vendredi, juin 17, 2016

Philippe Couillard agressé à Montréal, un homme arrêté

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Publié le 16 juin 2016 à 20h24 | Mis à jour le 17 juin 2016 à 06h28
Le présumé agresseur, Esteban Torres, est un jeune militant... (PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE)
PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE
Le présumé agresseur, Esteban Torres, est un jeune militant trans qui avait pris la parole un peu plus tôt dans la soirée à la demande des organisateurs.

Ce qui devait être un hommage pacifique et rassembleur aux 49 victimes de la tuerie d'Orlando a tourné au vinaigre lorsque le premier ministre Philippe Couillard, présent à l'événement, a dû être évacué d'urgence après qu'un jeune militant trans ait tenté de l'agresser. Le suspect faisait partie des orateurs de la vigile. Il se trouvait sur la scène avec le premier ministre. L'incident soulève plusieurs questions quant à la sécurité du chef d'État.
Le jeune homme a été transporté à l'intérieur... (PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE) - image 1.0
Le jeune homme a été transporté à l'intérieur par deux policiers qui lui tenaient bras et jambes.
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«Viva la revolución», a hurlé Esteban Torres en lançant de toutes ses forces un objet non identifié au premier ministre du Québec.
Philippe Couillard l'a reçu en pleine poitrine.
Immédiatement, ses gardes du corps se sont rués vers lui et l'ont escorté vers un édifice situé quelques dizaines de mètres plus loin. D'autres politiciens, dont la ministre Christine St-Pierre, ont aussi été évacués à toute vitesse sous le regard ébahi de la foule rassemblée.
Esteban Torres, 20 ans, militant trans bien connu dans la communauté LGBT, a pour sa part été empoigné aux bras et aux jambes par deux agents du Service de police de Montréal et amené à l'écart, où il a été arrêté. «Solidarité», a crié en espagnol le jeune homme avant de disparaître dernière une porte.
La Sûreté du Québec, chargée de l'enquête puisque la victime est le premier ministre, a confirmé qu'un homme a «tenté de s'en prendre au premier ministre en lui lançant un objet». Philippe Couillard n'a pas été blessé. C'est le service des enquêtes sur les crimes majeurs qui tentera de faire la lumière sur cette affaire qui soulève autant de questions sur la sécurité du premier ministre que sur les réelles intentions du jeune agresseur.
«Il est encore trop tôt pour déterminer les motifs de l'agression ou «la nature des chefs d'accusation auxquels le suspect pourrait faire face», explique le porte-parole Claude Denis.
Côte à côte
Dans les minutes précédant l'agression, les deux hommes étaient pratiquement côte à côte. Le jeune militant avait pris la parole un peu plus tôt dans le cadre de la vigile, organisée en plein coeur du village gai à Montréal en mémoire des victimes de la tuerie d'Orlando, et pour laquelle s'étaient déplacés plusieurs centaines de personnes et de nombreux élus fédéraux, provinciaux et municipaux.
Il avait dénoncé avec beaucoup d'émotion l'islamophobie, le racisme, l'homophobie et la transphobie, prononçant plusieurs phrases en espagnol en l'honneur des nombreuses victimes d'origine latino-américaine à Orlando et s'arrêtant souvent parce qu'il avait la gorge nouée.
Quelques minutes plus tard, c'était au tour de Philippe Couillard de s'adresser à la foule. Il a été accueilli par de nombreuses huées lancées notamment par des membres du Pink Bloc, un groupe anticapitaliste, queer et féministe, dont fait partie Esteban Torres et qui avait été invité par les organisateurs par souci d'inclusion. Le même accueil a été réservé au maire Denis Coderre et à la ministre fédérale Mélanie Joly.
Esteban Torres, à droite, brandissant une chandelle aux... (PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE) - image 2.0
Esteban Torres, à droite, brandissant une chandelle aux côtés de Philippe Couillard et de Mélanie Joly. 
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Irrité, l'animateur de la soirée, le comédien Jasmin Roy, a rappelé la foule à l'ordre à plusieurs reprises. «On a des ministres et un premier ministre qui sont ici. Il y a quelques années, ça n'aurait pas été possible», a-t-il dit.
C'est peu après cette intervention, après un moment de silence tenu en mémoire des victimes du bar Pulse, que M. Torres s'en est pris à M Couillard, debout à quelques mètres à peine de lui sur la scène.
Vu la quantité de gens massés devant la tribune, la nature exacte des gestes posés par le militant n'est pas claire. Tout est allé très vite.
Selon des témoins qui se trouvaient tout près, il aurait lancé quelque chose sur M. Couillard ressemblant à une boule en faisant le geste de vouloir le frapper.
Le président de Fierté Montréal, Éric Pineault, a rapidement dénoncé le geste du jeune orateur, venu assombrir une soirée qui se voulait pacifique et rassembleuse.
«C'est un homme trans qui est très militant, a-t-il dit au sujet du jeune agresseur. Je condamne son geste. La violence n'est jamais la réponse. Ce n'est pas comme ça qu'on va faire avancer la société.»
M. Pineault avait du mal à comprendre les motifs qui ont poussé Esteban Torres à s'en prendre ainsi au politicien, venu appuyer la cause LGBT au Québec. «Il y a des personnes qui vivent des choses difficiles. Qui vivent beaucoup de discrimination», dit-il, qualifiant l'agression de «déplorable».
Les membres du Pink Bloc présents jeudi n'avaient pas plus d'explication. Sous le choc, ils ont dit souhaiter parler à Esteban avant de s'adresser aux médias.
Soirée de solidarité
La soirée avait pourtant bien commencé. Plusieurs centaines de personnes se sont massées sur la rue Sainte-Catherine, vers 19h. «Je trouve Montréal particulièrement lumineuse», a lancé d'entrée de jeu l'animateur, Jasmin Roy, en contemplant la foule.
Éric Pineault a ensuite invité les personnalités publiques encore dans le placard à «faire leurcoming out». «Soyons visibles. Soyons fiers de ce que nous sommes.»
La députée de Québec Solidaire Manon Massé a reçu une salve d'applaudissements après avoir déclaré au micro «Je suis lesbienne». «Honnêtement, je ne crois pas que je viens de vous annoncer quelque chose», a-t-elle ajouté en riant.
Le député libéral de l'Alberta Randy Boissonnault, premier député ouvertement homosexuel dans cette province - a témoigné en français de la solidarité de son gouvernement envers la communauté dont il fait partie.
«Avec le temps, en bâtissant des ponts avec toutes les communautés, l'amour vaincra.»
L'événement s'est terminé par la lecture à voix haute du nom de chacune des 49 victimes d'Orlando.