samedi, janvier 30, 2016

Virus Zika: risques minimes pour les Canadiens

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Publié le 30 janvier 2016 à 05h00 | Mis à jour à 05h00
Le lien entre le virus Zika et les... (Photo Felipe Dana, AP)
PHOTO FELIPE DANA, AP
Le lien entre le virus Zika et les bébés à petite tête n'est pas avéré, mais au Brésil, les cas de malformation ont explosé dans les régions où le virus a frappé, notamment à Recife (notre photo), où un médecin prend une prise de sang d'un bébé atteint de microcéphalie.

Un cas confirmé au Québec. Une vingtaine d'autres cas suspects. Des délais de quatre à huit semaines pour recevoir un diagnostic. Le virus Zika, soupçonné de causer des malformations chez les bébés, continue d'inquiéter. Les risques, pourtant, demeurent minimes pour les Canadiens. Explications.
Ça devait arriver: le premier cas de Zika a été confirmé vendredi au Québec. Le ministère de la Santé et des Services sociaux a précisé qu'il s'agissait d'une femme qui n'était pas enceinte et qui a contracté le virus à l'étranger. Elle est déjà rétablie.
L'Institut national de la santé publique du Québec (INSPQ) a affirmé avoir reçu 20 cas suspects, dont la plupart sont en cours d'analyse. Le nombre de cas réels est probablement plus élevé, puisque de 75 à 80% des personnes touchées par le virus Zika ne ressentent aucun symptôme.
Il est important de savoir que les gens infectés ne représentent aucun danger et ne peuvent transmettre le virus à d'autres. «Le risque d'infection au Canada est très, très faible», ont martelé à plusieurs reprises vendredi des experts de l'Agence de la santé publique du Canada dans un breffage de presse.
Des délais de diagnostic importants
Vous croyez avoir été infecté par le Zika à l'étranger et voulez en avoir le coeur net? Prenez votre mal en patience. Pour l'instant, les délais pour obtenir un diagnostic sont de quatre à huit semaines au Québec. Les échantillons de sang suspects sont centralisés aux laboratoires de l'INSPQ, qui les envoie ensuite au Laboratoire national de microbiologie de Winnipeg. Si la prise de sang a été effectuée moins de sept jours après l'infection, les chercheurs de Winnipeg pourront faire le diagnostic. Mais dans la plupart des cas, ils devront les acheminer à Atlanta, aux États-Unis

«Le laboratoire de Winnipeg travaille depuis l'automne à élaborer son propre test. S'il arrive, c'est sûr qu'il sera implanté localement au Québec», explique Jean Longtin, directeur scientifique du Laboratoire de santé publique du Québec.
Encore une fois, il n'y a pas lieu de paniquer. Pour la majorité des gens, le Zika est un virus inoffensif qui n'entraîne aucun besoin de diagnostic urgent.
Les seules susceptibles de s'inquiéter sont les femmes enceintes qui soupçonnent qu'elles ont été infectées à l'étranger. Même si cela reste à démontrer scientifiquement, on croit que le virus pourrait augmenter le risque d'accoucher de bébés avec de petites têtes (microcéphalies).
«Dans ce cas, on va tout simplement procéder à des échographies pour en avoir le coeur net au lieu d'attendre le diagnostic», explique Jean Longtin.
«Ce qu'on veut éviter, c'est l'anxiété chez les femmes enceintes», explique Mélanie Dallaire, de l'hôpital Sainte-Justine.
Le Zika devrait-il vous inquiéter?
Il n'existe ni vaccin ni médicament contre le Zika, qui cause actuellement une importante épidémie en Amérique latine. Et on croit, sans en avoir la preuve, qu'il pourrait causer des microcéphalies chez les bébés dont la mère aurait été infectée pendant la grossesse. Le virus devrait-il vous inquiéter?
Si vous ne voyagez pas dans les zones touchées: non.
Les risques d'être infectés par le Zika au Canada sont pratiquement nuls pour une raison simple: le virus est transmis par deux espèces de moustiques qui ne vivent pas ici. L'Organisation mondiale de la santé considère que le Canada et le Chili sont les deux seuls pays des Amériques à n'être pas à risque. Quant aux Canadiens infectés qui reviennent du Sud, ils ne sont pas contagieux.
Les scientifiques étudient la possibilité que le virus puisse se transmettre par des contacts sexuels ou des transfusions de sang. Mais pour l'instant, rien n'a été prouvé. Au Canada, on a déjà demandé aux gens qui reviennent des pays touchés de s'abstenir de donner du sang pour une période d'un mois après leur retour.
Si vous voyagez dans les zones touchées et que vous n'êtes pas une femme enceinte: pas vraiment.
La seule façon pour un Canadien d'être infecté est d'être piqué par un moustique porteur du virus dans les zones à risque (plusieurs pays d'Amérique latine, dont des destinations touristiques comme le Mexique, la République dominicaine et la Guadeloupe).
Même si cela vous arrive, vous risquez fort de ne pas vous en rendre compte: de 75 à 80% des gens ne développent aucun symptôme. Les autres s'en tireront avec des symptômes comparables à ceux d'une petite grippe: fièvre peu élevée, manque d'énergie, conjonctivites, éruptions cutanées. Les malades se rétablissent au bout de deux à sept jours.
Dans de rares cas, le Zika pourrait causer des complications neurologiques ou des réactions auto-immunes comme le syndrome de Guillain-Barré. Ces hypothèses sont actuellement étudiées.
Si vous voyagez dans les zones touchées et que vous êtes une femme enceinte ou prévoyez l'être: un peu.
Dans ce cas, le gouvernement canadien recommande de discuter avec votre médecin de la possibilité de reporter votre voyage. Le lien entre le virus Zika et les bébés à petite tête n'est pas avéré. Mais au Brésil, notamment, les cas de malformation ont explosé dans les régions où le virus a frappé. Personne ne connaît encore la probabilité d'être infecté par le virus ni de le transmettre au foetus.
«Tant qu'on n'en sait pas plus, je recommanderais le principe de prudence», dit Jean Longtin, de l'INSPQ. Air Transat et Air Canada ont déjà annoncé qu'ils seraient flexibles, notamment en permettant aux femmes enceintes et à tous les occupants d'une chambre de changer les dates ou la destination de leur voyage.