jeudi, mai 05, 2016

«Bye-bye» Uber, lance Coderre

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Publié le 05 mai 2016 à 00h00 | Mis à jour à 06h15
Le directeur général d'Uber au Québec, Jean-Nicolas Guillemette,... (PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE)
PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE
Le directeur général d'Uber au Québec, Jean-Nicolas Guillemette, a critiqué mercredi le ministre des Transports Jacques Daoust, qu'il accuse de vouloir faire fermer Uber «depuis le début».

Denis Lessard
DENIS LESSARD
La Presse
(Québec) Rien ne va plus pour Uber, qui s'apprête à fermer ses portes au Québec. Mais le maire de Montréal Denis Coderre ne versera pas de larmes: «Bye-bye! Salut! Ça me fait pas de peine du tout», a-t-il lancé.
«Uber, ce qu'ils nous disent, c'est que, pour rester, il faut que ça soit le "free-for-all". Ils nous disent: "C'est nous autres qui décidons." Pendant ce temps-là, ils ne paient pas de taxes ni d'impôts», a ajouté M. Coderre.
«Pour moi, les gens qui veulent travailler pour s'assurer qu'on puisse grandir et s'épanouir seront toujours les bienvenus, mais ceux qui vont arriver Gros-Jean comme devant, qui disent: "Me voilà, vous faites comme je veux", ça ne fonctionne pas», a conclu le maire.
Du côté d'Uber, c'était la consternation. «Depuis le début, le ministre [Jacques] Daoust voulait faire fermer Uber», a soutenu Jean-Nicolas Guillemette, directeur général de la firme au Québec. «M. Daoust a son idée faite depuis plusieurs semaines, il a choisi des choses avec lesquelles on ne pouvait plus opérer», à savoir un coût d'entrée important pour les chauffeurs et le contingentement des véhicules.
Québec exigera que les chauffeurs détiennent un permis de conduire de classe taxi, ce qui suppose un examen médical, un rendez-vous avec un médecin, «et on sait que c'est facile à Montréal», a ironisé M. Guillemette. On n'exigera pas un tel permis pour les bénévoles de l'Opération Nez rouge.
Pour Jean-Nicolas Guillemette, «le Québec s'isole», envoie un message ambigu aux entreprises de l'avenir. Uber a eu plus d'un demi-million de clients, pouvait compter sur 8000 chauffeurs, a-t-il souligné.
Autre obstacle, le projet de loi fixe un nombre maximal de véhicules, alors que le modèle d'Uber ne fonctionne que si la quantité d'autos fluctue selon la demande.
Le 3 février, le ministre des Transports avait pourtant dit qu'Uber «est là pour rester» comme phénomène social. Par la suite, il a été ouvert au lobby du taxi. «Ce n'est pas une surprise qu'aucun groupe de consommateurs n'ait été invité en commission parlementaire», a poursuivi M. Guillemette.
Entente
À la sortie du Conseil des ministres en matinée, le ministre Daoust avait confirmé qu'il avait fait approuver son projet de loi qui sera déposé à l'Assemblée nationale la semaine prochaine, juste à temps pour être adopté avant l'été.
«Il y a une entente complète au Conseil des ministres», a-t-il soutenu, bien qu'en coulisse on confie qu'il y a eu une longue partie de bras de fer entre M. Daoust et le titulaire des Finances, Carlos Leitao.
Le projet de loi a franchi hier matin le comité du développement économique et le comité ministériel de la législation. Demain, les députés libéraux de Montréal, où se trouve l'essentiel des appuis à Uber, seront réunis en caucus, pour qu'on leur explique la décision du gouvernement.
Plusieurs sources indiquent que le ministre Daoust avait, il y a deux semaines, menacé de claquer la porte si son projet de loi n'était pas adopté.
À l'époque, un comité interministériel avait accouché d'un plan d'action fort différent qui faisait une place à Uber.
Relancé par La Presse, M. Daoust a nié catégoriquement avoir menacé de démissionner. «J'ai l'appui du premier ministre depuis le début», a-t-il dit.
Au gouvernement, une source affirme le contraire. «Il a dit ça, mais personne ne l'a cru. C'était du positionnement. Son projet de loi est le fruit d'une négociation», résume-t-on. C'est la fermeture d'Uber aux compromis qui a forcé la main de Québec, explique-t-on. La multinationale ne fonctionne pas davantage à Vancouver, à Calgary et à Houston, rappelle-t-on.