mardi, février 16, 2016

La réforme des commissions scolaires, un mandat à la fois colossal et délicat pour Moreau

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Mise à jour le mardi 16 février 2016 à 7 h 26 HNE

Le nouveau ministre de l'Éducation du Québec, Pierre Moreau, sera de retour au travail mardi matin après avoir été absent de l'Assemblée nationale depuis sa nomination, en raison de problèmes de santé. Les attentes sont nombreuses face au nouveau ministre, qui devra remplir une longue liste de devoirs pour satisfaire parents, enfants et enseignants.
Un texte d'Hugo LavalléeTwitterCourriel
Manifestations, chaînes humaines autour de plusieurs écoles, rarement a-t-on vu pareille mobilisation pour la préservation des écoles primaires et secondaires qu'au cours des derniers mois.
En étant choisi ministre de l'Éducation lors du dernier remaniement, Pierre Moreau est devenu le sixième titulaire de ce ministère en moins de six ans, après les Line Beauchamp, Michelle Courchesne, Marie Malavoy, Yves Bolduc et François Blais. Écoles vétustes, sous-financement du réseau, faible taux de diplomation des garçons, les défis qui attendent le nouveau ministre sont nombreux.
La première tâche à laquelle ce dernier devra s'atteler est toutefois la réforme des commissions scolaires, objet d'un projet de loi déposé début décembre par son prédécesseur François Blais. Le projet de loi 86 prévoit l'abolition des élections scolaires et une dévolution de pouvoirs plus grande aux parents et aux directions d'école.
S'il était adopté tel quel, le projet de loi entraînerait l'abolition du conseil des commissaires, lequel serait remplacé par un comité de parents, d'enseignants et de membres de la communauté.
Pour les experts, par contre, cette réforme de la structure des commissions scolaires risque de ne pas changer grand-chose au quotidien des élèves.
« Le plus urgent n'est pas là, explique Égide Royer, psychologue et professeur associé à la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université Laval. J'ai l'impression que ce sont des énergies qu'on consacre au mauvais endroit et qui n'auront que peu d'impact. »
« Le bateau de la réussite scolaire au Québec prend l'eau. On peut repeinturer le mât, mais ça ne changera rien au fait que le bateau prend l'eau. »— Égide Royer, psychologue et professeur associé à la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université Laval
Pour Égide Royer, le gouvernement devrait mettre l'accent sur la réussite scolaire en rendant obligatoire la maternelle pour les enfants de 4 ans et en resserrant les exigences auxquelles sont soumis les nouveaux enseignants.
Inquiétude chez les anglophones
Par ailleurs, des juristes préviennent que le projet de loi du gouvernement pourrait, s'il est adopté tel quel, être contesté devant les tribunaux par la communauté anglo-québécoise.
Le professeur à la Faculté de droit de l'Université de Moncton Michel Doucet explique que la Cour suprême a déjà établi que les provinces ont l'obligation de maintenir des écoles dans la langue de la minorité. Ces écoles doivent être gérées par l'ensemble des membres des communautés minoritaires, et non seulement par les parents dont les enfants fréquentent ces écoles.
Or, en abolissant les élections scolaires et en déléguant plus de pouvoir aux parents, le gouvernement pourrait aller à l'encontre de la jurisprudence actuelle. « Il faut s'assurer que le droit de choisir ou d'élire les représentants soit élargi aux ayants droit, que ceux-ci soient des parents dans le système scolaire actuellement ou que ce soit des parents qui auront potentiellement des enfants », explique Égide Royer.
Les consultations sur le projet de loi 86 s'étendront sur plusieurs jours. Des commissions scolaires, des comités de parents et des spécialistes du monde de l'éducation y participeront.