vendredi, mars 18, 2016

Budget Leitao : les syndicats déçus, le patronat satisfait

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PUBLIÉ LE JEUDI 17 MARS 2016 À 17 H 35
Bac obligatoire pour les infirmières : la FIQ est inquiète

Les syndicats sont déçus du budget Leitao, estimant que les réinvestissements promis dans les services publics sont trop timides et que même le coup de fouet requis à l'économie n'est pas au rendez-vous.
LA PRESSE CANADIENNE
À leur avis, les réinvestissements en éducation sont trop faibles, puisque la hausse de 3 % du financement n'égale à peu près que l'augmentation normale des coûts du système.
Et dans la santé, il faudra même s'attendre à d'autres compressions, selon les dirigeants syndicaux interviewés, parce que l'augmentation prévue du budget de 2,4 % équivaut à environ la moitié de la hausse normale des dépenses de programmes.
« 2,4 %, ce n'est pas un investissement dans la santé. Ces dernières années, ce sont des coupures qu'il y a eu dans le réseau de la santé », s'est exclamée Régine Laurent, présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ).


Le réseau public de santé est sous le respirateur. Il nous reste une inconnue : c'est quelle année que le gouvernement va débrancher le respirateur? Régine Laurent, présidente de la FIQ
Désillusion
Jacques Létourneau, président de la CSN
Jacques Létourneau, président de la CSN (archives)
À la CSN aussi, c'est la désillusion. « On a derrière nous des compressions budgétaires importantes qui se font encore sentir. Est-ce qu'on va remettre à flot le niveau de services? Je ne le crois pas », a conclu le président, Jacques Létourneau.
Il se dit d'autant plus déçu que, selon lui, le gouvernement disposait d'une certaine marge de manoeuvre.


C'est un gouvernement qui avait les moyens de donner un électrochoc à l'activité économique et qui ne l'a pas suffisamment fait.Jacques Létourneau, président de la CSN

Le président de la FTQ, Daniel Boyer, trouve aussi ce budget trop timoré sur le plan de la relance économique.
« On le dit depuis un certain temps : il faut que le Québec se dote d'une véritable politique industrielle digne du 21e siècle. Oui, il faut aider nos entreprises, mais il faut qu'il y ait des obligations qui viennent avec, des obligations en innovation, en amélioration de productivité et surtout en création d'emplois », a lancé M. Boyer.


On aurait souhaité quelque chose avec plus d'envergure pour relancer l'emploi, l'économie. Le président de la FTQ, Daniel Boyer
À la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), une centrale qui représente les deux tiers des enseignants du primaire et du secondaire, la présidente, Louise Chabot, se dit grandement déçue, d'autant plus que le premier ministre Philippe Couillard avait annoncé « un signal très fort » en faveur de l'éducation dans ce budget.
Il n'annonce aucun vrai réinvestissement. Alors, comment nous dire que c'est un signal fort?
Louise Chabot, présidente de la CSQ
Selon elle, les sommes annoncées ne feront que maintenir les acquis, non pas réparer les compressions passées et encore moins développer le réseau.
Quant à Pierre Blain, du Regroupement provincial des comités d'usagers, il s'est insurgé contre le fait que la plus grande part des sommes annoncées en santé sera consacrée au personnel dans la santé et non aux services, comme les soins à domicile.
Tout savoir sur le budget du Québec
Un patronat plutôt rassuré
Pour leur part, les représentants des entreprises se montrent satisfaits du budget Leitao, compte tenu de la marge de manoeuvre limitée dont disposait le gouvernement du Québec, selon eux.


Malgré des moyens encore limités du gouvernement, on voit que c'est un budget "manufacturier". Éric Tétrault, président des Manufacturiers et exportateurs du Québec
« Il y a entre autres pour l'innovation près de 400 millions pour nous là-dedans pour des projets d'automatisation, de robotisation, de numérisation. Ça, ça urge », a indiqué le président des Manufacturiers et exportateurs du Québec, Éric Tétrault.
Il rappelle qu'avec les différents accords touchant la libéralisation des échanges, les entreprises ont intérêt à être plus productives et qu'elles avaient besoin d'un coup de pouce à ce chapitre.
La présidente de la Fédération des chambres de commerce du Québec, Françoise Bertrand
La présidente de la Fédération des chambres de commerce du Québec, Françoise Bertrand (archives)
« Le gouvernement nous a entendus, mais les moyens sont encore limités », a laissé tomber en entrevue Françoise Bertrand, de la Fédération des chambres de commerce du Québec.
Elle souligne particulièrement le rabais du tarif d'électricité dont pourront bénéficier les grandes entreprises consommatrices à certaines conditions.
Yves-Thomas Dorval, président-directeur général du Conseil du patronat du Québec, se réjouit aussi du fait que les entreprises seront en mesure de voir à plus long terme.


C'est assez exceptionnel, on n'a jamais vu ça au Québec : une prévision de budget pour les cinq prochaines années.Yves-Thomas Dorval, PDG du Conseil du patronat du Québec
Bien que le gouvernement ne disposait pas d'une marge de manoeuvre extraordinaire pour investir dans les nouvelles initiatives, « il le fait cependant, et il le fait dans l'éducation, l'innovation, l'exportation; il le fait dans plusieurs domaines, mais ces mesures sont réparties dans le temps, parce que la marge de manœuvre est faible », a justifié M. Dorval.
Il apprécie tout de même cette modération et cette prudence.
Du côté de la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante, qui représente des petites et moyennes entreprises, la vice-présidente principale, Martine Hébert, s'est réjouie du fait que Québec n'ait pas privilégié seulement certaines entreprises avec ses mesures.


On a toujours préféré des mesures d'intérêt général à des mesures ciblées. Les crédits d'impôt, les subventions, par exemple, ce sont toujours des mesures qui s'adressent à certaines entreprises avec certaines caractéristiques pour faire certaines choses, alors que les allègements fiscaux bénéficient à l'ensemble des entreprises, qui peuvent, après, décider elles-mêmes où elles vont investir.Martine Hébert, vice-présidente principale de la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante
Elle cite en exemple l'accélération de la réduction de la contribution au Fonds des services de santé pour les petites entreprises ayant une masse salariale de moins de 1 million de dollars. « On peut très bien présumer qu'il y a plusieurs, plusieurs PME au Québec, dans plusieurs secteurs d'activités, qui vont bénéficier de cette mesure-là », a opiné Mme Hébert.