lundi, mars 21, 2016

«N'en déplaise à monsieur Péladeau» - Marine Le Pen

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Publié par 98,5 fm pour 98,5 fm le lundi 21 mars 2016 à 10h21. Modifié à 11h07.
«N'en déplaise à monsieur Péladeau» - Marine Le Pen
La présidente du Front national (en France), Marine Le Pen, est en visite au Québec./Photo: PC, Jacques Boissinot
(98,5 FM) - «C'est à peu près le parti [Parti québécois] avec lequel nous pourrions avoir des points de similitude, a affirmé la présidente du Front national, Marine Le Pen, lors d'une entrevue avec Paul Arcand, lundi. N'en déplaise à monsieur Péladeau, qui a l'air terrorisé lorsqu'on évoque cela. À partir du moment où je suis confrontée à un parti qui défend la souverainement et la francophonie, permettez-moi de vous dire que ce sont deux points communs qui sont extrêmement importants.»
On en parle en ondes :
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Mis en ligne le lundi 21 mars 2016 dans Puisqu'il faut se lever avec Mario Dumont, Commission Curzi-Dumont et Pierre Curzi
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Mis en ligne le lundi 21 mars 2016 dans Puisqu'il faut se lever avec Paul Arcand
Après avoir été chahutée dimanche à Québec, Marine Le Pen est de passage à Montréal pour quelques jours. Aux dires de la controversée politicienne française - qui a le vent dans les voiles en France, cela dit -, elle n’est pas venue au Québec pour discuter avec la classe politique, qu’elle juge frileuse et insouciante.
«Je ne vous cache pas que la grande majorité de la classe politique québécoise ressemble curieusement à celle en France. Je ne vois pas l’intérêt de venir ici pour parler aux mêmes. Je suis plutôt venue parler aux Québécois. J’ai du mal à trouver des politiciens assez courageux pour aborder des préoccupations que je porte au niveau mondial : le problème de la mondialisation sauvage, l’économie de libre-échange échevelée, l’immigration de masse ou encore la submersion migratoire qui est à l’œuvre non seulement dans l’Union européenne, mais ici aussi».
«Je pense [par ailleurs] aux problèmes des choix quant aux modèles de société comme le communautarisme et la laïcité, entre guillemets, à la française, a renchéri celle qui est également députée au Parlement européen. Ce sont des sujets qui ont l’air de faire peur à la classe politique québécoise. Tant pis.»
Des similitudes avec le PQ
Certes, Marine Le Pen a rencontré à Québec des jeunes qui se décrivent comme des militants du Parti québécois (PQ). Or, la grande majorité des politiciens ont boudé la politicienne, dont le chef Pierre Karl Péladeau, qui s’est dit choqué que sa formation politique soit d’une manière ou d’une autre associée au Front national, dont «l'histoire, la doctrine et les propositions sont aux antipodes des valeurs du Parti québécois». Pourtant, Marine Le Pen a soutenu qu’il y avait des similitudes entre les deux partis politiques.
«N’en déplaise à monsieur Péladeau, qui a l’air terrorisé lorsqu’on évoque cela. À partir du moment où je suis confrontée à un parti qui défend la souverainement et la francophonie, permettez-moi de vous dire que ce sont deux points communs qui sont extrêmement importants.»
Questionné quant au débat de la charte des valeurs québécoises qui a particulièrement enflammé le Québec, Marien Le Pen s’est dit tout à fait en accord avec le projet mis de l’avant par le gouvernement péquiste de Pauline Marois.
«J’étais d’accord et j’ai été frappée par la campagne d’hystérie qui a accompagné cette proposition, qui paraît être une proposition sage. Je pense qu’il y a deux modèles qui s’affrontent : celui du communautarisme anglo-saxon qui a lourdement échoué partout et il y a le modèle français de laïcité, qui consiste à dire que la religion ne définit pas un individu et qu’elle doit rester dans la sphère privée [...]»
Jean-Marie Le Pen
Un peu plus loin lors de l’entretien, la politicienne a tenu à se dissocier des idées de son père, souvent jugées extrêmes.
«Il était tombé dans une spirale de provocation systématique qui nuisait incontestablement au message que le Front national veut faire passer. Nous ne sommes pas racistes, nous ne sommes pas fascistes. Nous ne sommes pas xénophobes. Nous ne sommes pas repliés sur nous-mêmes […]»
Nous sommes des défenseurs de la souveraineté. Nous pensons que les peuples ont le droit d’être libres; de décider pour eux-mêmes; de ne pas être soumis à une sorte de puissance supérieure qui viendrait lui imposer des règles du jeu comme nous le vivons avec l’Union européenne en France et comme certains Québécois ont le sentiment de le vivre avec les pressions d’Ottawa. Mais nous sommes pour la coopération entre les nations.»
«Le français recule au Québec»
La francophie serait d'ailleurs pour Marien Le Pen un thème crucial de coopération entre le Québec et la France. Ce serait même l’une des raisons qui motive sa visite chez nous.
« Je suis venue parler de la francophonie. Je suis venue dire, à mon grand désespoir, que le français recule au Québec. Et je trouve que c’est une grave perte. La langue ce n’est pas seulement un moyen de communication. C’est aussi une culture et des valeurs communes.
Je crois que la francophonie doit s’organiser. Aujourd’hui rien n’est fait pour cela. Le Québec est un symbole de la francophonie. Mais, je crois que beaucoup de dirigeants politiques québécois sont en train de rendre les armes et c’est inquiétant regrettable.»
«Gouverner, c’est prévoir»
D'autre part, le thème de l’immigration a été au centre des discussions abordées par Marine Le Pen depuis son arrivée en sol québécois. Selon elle, le Canada ne voit pas les conséquences de sa généreuse politique d'immigration, qui peuvent notamment provoquer l'«accélération» des demandes des minorités religieuses, comme l'octroi de locaux pour la prière dans les entreprises et les écoles ou l'instauration de tribunaux religieux pour régler les questions familiales. Le choix fait par Ottawa d'accueillir des réfugiés syriens serait donc une erreur.
À cet égard, M. Arcand a insisté sur les grandes différences sociopolitiques, voire géographiques, que vivent les Canadiens et les Européens face aux flux migratoires. L’accueil des réfugiés syriens, dans l’ensemble, s’est bien déroulé jusqu’à présent au Canada tout comme au Québec. Questionnée justement sur le choix du gouvernement québécois d'accueillir 50 000 immigrants en 2016, Mme Le Pen a réaffirmé sa position.
«Gouverner, c’est prévoir. Le responsable politique est celui qui se projette dans l’avenir et qui voit les difficultés qui peuvent arriver. Je suis désolée de dire que ce discours a été aussi tenu en France dans les années 1980. Le problème c’est que l’immigration engendre l’immigration.»
«Dans le cas d’une crise mondiale, comme nous vivons aujourd’hui, les flux migratoires s’accélèrent, a-t-elle ajouté. Accueillir 500 migrants ne pose pas de problème. En accueillir 500 000, évidemment, en pose de lourds [problèmes]. D’autant plus que c’est une immigration particulière puisque l’État islamique infiltre au travers des flux de migrants des terroristes. Trois des terroristes du Bataclan [attentats de Paris] avaient fait la route des migrants.»
Marine Le Pen est une avocate de profession. Elle est âgée de 47 ans. Fille de Jean-Marie Le Pen, elle est très populaire en France. Selon ce qu’affirme Le Devoir, les sondages d’intentions de vote au premier tour de la prochaine présidentielle la donnent en avance - avec environ 25 % des voix -, sur Nicolas Sarkozy, chef des Républicains, et sur le président socialiste, François Hollande. Le Front national a plus que doublé ses voix (à 28 %) aux élections régionales de décembre dernier par rapport aux élections précédentes de 2010.