lundi, août 22, 2016

Le Trump «nouveau»

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Publié le 22 août 2016 à 05h00 | Mis à jour à 05h00
La rencontre de Donald Trump avec un groupe... (PHOTO AFP)
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La rencontre de Donald Trump avec un groupe de leaders hispaniques marque un tournant dans sa campagne

RICHARD HÉTU
La Presse
(New York) Cette fois-ci, Donald Trump irait vraiment trop loin. Trop loin pour certains de ses partisans les plus endurcis, s'entend, ceux-là même qui trépignent d'enthousiasme en entendant ses propositions controversées pour combattre l'immigration illégale.
Que peut-il donc être en train de mijoter? Le candidat républicain à la présidence devrait fournir une réponse définitive à cette question jeudi, jour où il prononcera un discours important sur l'immigration au Colorado, un des États clés de l'élection présidentielle.
Entre-temps, il faut se demander si Trump ne s'apprête pas à abandonner une des idées maîtresses de sa campagne, à savoir l'expulsion des quelque 11 millions de clandestins présents aux États-Unis. S'il donnait suite à un tel renversement, ce serait la manifestation la plus spectaculaire de l'émergence d'un Trump «nouveau».
À en croire au moins deux médias américains - la chaîne de télévision Univision et le site BuzzFeed -, ce Trump nouveau s'est manifesté samedi soir lors d'une rencontre avec les membres d'un conseil consultatif hispanique tout neuf à la Trump Tower. Étaient également présents les deux nouveaux responsables de la campagne du magnat de l'immobilier, Steve Bannon et Kellyanne Conway, qui occupent respectivement les postes de PDG et de directrice.
Selon un témoin cité par Univision, Trump a dit regretter d'avoir traité les Mexicains qui entrent aux États-Unis illégalement de trafiquants de drogue, de criminels et de «violeurs». Jeudi dernier, il avait déjà pris tout le monde par surprise en exprimant des remords pour avoir offensé des gens avec ses paroles, sans toutefois préciser lesquelles.
Traiter le problème de façon «humaine»
Mais ce Trump nouveau serait allé plus loin samedi en évoquant son intention de traiter le problème des clandestins de façon «humaine».
«J'apprécie vraiment que Trump ait reconnu que les 11 millions de personnes vivant ici constituaient un gros problème et que leur expulsion n'était ni possible ni humaine», a confié à Univision Jacob Monty, un avocat du Texas spécialisé en immigration.
Tout comme BuzzFeed, Univision a conclu que Trump était disposé à «légaliser» le statut de certains clandestins, un des objectifs de la réforme de l'immigration adoptée par Barack Obama en 2014 et bloquée depuis par les tribunaux. Or, certains des supporteurs les plus enthousiastes du candidat républicain associent toute légalisation du statut des clandestins à une «amnistie» inacceptable.
Un porte-parole de la campagne de Trump a d'ailleurs réagi aux reportages de BuzzFeed et d'Univision en jurant que la position du candidat républicain en matière d'immigration demeurait inchangée.
«M. Trump n'a rien dit aujourd'hui qu'il n'a pas déjà dit à maintes reprises.» - Steven Cheung, porte-parole de la campagne de Donald Trump
N'empêche: la rencontre de Trump avec un groupe de leaders hispaniques marque un tournant dans sa campagne. Après avoir largement ignoré ou insulté les minorités ethniques, le candidat républicain se met désormais à les courtiser, ou du moins à donner l'impression de le faire.
Il s'est ainsi adressé à trois reprises la semaine dernière aux Afro-Américains, dont seulement 1 ou 2% sont prêts à voter pour lui, selon la plupart des sondages. Bizarrement, il a prononcé ses discours dans des villes très majoritairement blanches et devant des auditoires composés presque exclusivement de Blancs.
«Qu'avez-vous à perdre en essayant quelque chose de nouveau comme Trump?», a demandé le candidat républicain en parlant aux Noirs depuis une ville située en banlieue de Lansing, au Michigan. «Qu'avez-vous à perdre? Vous vivez dans la pauvreté, vos écoles ne sont pas bonnes, vous n'avez pas d'emplois, 58% de votre jeunesse est au chômage, qu'avez-vous à perdre?»
De toute évidence, le Trump nouveau n'est pas plus familier que l'ancien avec la réalité des Afro-Américains, qui ne vivent pas tous «dans la pauvreté» (c'est le cas pour 26% d'entre eux, contre 24% des Hispaniques). Et sa statistique d'un taux de chômage de 58% n'est valable que si l'on tient compte de tous les jeunes Afro-Américains, y compris ceux qui fréquentent encore l'école secondaire.
Un message aux Afro-Américains?
Mais la question est de savoir si Trump s'adressait vraiment aux Afro-Américains. Accusant un retard important sur Hillary Clinton dans la plupart des sondages, il cherchait peut-être à démontrer aux électeurs blancs modérés qu'il n'était pas ce candidat raciste ou intolérant que dénoncent ses critiques.
Sa nouvelle ouverture à l'égard des Hispaniques participe vraisemblablement du même calcul. C'est du moins ce que prétend l'équipe de Clinton, qui a déploré une «tentative cynique» de la part de Trump pour détourner l'attention de ses politiques dangereuses.
Le mot «cynisme» vient sans doute à l'esprit quand on pense que Trump vient d'embaucher Bannon comme chef de sa campagne. Bannon a dirigé ces dernières années un site d'information - Breitbart - qui carbure au nationalisme blanc et à tous ses dérivés nauséabonds.
«Nous avons pris le contrôle du Parti républicain», s'est d'ailleurs réjoui David Duke, ex-dirigeant du Ku Klux Klan, après la nomination de Bannon, laissant entendre qu'il ne croyait pas à l'émergence d'un Trump nouveau.