transactions qui ont éveillé les soupçons des institutions bancaires de M. Bibeau, Mario Bertrand, ex-chef de cabinet du premier ministre Robert Bourassa, a nié, hier, avoir participé à des activités de financement politique illégal.
«On s’est appuyés et aidés à travers les petites et grandes difficultés de la vie, a-t-il écrit dans un courriel. Mais je n'ai jamais, ni de près ni de loin, directement ou indirectement, participé à du financement politique. C’est un amalgame faux et détestable.»
M. Bibeau a expliqué qu’un chèque de 135 000 $ déposé sur un de ses comptes, suivi d’un retrait comptant de 40 000 $, était un remboursement de dette de M. Bertrand, en 2011. Quelques semaines plus tard, il prêtait 175 000 $ à M. Bertrand.
«Les échanges financiers entre Bibeau et moi sont du domaine privé, mais je peux vous assurer qu'aucun échange n’a été fait comptant», a dit M. Bertrand.
L’Unité permanente anticorruption s’est aussi intéressée à des transactions impliquant l’ex-grand argentier du Parti libéral du Québec, Marc Bibeau, ses proches et ses entreprises dans le cadre de son enquête sur le financement politique illégal.
Notre Bureau d’enquête révélait hier que l’UPAC s’était penchée sur des transactions impliquant Pierre Bibeau, un ex-organisateur libéral influent. Cet ex-vice-président de Loto-Québec a même été pris en filature par les policiers.
C’est également à la demande de l’UPAC que le Centre d’analyse des opérations et déclarations financières du Canada (CANAFE) a épluché pour plus de 25 M$ en transactions de la famille Bibeau et de ses entreprises, de 2005 à 2013.
Sous le premier ministre Jean Charest, Marc Bibeau était considéré comme le grand argentier du Parti libéral du Québec, celui responsable de remplir les coffres du parti par le biais d’activités de financement qui font toujours l’objet d’enquêtes.
L’avocat de Marc Bibeau, Stéphane Eljarrat, assure que rien dans les informations du CANAFE ne permet de lier les entreprises de l’ex-grand argentier du PLQ à du blanchiment d’argent.
Transactions d’intérêt
Le CANAFE est un organisme fédéral chargé de recueillir les renseignements sur toutes les transactions financières pouvant être utiles à des enquêtes sur le recyclage des produits de la criminalité, notamment.
L’organisme fédéral a notamment identifié quatre «opérations importantes» en argent liquide.
Le document qu’a consulté notre Bureau d’enquête ne permet cependant pas de savoir exactement qui, parmi les membres de la famille Bibeau ou de leurs entreprises, a fait les quatre paiements en espèces ou qui en sont les bénéficiaires. Chacune de ces transactions totalisait plus de 10 000 $.
Contacté par notre Bureau d’enquête, un avocat de Marc Bibeau, Stéphane Eljarrat, dit ne pas pouvoir fournir de précisions sur ces paiements.
«Nos clients ne peuvent retracer avec certitude ces transactions alléguées et donc ne peuvent pas vous fournir plus de détails, écrit-il. Toutefois, il n’y a rien d’illégal dans le fait de déposer 10 000 $ dans une banque.»
Île Maurice
Le CANAFE a aussi relevé plusieurs paiements des entreprises des Bibeau à l’étranger, dont un paiement de Schokbéton Québec inc. à l’île Maurice, un paradis fiscal de plus en plus en vogue. Cette société appartient à une compagnie à numéro que dirige Marc Bibeau.
Son avocat n’a pas pu donner de détails sur ces transactions non plus. «Vu l’imprécision des montants et des dates, nos clients ne peuvent vous répondre avec précision, dit Stéphane Eljarrat. Par contre, il est clair que ces transactions alléguées n’ont rien à voir avec le blanchiment d’argent ou des investissements dans des paradis fiscaux.»
En conclusion de son courriel, il précise que «tout article laissant faussement croire ou sous-entendre (que les Bibeau auraient fait des transactions illégales) causerait à nos clients un préjudice irréparable dont vous et votre employeur seraient tenus responsables, le cas échéant».
L’information qu’a colligée le CANAFE provient de la Banque Royale, de la Banque de Montréal et de la Banque Laurentienne, dont les Bibeau et leurs entreprises sont clients.
Au Canada, les institutions financières doivent déclarer au CANAFE les paiements en liquide de 10 000 $ ou plus, ainsi que toute autre «opération douteuse».
- Hugo Joncas et Alexandre Robillard, Bureau d’enquête
PUBLIÉ AUJOURD'HUI À 12 H 07 | Mis à jour il y a 17 minutes
Certains candidats à l'élection partielle dans la circonscription montréalaise de Gouin. De gauche à droite : Alex Tyrrell (Parti vert du Québec), Vanessa Dion (Option nationale), Gabriel Nadeau-Dubois (Québec solidaire), Jonathan Marleau (Parti libéral du Québec) et Benjamin Bélair (Coalition avenir Québec). Photo : Radio-Canada/Courtoisie
Les bureaux de vote sont ouverts jusqu'à 20 h, dans la circonscription de Gouin, à Montréal, dans le cadre d'une élection complémentaire faisant suite au départ de Françoise David, qui la représentait depuis 2012.
Un peu plus de 7 % des électeurs ont voté par anticipation.
Mme David, cofondatrice du parti Québec solidaire, avait obtenu plus de 50 % des suffrages en 2014 et plus de 46 %, en 2012, dans ce qui était un bastion du Parti québécois depuis 1976.
Deux candidats ont dominé l’actualité de cette campagne dans Gouin :
Gabriel Nadeau-Dubois, Québec solidaire
Élu officiellement porte-parole de Québec solidaire, avec la députée de Sainte-Marie-Saint-Jacques, Manon Massé, le 21 mai dernier, Gabriel Nadeau-Dubois est connu du public depuis le printemps 2012. Il parlait alors au nom de la CLASSE, l’une des associations étudiantes qui s’opposaient à la hausse des droits de scolarité décrétée par le gouvernement libéral de l’époque.
La décision du PQ de ne pas présenter de candidat dans Gouin était vue comme une main tendue pour conclure une entente stratégique en vue des élections générales de l’an prochain. « Sur le terrain, on a beaucoup moins entendu parler de cette question-là que sur les réseaux sociaux, par exemple, où ça semblait être la nouvelle de la semaine », a analysé le candidat, lundi, alors qu'il venait de voter.
« Il faut se rappeler que les gens du quartier connaissent Québec solidaire, a-t-il ajouté. On a confiance, mais en même temps, on ne tient rien pour acquis. »
Président de l’aile jeunesse du PLQ jusqu’à l’annonce de sa candidature dans Gouin, Jonathan Marleau étudie à l’Université du Québec à Montréal. Né à Port-au-Prince, en Haïti, il a grandi dans la région de Chaudière-Appalaches.
Certains ont fait remarquer que les affiches électorales libérales dans Gouin mettaient plus l’accent sur M. Marleau lui-même que sur le logo ou les couleurs traditionnelles du parti.
Pas moins de 11 autres candidats sont en lice dans le cadre de cette élection complémentaire :
Benjamin Bélair, Coalition avenir Québec, professeur de philosophie au Collège Montmorency, à Laval, et membre du parti depuis sa création, en 2011;
Vanessa Dion, Option nationale, comédienne et étudiante en sciences politiques à l’UQAM;
Alex Tyrrell, chef du Parti vert du Québec, qui a été candidat dans d’autres circonscriptions dans le passé;
Alexandre Cormier-Denis, du Parti indépendantiste, fondateur de l’organisme Horizon Québec Actuel, qui ne cache pas ses affinités avec le Front national de Marine Le Pen, en France, et dont une affiche a suscité la controverse dans Gouin;
Nicole Goulet, du parti Citoyens au pouvoir du Québec, une formation ayant une certaine notoriété, surtout sur la Côte-Nord, en raison de la candidature annoncée du syndicaliste Bernard Gauthier, alias « Rambo », en vue des prochaines élections générales;
Jean-Patrick Berthiaume, du Bloc pot;
Louis Chandonnet, de l'Équipe autonomiste;
Samuel Fillion-Doiron, de l'Équipe Adrien Pouliot - Parti conservateur du Québec;
Michel Leclerc, du Parti libre;
François-Xavier Richard-Choquette, un indépendant;