samedi, avril 09, 2016

Les jours de Philippe Couillard sont-ils comptés ?

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Quand la base s’effrite, tout devient instable

Un gouvernement qui ne tient qu’à un fil


Tribune libre de Vigile
vendredi 8 avril

Le Parti libéral, au pouvoir depuis 2003, a cumulé au fil de sa gouvernance de multiples tumultes. Les dossiers « douteux » impliquant le gouvernement Charest ne sont pas une denrée rare. Pourtant, cette organisation a réussi à déloger le Parti québécois il y a deux ans.
Légitimité du gouvernement Couillard
En ressortant du placard poussiéreux l’épouvantail à moineaux habituel, les libéraux furent élus sur la base de la peur (référendum), de l’indifférence et de « l’écoeurantrite » aiguë des électeurs (ne vote pas).
Les opinions et les chiffres de 2014 le confirment :
Ce gouvernement ne fut élu que par 29,66% de l’électorat absolu (tous les électeurs inscrits), et que par 24% de l’électorat francophone. Donc, à peine 1 francophone sur 4 a voté pour le Parti libéral. Cela explique pourquoi plusieurs se sentent floués ou désavoués, et c’est légitime, car la grande majorité n’a pas voté pour ce parti.
Extrait de : Les aspects invisibles de la victoire du Parti libéral du Québec 
« N’avez-vous pas constaté que peu de gens ont voté pour le PLQ, dans votre entourage ? Ce n’est pas parce que les personnes que vous fréquentez vous mentent. En effet, quand on tient compte du taux de participation de 71,43%, l’appui relatif de 41,52% pour les libéraux se transforme en appui absolu de 29,66%.
Vous êtes francophone ? Il faut donc soustraire le vote anglophone et allophone, massivement acquis au PLQ. Mes calculs démontrent qu’environ 600,000 anglophones et allophones ont appuyé le parti de Philippe Couillard. Quand on soustrait ce chiffre au nombre total de voix obtenues par le PLQ, cela donne un peu plus de 1,15 million de votes francophones pour le PLQ. Rapporté au nombre d’électeurs francophones (environ 4,8 millions), cela signifie qu’à peine un électeur sur quatre (24%) de ce groupe linguistique a voté libéral.
C’est pour cela que vous rencontrez beaucoup plus souvent des personnes déprimées que satisfaites des résultats des élections. »
- Michel Roche, professeur en sciences politiques, UQAC [source de l’extrait]
Faire du neuf avec du vieux
Philippe Couillard se retrouve à la tête d’un gouvernement majoritaire, un gouvernement amoché par les scandales, et discrédité par la réputation douteuse de son ancien chef, Jean Charest. Pourtant, Couillard nomme à son Conseil des ministres plus ou moins 12 individus ayant joué sur la première ligne de puissance du gouvernement de Jean Charest. Un nouveau gouvernement, une nouvelle équipe, de nouveaux ministres, tout sonne faux. Du sang neuf, disait-il : 14 recrues, 12 vétérans.
En réalité, il y a peu de différences entre le gouvernement Charest et celui de Philippe Couillard, tant sur les nominations, sur les conseillers, que sur les buts ou la façon de faire : c’est du pareil au même. Certains voient un gouvernement encore pire que l’ancien avec ses fortes tendances conservatrices et sa gouvernance d’austérité.
Quand le Premier ministre vante son bilan des deux premières années au pouvoir, on se demande à quel point il prend le peuple pour des valises, car sur le terrain, tout ce que l’on entend et ce que l’on voit, c’est de l’amertume, de la déception et de la rage. L’austérité du gouvernement Couillard a fait beaucoup de ravage, l’appauvrissement des familles continue, et la dépossession collective, au profit du privé (des amis du régime) s’accroisse.
Les arrestations
Suite à la Commission Charbonneau, on s’attendait à des arrestations, à des accusations, et des condamnations… mais rien ne fut. Au contraire, on a eu l’impression, trop souvent, de regarder un show de télé bien rodé, où chaque acteur avait bien appris son rôle. Comme par hasard, les « gros bonnets » du parti, le chef,les bailleurs de fonds et les « tireux » de ficelles, ont été écarté ou à peine éclaboussé. On s’attendait par exemple à voir le grand argentier du PLQ : Marc Bibeau, Daniel Johnson ou Jean Charest à la barre, mais quand on bosse pour les Desmarais, tout nous est simplifié comme par enchantement
Faute d’arrêter les hauts dirigeants, et les vrais magouilleurs, on donne en pâture Nathalie Normandeau et Marc-Yvan Coté. Plusieurs spéculations ont circulé sur ces arrestations plus que tardives, et en fin de mandat de Robert Lafrenière, dirigeant de l’UPAC. Beaucoup ont vu ce geste comme celui de donner des miettes à un loup enragé, avant qu’il nous attaque. On sait que Normandeau, qui travaillait alors dans une station de radio de Québec, avait sévèrement critiqué en ondes le gouvernement de Philippe Couillard au sujet de son bilan économique. Devenait-elle gênante ? Quant à M.-Y. Coté, déjà banni à vie du Parti libéral du Canada suite à sa comparution en 2005 devant la commission Gomery qui enquêtait sur le scandale des commandites. Il a reconnu avoir reçu en 1997 des enveloppes contenant au total 120 000 $ en comptant, qu’il a remis aux candidats libéraux pour leurs dépenses électorales. Il avait aussi parlé de financement sectoriel à la commission Charbonneau. Coté, avançant en âge, et déjà brûlé en fédéral, avait-il fait son temps ?
Si l’on met dans l’équation de ces arrestations le fait que le mandat de Robert Lafrenière, dirigeant de l’UPAC, s’achevait sous peu, qu’il voulait absolument que son contrat soit renouvelé avec plus de pouvoirs, et sachant que l’opposition contestait sa nomination, il devient alors légitime de se questionner. Surtout quand on sait queLafrenière, ancien sous-ministre, près de l’’ex-ministre libéral de la Sécurité publique du Québec, Jacques Dupuis, est qualifié comme « l’homme des libéraux ». Rappelons-nous que lorsque le gouvernement Marois fut élu minoritaire en 2012,Mario Laprise fut nommé à la tête de la SQ en remplacement de l’ex-directeur Richard Duchesne, et à ce moment les enquêtes ont débloqué et visaient le PLQ au plus haut niveau : Marc Bibeau, Jean Charest, Robert Parent, et l’état-major de la SQ. Lors du retour au pouvoir des libéraux en 2014, Mario Laprise est « tassé », et le gouvernement Couillard nomme le choix le plus « safe » à la tête de la SQ : soit le même Prud’homme dénoncé pour ingérence politique en 2011… Ce dernier coupe des postes de haute direction, mixte des départements, et des budgets sont coupés, ce qui complique davantage le travail des policiers (Lafrenière était toujours à L’UPAC). [Pour plus de détails sur cette saga voir ici]
Que ces arrestations aient été orchestré ou non, des informations ont coulé, et d’autres sièges furent ébranlés. Tout ce qui est près de l’entourage de Marc-Yvan semble respirer le printemps… et un ami proche ce dernier, l’ami Sam, n’y échappe pas. Il semble clairement démontré que Coté se servait de l’influence de Sam Hamad (les amis Roche) – et que ce dernier collaborait - pour faire avancer ses dossiers de demandes de subventions (pour Premier Tech). Certains diront que c’était une pratique courante pour M.-Y. Coté et au Parti libéral, mais cette fois-ci, des échanges courriels semblent confirmer et démontrer clairement le tout. Une enquête du commissaire à l’éthique a été demandépour vérifier si Hamad pouvait agir ainsi pour son bon ami Coté. Du moins, les révélations publiques de ce modus operandi (l’opposition parle de trafic d’influence) ont ébranlé le ministre Hamad au point qu’il quitte l’Assemblée nationale, puis disparaisseen Floride. Ma grand-mère disait : « quand tu n’as rien à te reprocher, tu restes là, si tu crains quelque chose, tu te sauves ! ».
Hamad, qui est un vieux routier du Parti libéral, et fut un organisateur de la campagne à la chefferie de son chef, Philippe Couillard, croyait pouvoir agir à sa guise. Mais voilà que l’opinion publique devient défavorable aux tribulations du ministre, que certains de ses collègues se distancient de lui, et que même son chef, est de moins en moins d’accord avec ses décisions, et prend aussi ses distances. Finalement, Hamad revient au Québec, puis renonce à ses privilèges de ministre, abandonnant son salaire ministériel, sa limousine et son garde du corps. Il devientsimple député.
Les mensonges de Sam Hamad
Mais imaginez que Philippe Couillard n’est pas au bout de ses peines avec son ami Sam. On connaissait déjà les objectifs de financement de 100,000$ imposés aux ministres libéraux par le parti, mais voilà que coule un document du PLQ dont la journaliste Marie-Maude Denis de l’émission Enquête a obtenu copie, confirmant que quatre ministres et un député avaient un objectif de financement, non pas de 100 000$, mais plutôt de 150 000 $.
Jusque-là cela peut aller, mais Sam Hamad, lors d’une entrevue radiophonique avait confirmé à Paul Arcand qu’il n’avait jamais atteint le 100 000$ de financementdemandé par le parti… ‘Mais pourtant, un document officiel du Parti libéral confirme que Hamad a ramassé en 2009 un total de 171 000$ soit 156 000$ net.
Nous sommes devant un fait accompli, les ministres libéraux mentent. Où est l’intégrité que clame haut et fort Philippe Couillard quant à son gouvernement ? Un ministre qui fait apparence de trafic d’influence, qui est soumis à une enquête du commissaire à l’éthique, qui fuit en Floride avec son salaire de ministre, et qui ment en plus au public sur son financement… Comme a dit un certain député : « Sam Hamad doit nous dire avec quoi il se promenait dans sa valise en 2009, sinon il nous prend carrément pour des valises ! ». Le Premier ministre Couillard s’est empressé de dire que lui, en 2009, ne faisait plus partie du gouvernement Charest et qu’il n’était pas au courant de ces objectifs de financement… Un chausson aux pommes avec ça ! Pourtant Philippe Couillard était aussi soupçonné de conflit d’intérêts en 2009. Réalisez-vous, ce sont ces hommes qui nous gouvernent.
La déconfiture de Charest
Comme si ce n’était pas assez, on a tous vu ces derniers jours que l’université McGill a invité l’ex-Premier ministre Jean Charest à faire une allocution sur les moyens de rétablir la confiance du public à l’endroit des institutions publiques (vous avez bien lu). Plusieurs ont pensé au poisson d’avril : imaginons un Premier ministre s’être fait dire par son propre ministre de la justice que
«  Des années de favoritisme et de copinage ont fait du gouvernement Charest le gouvernement le plus corrompu de l’histoire récente du Québec  » - Marc Bellemarre, ex-ministre libéral [source]
Et que ce même Premier ministre, Jean Charest, soit invité pour faire un discours dans une université sur les moyens à prendre pour rétablir la confiance du public à l’endroit des institutions publiques… Je me suis étouffé avec ma tasse de café et je suis tombé en bas de ma chaise. Incroyable, existe-il deux planètes au Québec ? Vous comprendrez que Charest a été chassé de McGill, et avec raison [vidéo].
Mais, ce dernier ayant tout un culot, a quand profité de l’occasion pour tenter de noyer le poisson et défendre ses ex-ministres Normandeau et Hamad, disant avec un sourire aux journalistes qu’il réitérait sa confiance en eux… Ne pas oublier que l’ancienne vice-Première ministre Normandeau est accusée de complot, corruption, et fraude envers le gouvernement, et a été arrêtée par l’Unité permanente anticorruption (l’UPAC) le mois dernier. Charest a-t-il peur que Normandeau se mette à table ?
Dans une entrevue radiophonique, Me Marc Bellemare, ex-ministre libéral de la justice, a dit :
« J’espère de tout cœur qu’on puisse faire la lumière sur ce que savait M. Charest, parce qu’il était Premier ministre à l’époque, j’ai beaucoup de difficulté à penser que si Mme Normandeau a fait des choses, elle a donné des approbations, elle a donné des commandes et que M. Charest était complètement ignorant de ça » - Me Marc Bellemare sur les ondes de de FM93 [source]
McCarthy Tétrault serait-il impliqué dans le Panama Papers ?
Pour terminer avec Jean Charest, nous savons tous qu’il est associé au célèbre cabinet d’avocats McCarthy Tétrault. Ces derniers jours des informations ont sorti des fameux « Panama Papers », et le nom d’une prête-nom québécoise, Annette Laroche, a fait surface. Je cite l’article de TVA :
«  Une ex-employée de deux grands cabinets d’avocats de Montréal agit comme prête-nom pour plusieurs entreprises du Québec reliées au cabinet panaméen controversé Mossack Fonseca dans des paradis fiscaux.
« Vous comprenez que ce n’est pas mon rôle de divulguer des informations là-dessus. C’est pas à moi, c’est pas à moi de répondre à vos questions », nous a dit au téléphone la Québécoise Annette Laroche, excédée lorsque jointe à son domicile par notre Bureau d’enquête.
« Mon rôle est très limité dans ces entreprises-là », a-t-elle ajouté. Elle a reconnu être une simple « prête-nom » pour des proprios qui veulent rester cachés. 
Le nom d’Annette Laroche figure comme administratrice prête-nom dans pas moins de 158 entreprises incorporées au Québec, révèlent des documents obtenus par notre Bureau d’enquête
 .
 » [voir article complet]
Et pour qui a travaillé cette dame Laroche ? Vous avez deviné (mais il ne faut pas faire d’amalgame, ni de culpabilité par association), oui elle a travaillé pour le fameux cabinet associé de Jean Charest : McCarthy Tétrault. Il y a des gens qui doivent sentir la soupe chaude ces temps-ci.
Impossible de se dissocier de Jean Charest
Alors, vous comprendrez que notre PM Couillard veut à tout prix se dissocier de Jean Charest et de son gouvernementMais Philippe Couillard faisait partie de ce gouvernement, et il était un ministre important dans ce même gouvernement, tout comme 10 à 12 de ses ministres actuels. Couillard a sûrement connu le financement dicté par le parti. Plusieurs se demandent comment coûtait son ministère de la santé : 100 000$ ou 150 000$ ? EtCouillard a aussi connu les paradis fiscaux, on se rappelle tous de son petit placement de 600 000$ aux îles de Jersey. Imaginez, en Islande des milliers de personnes vont à la rue et force la démission de leur Premier ministre car il a placé de l’argent dans un paradis fiscal. Ici, au Québec, on nomme Premier ministre un homme qui a déposé des centaines de milliers de dollars dans un paradis fiscal, qui a travaillé et enseigné la neurochirurgie en Arabie saoudite et qui fut ministre d’un gouvernement le plus corrompu de l’histoire récente du Québec !
On fait quoi ?
Je crois qu’il est clair que ce gouvernement Couillard, construit sur une base déjà fissurée et qui s’effrite, un gouvernement élu par moins de 30% de l’électorat absolu, un gouvernement élu par moins d’un francophone sur quatre, un gouvernement qui cumule les scandales de corruption et collusion depuis 2003, un gouvernement austère, qui ampute nos services sociaux, qui détruit notre système d’éducation et de santé, un gouvernement qui laisse aller à l’étranger nos ressources et nos fleurons, un gouvernement qui crée un marasme économique, qui a pour but la dépossession ultime du Québec, eh bien, ce gouvernement ne tient qu’à un fil. Ce sera à nous tous de décider combien de temps Philippe Couillard pourra faire lefunambule
Bonne réflexion camarade.