lundi, février 01, 2016

Un nouveau parti politique veut représenter les communautés culturelles

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Mise à jour le dimanche 31 janvier 2016 à 18 h 24 HNE
Des sympathisants du RECIPACC, lors de la célébration de la fête de l'indépendance congolaise, en juillet 2015
Des sympathisants du RECIPACC, lors de la célébration de la fête de l'indépendance congolaise,
en juillet 2015
  Photo :  Fabrice Ilunga/Facebook

Un nouveau parti politique québécois veut présenter des candidats des minorités culturelles aux élections de 2018. Le Regroupement citoyen pour l'avancement de nos communautés (RECIPACC) dénonce le manque de représentation des minorités visibles et ethniques à l'Assemblée nationale.
Un texte de Thomas GerbetTwitterCourriel
Fabrice Ntompa Ilunga, le président du Regroupement, constate « un grand malaise » au sein de la population québécoise. « Nous avons eu espoir, mais plus les années passent et plus on se rend compte qu'il n'y a pas grand-chose qui change ». Selon lui, quand une personne de couleur est candidate, le parti la place dans une circonscription impossible à gagner.
Il constate que non seulement les communautés culturelles ne sont pas assez présentes parmi les décideurs, mais que les intérêts et les enjeux qui les touchent ne le sont pas non plus. « Nous avons aussi le droit de nous faire entendre », dit le montréalais de 27 ans. 
« Nous ne voulons pas nous limiter à un groupe de pression qui rencontre les partis politiques. Nous voulons nous rendre là où les décisions se prennent, nous voulons prendre position. »— Fabrice Ntompa Ilunga, président du RECIPACC
Le 1er décembre, il a enregistré le nom du parti auprès du Directeur général des élections. Il lui reste à recruter des membres, finaliser la création d'un site internet et obtenir une autorisation, une formalité administrative. Présentement, 18 partis sont autorisés au Québec, dont plusieurs marginaux, comme le Bloc Pot, le Parti équitable ou encore le Parti nul. L'élection provinciale doit se tenir le 1er octobre 2018.
Fabrice IlungaFabrice Ilunga  Photo :  Thomas Gerbet
Qui est Fabrice Ntompa Ilunga ?
Montréalais de 27 ans, il est arrivé au Québec à l'âge de 13 ans en provenance du Congo. Il est diplômé de l'École de politique appliquée de l'Université de Sherbrooke et a travaillé pour le NPD à Ottawa comme vice-président pour les communautés culturelles. Il travaille aujourd'hui comme agent administratif au CSSS Jeanne-Mance. 
« Nous sommes en train de nous organiser pour trouver des candidats qui seront porteurs de ce message là. Les partis politiques risquent d'être surpris lors des prochaines élections. »— Fabrice Ntompa Ilunga, président du Regroupement citoyen pour l'avancement de nos communautés
Le président du RECIPACC affirme recevoir du soutien parmi les communautés culturelles : « beaucoup de personnes sont intéressées ou veulent être membres ». Il cite le manque de présence des minorités visibles parmi les employés de l'État ou encore parmi les élus de Montréal (4 sur 103). Pourtant,11 % des Québécois font partie des minorités visibles.
Pression pour un maire noir dans Montréal-Nord

Depuis la démission du maire de l'arrondissement, Gilles Deguire, des représentants de la communauté haïtienne s'organisent pour que l'un d'entre eux se présente à la mairie. Deux réunions organisées par le Regroupement pour le renouveau de Montréal-Nord se sont tenues dans les derniers jours. Le RECIPACC et Fabrice Ilunga étaient présents.
Le président du nouveau parti politique cite en exemple le gouvernement de Justin Trudeau. « Nous sommes certains que nous avons la compétence et les qualifications au sein des minorités culturelles », affirme Fabrice Ilunga.
Cinq des 125 députés de l'Assemblée nationale sont membres des minorités visibles.
Photos : assnat.qc.ca
Le président du nouveau parti politique a rencontré le porte-parole du Parti québécois en matière d'immigration et de communautés culturelles, Maka Kotto, dans les dernières semaines. Ce dernier lui a dit que le RECIPACC est voué à l'échec.
En entrevue à Radio-Canada, Maka Kotto reconnaît la sous-représentation des arabo-musulmans, des Africains ou des latinos dans la sphère politique. « L'idée pourrait avoir du sens si c'était un regroupement de Québécois d'adoption qui s'organisaient pour faire des représentations, adresser des doléances, comme le font certains groupes communautaires, mais ça s'arrêterait là ».
« Une approche ethnique en politique recèle les ingrédients de sa propre mort à très court terme. »— Maka Kotto, porte-parole du Parti québécois en matière d'immigration et de communautés culturelles
« L'approche politique que nous avons au Québec, elle n'est pas ethnique ou communautariste, voire multiculturaliste, elle est civique », poursuit Maka Kotto. « S'il y a des gens qui ont la passion du service public, qu'ils se lèvent et qu'ils s'impliquent. [...] Ce serait plus simple d'intégrer les partis existants et d'y défendre ces idées ».
Y a-t-il de la place dans les grands partis pour des représentants des minorités culturelles à des postes de responsabilité? « Les portes sont ouvertes », répond le député péquiste, mais « il ne faut pas s'attendre à ce que les partis politiques prennent les gens par la main et les trainent de force en leur sein ».
« C'est à travers le talent qu'on trouve sa place. »— Maka Kotto, député du Parti québécois
Fabrice Ntompa Ilunga croit pour sa part qu'intégrer des minorités visibles et ethniques « ne fait pas partie des priorités du PQ », ni des autres partis. Il « déplore » de devoir arriver à créer sa propre formation politique, mais il affirme, à contrecoeur, ne pas avoir d'autre choix.