vendredi, juin 17, 2016

Agression contre Couillard: Esteban Torres, la «haine dans les poumons»

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Publié le 17 juin 2016 à 07h51 | Mis à jour à 07h52

Esteban Torres, le trans qui a agressé le premier ministre Couillard hier soir, est un jeune homme révolté, près de l'extrême gauche montréalaise, qui a récemment été au front des combats pour les droits de sa communauté.
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Publication datée du 31 mars
IMAGE TIRÉE DE FACEBOOK
Il a 20 ans. Il n'aurait pas de dossier criminel.
Sa présence en ligne révèle un militant impliqué qui fait des « luttes trans » sa « passion », mais aussi un individu perturbé, avec de la « haine dans [les] poumons ».
« Je suis un jeune trans parmi tant d'autres qui a fait une tentative de suicide dans le dernier mois », a-t-il expliqué sans ambages en avril 2015 aux députés de l'Assemblée nationale qui étudiaient la possibilité d'assouplir la procédure de changement de sexe à l'état civil.
« J'ai passé à l'acte parce que ma transition coûte de l'argent, parce que [je cours] beaucoup de risques de me faire traiter de fraudeur si je cherche un emploi à cause que je n'ai pas d'argent pour payer une demande de changement de mention de sexe. »
Esteban Torres témoignait alors au nom de la Coalition montréalaise des groupes jeunesse LGBT. Ce printemps, après l'adoption du projet de loi 35, il célébrait : « Ça fait deux ans que j'attends pour ce bout de papier ! J'ai dû lâcher mes études pour mettre mon énergie sur le projet de loi 35 », écrivait-il sur Facebook, avec une photo où il brandit un document officiel.
« Les luttes trans c'est ma passion », a-t-il écrit sur la même page.
MILIEUX MILITANTS
Mais en marge de ce débat devant les parlementaires, Esteban Torres fraie aussi avec des groupes beaucoup plus axés sur l'action directe.
Hier, il avait indiqué sur Facebook qu'il faisait partie du « Bloc antifasciste » lors de la veillée de solidarité, un rassemblement d'extrême gauche qui se donnait pour mission de tenir à distance des groupes d'extrême droite qui tenteraient de se « réapproprier » l'événement.
Dans une allocution prononcée avant qu'il passe à l'action, le jeune militant s'est revendiqué du Pink Bloc, l'homologue LGBT du Black Bloc. Cette tactique « cherche à dépasser les fausses limites entre violence et non-violence », assure le groupe militant Panthères Roses sur son site internet. Elle vise « à neutraliser les forces policières par des stratégies d'évitement et de mouvements constants ».
Le jeune trans a aussi indiqué son attachement au Street Trans Activist Revolutionaries, groupe anarchiste LGBT américain.
« UN ENFANT SOLDAT »
Sur sa page Facebook, Esteban Torres a publié plusieurs vidéos dans lesquelles il exprime sa colère dans des raps enflammés. Ceux-ci sont presque toujours enregistrés devant un grand drapeau arc-en-ciel de la communauté LGBT.
« Je te montre la haine que je subis à chaque moment. J'ai été barouetté d'un bord à l'autre derrière des barreaux, des barbelés. Ce n'est pas ma faute », déclamait-il en 2014. « J'ai grillé autant d'agents, autant de dope. J'ai gelé ma haine avec du pot parce que je n'avais plus rien à perdre, mon pote. Solitaire dans l'âme, militant aussi. »
Dans un autre enregistrement de la même époque, il se dit « fier de faire chier le ministère et le patriarcat ». « Bienvenue dans mon combat, je suis un enfant soldat », ajoute-t-il.
- Avec Gabrielle Duchaine, La Presse