lundi, avril 11, 2016

Les Panama Papers en cinq citations

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Pôvres, pôvres riches. Les Panama Papers leur font la vie dure. Voici ce que certains d’entre eux ont eu à dire pour leur défense.

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Illustration: Pixabay
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Pas facile d’être riche, ces jours-ci. Non seulement c’est de plus en plus difficile de trouver du bon caviar, mais en plus on doit vivre dans la peur d’être accusé de tromper l’impôt. Tout ça juste parce que notre nom se retrouve dans la liste des clients d’une firme qui se spécialise dans les stratagèmes permettant de tromper l’impôt.
Pôvres, pôvres riches. Les Panama Papers leur font la vie dure.
Voici ce que certains d’entre eux ont eu à dire pour leur défense.
***

«…»
L’ancien premier ministre de l’Islande

Sigmundur Davíð Gunnlaugsson (que nous appellerons SDG pour éviter que je ne brise mon clavier à essayer de faire un accent grave sur un d) n’est plus premier ministre de l’Islande. Il a dû céder sa place après qu’environ 10 000 Islandais en colère soient sortis dans les rues.
10 000, ça peut paraître peu. Le genre de foule qu’on croise au Marché Jean-Talon un samedi ensoleillé. Mais quand on sait que l’île compte à peine 329 000 habitants, on comprend l’ampleur de la grogne.
Monsieur SDG est accusé d’avoir détenu une société basée aux îles Vierges britanniques sans l’avoir jamais déclaré publiquement. Questionné à ce sujet par la télé suédoise, SDG a eu la meilleure des pires réactions: se fâcher, se lever, partir.
Pas suspect pour deux sous.
Le président SDG aurait mieux fait d’y aller d’un classique:

«Je n’ai rien à me reprocher.»
– Tous ceux dont le nom se retrouve dans les Panama Papers

Bien sûr. Moi aussi, quand je n’ai rien à me reprocher ou à cacher, j’utilise une série de sociétés-écran et de prête-noms pour cacher mon identité et mes possessions dans divers pays reconnus pour leurs pratiques fiscales douteuses et leur secret bancaire.
«Je n’ai rien à me reprocher» est généralement suivit par un «Tout ça est parfaitement légal», sensé clore la discussion à tout jamais. Oh, c’est légal? Alors on oublie tout. Moi, le sot, j’allais croire que ce n’était peut-être pas moral ou éthique. Mais si c’est légal…

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Sachez que si je vous croise dans la rue et que je vous fais un doigt d’honneur en vous appelant «Espèce decheap!», ça aussi, c’est parfaitement légal.
Remarquez, je ne doute pas une seconde que ce soit légal. Après tout, c’est facile d’avoir la loi de son bord quand ce sont nos amis qui écrivent les lois.
Parlez-en à David Cameron, qui n’a tellement «honnêtement, rien à cacher» qu’il a pris une semaine avant d’avouer qu’il a déjà eu des parts dans une société offshore.
Ou à Vladimir Poutine, qui voit clair dans ce qui est en train de se passer…

«Il est clair que la cible principale de ces attaques est notre pays et son président.»
– Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov

Au Kremlin, on ne se prend pas pour des 7up. La plus grosse fuite de documents de l’histoire du journalisme? C’était juste pour gêner Vladimir Poutine.
Dans une opération digne d’un scénario de House of Cards, c’est le président américain qui, entre deux poussées de journalistes devant le métro, aurait monté cette opération de toutes pièces. Comment a-t-il fait pour tromper les médias? Facile, explique le porte-parole du Kremlin, un homme qui porte un petit chapeau en aluminium pour se protéger des ondes:
«Nous connaissons bien cette soi-disant communauté journalistique. Il y en a de nombreux parmi eux dont le journalisme n’est pas l’activité principale. Beaucoup sont d’anciens employés du département d’État, de la CIA, d’autres services secrets.»
À tout le moins, cette histoire de violoncelliste qui aurait des milliards de dollars à son nom dans diverses sociétés vient briser le mythe du musicien pauvre et sans le sou.
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«Nous croyons au secret.»
– Un cofondateur de Mossack Fonseca

La firme au cœur du scandale des Panama Papers croit que le secret est un «droit humain sacré» et qu’elle est victime d’une «campagne internationale contre le droit au secret».
Ainsi, c’est Mossack Fonseca qui sont les vrais victimes dans tout ça. La fuite n’est rien d’autre qu’«un crime, un délit», voire «une attaque contre le Panama».
Versons une larme.
Savez-vous qui aime bien le secret, aussi? La Corée du Nord, qui a pu financer son programme nucléaire par le biais d’une société fondée par Mossack Fonseca.
Les nazis aussi adoraient le secret bancaire qui leur a permis de voler aux juifs des biens précieux et des œuvres d’art. Et puis, ha ben gadon, les Panama Papers pourraient permettre de résoudre le mystère entourant une œuvre d’art au cœur d’un litige remontant à l’occupation de Paris par les nazis. Quel adon!
Si vos fréquentations ressemblent à ça, je vous comprends de vouloir les garder secrètes.
***

«S’il y a des paradis fiscaux, c’est qu’il existe aussi des enfers fiscaux.»
– Dicton populaire

Adrien Pouliot, chef du Parti conservateur du Québec, aimerait bien faire croire que cette formule-choc est de lui. Ce n’est pas le cas.
Tout comme ceux qui blâment les filles en jupes courtes pour les viols dont elles sont victimes, les conservateurs préfèrent blâment les fraudés plutôt que les fraudeurs. Pour des gens qui aiment autant la loi et l’ordre, c’est ironique.
Tant qu’à ça, s’il y a des gens qui roulent en fou dans nos rues, c’est parce que le Code de la route est trop sévère. Éliminez les feux rouges et vous éliminez les contraventions pour ceux qui brûlent les feux rouges!
La solution serait donc de laisser les riches prendre en otage les États. (Plus que maintenant, je veux dire.) Il faudrait appeler les milliardaires et leur demander quel taux d’imposition ferait leur affaire. Parions que «je ne te donne pas une maususse de cenne» risque d’être la réponse. Après tout, c’est souvent ce qu’ils arrivent à obtenir en promenant leur argent d’une plage de la Barbade jusqu’au sommet des Alpes suisses.
La vérité, c’est que s’il y a des paradis fiscaux, c’est parce qu’il y a des riches gratteux qui n’aiment pas vivre en société et que des banquiers, des fiscalistes et des larbins sont prêts à les aider à ne pas payer pour les hôpitaux, les routes et les écoles des pauvres. Mais, c’est sûr, ça fait une phrase moins punchée.