samedi, mai 02, 2015

L’arme démocratique

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JOURNÉE MONDIALE DE LA LIBERTÉ DE LA PRESSE
La liberté de la presse se porte-t-elle bien ? Au moment de célébrer le 3 mai cette journée que l’UNESCO lui a consacrée, il vaut la peine de faire un arrêt sur image. Chaque année, des dizaines de journalistes sont tués. Il y en a eu 71 en 2014 et déjà 24 cette année. Des centaines sont emprisonnés et des milliers font l’objet d’agressions et de menaces.
 
L’information est une arme. En démocratie, elle est celle des citoyens. « Le journalisme de qualité permet de prendre des décisions éclairées quant au développement de la société. Il contribue également à dénoncer les injustices, la corruption et les abus de pouvoir », rappelle le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon. Cela est dans un monde idéal. Mais l’information est tout autant une arme de guerre aux mains de dirigeants de pays ou de groupes non étatiques, politiques ou criminels, qui l’utilisent pour assurer leur pouvoir.
 
Reporters sans frontières (RSF) observe dans son récent classement mondial de la liberté de la presse que, non, celle-ci ne se porte pas bien. Les deux tiers des 180 pays analysés ont enregistré des reculs auxquels ont contribué les conflits armés en Syrie, en Irak, en Libye, en Ukraine, au Soudan. Des conflits qui ne connaissent plus les frontières, comme l’attentat contre Charlie Hebdo nous l’a fait comprendre. Les médias deviennent des cibles stratégiques et les journalistes, les victimes expiatoires pour les valeurs démocratiques qu’ils incarnent aux yeux de groupes comme l’État islamique, qui a fait de l’assassinat un outil de propagande. Ailleurs, on mettra davantage de formes. On emprisonnera, comme en Russie. On punira par le fouet, comme en Arabie saoudite, ainsi que l’a appris Raïf Badawi, ce blogueur citoyen coupable de blasphème aux yeux d’un régime pour qui la liberté de parole est la pire des menaces.
 
Le Canada est un pays modèle. Au classement de RSF, il se classe au 8e rang grâce à une presse forte qui sait tenir à distance les pouvoirs politiques et économiques. Au Québec, le rôle que cette presse a joué pour dénoncer la corruption dans les administrations publiques, dont certaines étaient allées jusqu’à se lier avec le monde criminel, a montré que ce quatrième pouvoir est essentiel. Bien sûr, ici les gouvernements ne censurent pas, mais ils contrôlent l’information ; ils rendent inopérantes les lois d’accès à l’information. Il y a un combat à mener pour préserver les acquis. Un combat qui vaut pour notre société, mais aussi pour les autres. Car on n’est pas un modèle que pour soi. On l’est pour inspirer les autres, pour montrer que la libre circulation de l’information est source de progrès social et politique.