lundi, avril 04, 2016

« Le secret est un droit humain sacré », plaide le cabinet au coeur des « Panama Papers »

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PUBLIÉ IL Y A 53 MINUTES | Mis à jour il y a 21 minutes
Un gardien de sécurité garde l'immeuble qui abrite les locaux de Mossack Fonseca, à Panama City.
Un gardien de sécurité garde l'immeuble qui abrite les locaux de Mossack Fonseca, à Panama City.
  
PHOTO : AP/ARNULFO FRANCO

« Nous croyons au secret », plaide un cofondateur de Mossack Fonseca, au cœur du scandale des « Panama Papers », qui révèle comment ce cabinet d'avocats a aidé les riches et puissants du monde à créer des sociétés-écrans dans les paradis fiscaux. Le Kremlin affirme pour sa part que toute l'affaire porte l'empreinte de la CIA.
RADIO-CANADA AVEC AGENCE FRANCE-PRESSE ET REUTERS
« Nous pensons qu'il y a une campagne internationale contre le droit au secret », s'est plaint Ramon Fonseca dans une entrevue accordée à Reuters.

Le secret est un droit humain sacré, mais il y a des gens qui ne le comprennent pas. Nous croyons au secret et continuerons à œuvrer pour qu'il soit protégé juridiquement.Ramon Fonseca
Selon M. Fonseca, la publication de données montrant que sa firme a créé plus de 214 000 sociétés dans 21 paradis fiscaux pour de prestigieux clients n'est rien d'autre qu'« un crime, un délit », voire « une attaque contre le Panama », le pays où s'est établie la firme, après avoir longtemps œuvré dans les îles Vierges britanniques.
« Plusieurs pays n'apprécient pas que nous soyons très compétitifs pour attirer les entreprises », plaide-t-il. « Il y a deux manières de voir le monde : la première est d'être compétitif et la seconde de créer des impôts. [...] Il y a une guerre entre les pays ouverts, comme le Panama, et les pays qui taxent de plus en plus leurs entreprises et leurs citoyens. »
M. Fonseca admet que son cabinet a été victime d'un piratage « limité » de ses bases de données. Il soutient cependant que « l'immense majorité » des sociétés que sa firme a créées sont utilisées « à des fins légitimes ».
« Nous nous consacrons à créer des structures juridiques que nous vendons à des intermédiaires tels que des banques, des avocats, des comptables et des trusts », a-t-il encore dit. « Ils ont leurs clients, que nous ne connaissons pas. »
Le Kremlin associe les journalistes à la CIA
Grâce au travail du Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ), dont fait partie Radio-Canada, une partie de ces prestigieux clients – dirigeants politiques, sportifs de haut niveau – est maintenant connue. Ceux qui ont réagi jusqu'ici tentent de discréditer l'enquête, ou se défendent d'avoir fait quoi que ce soit d'illégal.
À Moscou, le Kremlin a tenté de balayer du revers de la main les informations selon lesquelles un réseau de proches du président russe Vladimir Poutine, dont le violoncelliste Sergueï Roldouguine, a déplacé en secret plus de deux milliards de dollars entre des sociétés-écrans et des banques russes.

Nous connaissons bien cette soi-disant communauté journalistique. Il y en a de nombreux parmi eux dont le journalisme n'est pas l'activité principale. Beaucoup sont d'anciens employés du département d'État, de la CIA, d'autres services secrets.Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov
« Poutine, la Russie, notre pays, notre stabilité, les prochaines élections sont la cible principale. Il s'agit de déstabiliser » La Russie, a poursuivi M. Peskov. « Je sais qu'il y a d'autres noms [incriminés dans l'enquête], mais il est clair que la cible principale de ces attaques est notre pays et son président. »
Le président ukrainien Porochenko menacé d'être destitué
En Ukraine, le président Petro Porochenko, incriminé pour avoir créé une société dans les îles Vierges Britanniques au plus fort de la guerre avec les séparatistes prorusses, a affirmé lundi respecter la loi à la lettre.
« Je pense qu'il est possible que je sois le premier responsable officiel de très haut rang en Ukraine qui gère de manière très sérieuse la déclaration de ses actifs, le paiement de ses impôts et les problèmes de conflit d'intérêts, et ce dans le respect total du droit privé ukrainien et international », a-t-il affirmé sur sa page Facebook.
Des députés ukrainiens ont néanmoins annoncé leur volonté de lancer une procédure de destitution à son encontre.
D'après les « Panama Papers », une nouvelle entité offshore, Prime Asset Partners Limited, a été enregistrée aux îles Vierges britanniques le 21 août 2014 avec pour seul actionnaire mentionné le président Porochenko.
Ces révélations sont particulièrement embarrassantes puisque le président Porochenko, propriétaire du fabricant de chocolat Roshen, avait promis de vendre ses actifs lors de son élection en mai 2014 et de lutter contre la corruption. Il a depuis expliqué ne pas avoir pu s'en séparer en raison de la crise économique, qui n'était pas propice à une telle transaction.
Selon le journal français Le Monde, qui a travaillé sur l'enquête, le président a « fait répondre par l'un de ses conseils financiers que Prime Asset Partners Limited avait été créé dans le cadre de la restructuration du groupe Roshen comme préalable à sa mise en vente ».
Dans sa déclaration de revenus de 2014, M. Porochenko n'a cependant pas mentionné l'existence de cette société.
Appels à la démission du premier ministre islandais
En Islande, le premier ministre Sigmundur David Gunnlaugsson se trouve aussi dans la tourmente, lui qui a créé avec son épouse une société aux îles Vierges britanniques pour y cacher des millions de dollars. Élu en 2013 en promettant de rompre avec les pratiques qui ont entraîné l'île dans une succession de crises financières, M. Gunnlaugsson avait depuis proclamé sa foi dans la couronne islandaise.
Dans un message publié dimanche sur sa page Facebook, sa prédécesseure, l'ex-première ministre Johanna Sigurdadottir, l'a appelle à démissionner « immédiatement ». « Les gens ne doivent pas avoir un premier ministre dont ils ont honte [...]. Le premier ministre a fait preuve de sa méfiance envers la monnaie et l'économie islandaises en plaçant son argent dans un paradis fiscal. Le premier ministre ne semble pas comprendre ce que signifie la morale », a-t-elle dénoncé.
Plus de 16 000 Islandais ont signé une pétition demandant sa démission et l'opposition va demander un vote de défiance au Parlement qui devrait avoir lieu dans la semaine. La commission constitutionnelle du Parlement se réunira d'ailleurs lundi selon la radio-télévision publique locale.