samedi, août 13, 2016

Le Canada doit-il craindre un président Trump?

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Publié le 13 août 2016 à 05h00 | Mis à jour à 07h05
Le candidat républicain à la présidence américaine, Donald... (PHoto Travis Dove, archives The New York Times)
PHOTO TRAVIS DOVE, ARCHIVES THE NEW YORK TIMES
Le candidat républicain à la présidence américaine, Donald Trump, dénonce l'Accord de libre-échange nord-américain et appuie le projet de l'oléoduc Keystone XL, deux enjeux qui touchent directement le Canada.

<p>Nicolas Bérubé</p>
Entre les controverses et sa chute dans les sondages, Donald Trump passe un été difficile. Mais c'est son nom qui se trouve sur les bulletins de vote. Or, les politiques qu'il propose à l'égard du Canada tranchent avec les positions républicaines traditionnelles et pourraient nuire à l'économie canadienne, disent des experts. Explications.
IMMIGRATION
Quand Donald Trump parle des frontières, c'est souvent pour dire qu'elles devraient être plus étanches. « C'est vrai pour la frontière avec le Mexique, mais c'est aussi vrai pour la frontière avec le Canada », explique Donald Abelson, professeur de science politique et directeur de l'Institut canado-américain à l'Université de Western Ontario. Quand Trump parle de ne pas laisser entrer les musulmans aux États-Unis, ce sont les traditions frontalières entre le Canada et les États-Unis qui seraient remises en question. « Franchement, c'est inquiétant pour le Canada, dit M. Abelson. Nous avons besoin de créer plus de liens avec les États-Unis, pas moins. »
ÉCONOMIE
Trump a souvent dit que l'Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA) était « un désastre » pour les États-Unis, qui se font « escroquer » par le Canada et le Mexique, selon lui. Frédérick Gagnon, titulaire de la Chaire Raoul-Dandurand, directeur de l'Observatoire sur les États-Unis et professeur au département de science politique de l'UQAM, remarque que Trump joue dans les platebandes des démocrates avec son discours très protectionniste. « Trump contredit également les positions de nombreux républicains : le long de la frontière canadienne, il y a beaucoup d'élus républicains qui sont favorables à l'ALÉNA, qui voient les avantages de cet accord », dit-il.
Trump s'oppose aussi au Partenariat transpacifique (PTP), l'entente conclue récemment par Barack Obama avec divers pays d'Asie donnant sur le Pacifique - à l'exception de la Chine. Le Canada a signé, mais pas ratifié, le traité. « Mme Clinton est contre le PTP, mais on verra ce qu'elle fait si elle devient présidente », dit M. Gagnon.
ENVIRONNEMENT
S'il était élu, Donald Trump encouragerait les énergies fossiles et mettrait fin à la lutte contre les changements climatiques. Rejeté par Obama, le projet de l'oléoduc Keystone XL, qui aurait transporté le pétrole de l'Alberta jusqu'aux villes portuaires du Texas, pourrait revoir le jour sous une présidence de Donald Trump. Ce dernier ne donne toutefois pas son appui inconditionnel au projet, note Frédérick Gagnon. « En campagne, Trump dit qu'il est d'accord, mais qu'il faut négocier un accord favorable aux États-Unis et que les Américains doivent toucher une partie des profits de la vente du pétrole canadien. Donc, avec Mme Clinton, c'est "non". Avec M. Trump, c'est "oui, mais...". »
DIPLOMATIE
Si Trump devait devenir président, c'est lui qui nommerait l'ambassadeur américain au Canada, un poste « crucial » pour les relations entre les deux pays, rappelle Christopher Sands, directeur du Centre d'études canadiennes de l'Université Johns Hopkins, à Baltimore « Je viens de relire le livre de Trump, The Art of the Deal, dans lequel il explique que c'est bien de commencer une négociation avec une affirmation outrancière. Ça déstabilise l'adversaire et ça permet d'arriver à une entente plus favorable. J'ai l'impression que c'est ce que Trump essaie de faire avec ses affirmations comme "construire un mur à la frontière et le faire payer par les Mexicains". Je pense qu'il essaierait de trouver un terrain d'entente plus rationnel avec ses partenaires comme le Canada et le Mexique. »
DÉFENSE
Le Canada est membre de l'OTAN, une organisation « chère et obsolète », selon Trump. Le milliardaire critique les pays qui ne contribuent pas assez, selon lui, au financement commun de l'OTAN et dit qu'ils ne devraient pas nécessairement être défendus s'ils étaient attaqués. « C'est un discours qui rompt avec tout ce qu'ont dit les présidents américains depuis le lendemain de la Seconde Guerre mondiale, explique Frédérick Gagnon. Il ne tient pas compte des bienfaits du multilatéralisme. On n'a jamais entendu une chose comme ça. Ça illustre à quel point Donald Trump ne maîtrise pas les enjeux internationaux sur le bout des doigts. »
EFFETS À LONG TERME ?
Si Trump devait perdre sa course à la Maison-Blanche, ses idées pourraient-elles lui survivre et façonner le Parti républicain de demain ? Donald Abelson en doute, remarquant que Donald Trump est vu comme « un candidat de l'extérieur » au sein d'un parti qui, jusqu'ici, hésite à se rallier à sa candidature. « Selon moi, le dommage est ailleurs. Le simple fait qu'une personne qui semble s'être donné pour mission d'insulter toutes les minorités, les gouvernements étrangers et même son propre président puisse devenir le candidat d'un parti majeur à la présidence des États-Unis est un bien triste témoignage de la façon dont les États-Unis, en tant que pays, ont évolué. »