samedi, janvier 02, 2016

Vague d’indignation dans le monde chiite après l’exécution d’un chef religieux en Arabie saoudite

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Le chef religieux chiite Nimr Baqr al-Nimr était le visage de la contestation politique en Arabie saoudite.
Le chef religieux chiite Nimr Baqr al-Nimr était le visage de la contestation politique
en Arabie saoudite.
  Photo :  Uncredited

L'imam chiite Nimr al Nimr, considéré comme une figure de la contestation saoudienne, et 46 autres condamnés à mort ont été exécutés samedi en Arabie saoudite, ce qui a soulevé une vague d'indignation dans la communauté chiite.
Les exécutions se sont déroulées dans les prisons de 12 villes du pays. Dans quatre d'entre elles, les condamnés ont été fusillés et, dans les huit autres, ils ont été décapités. Les corps ont ensuite été hissés à des gibets pour être exposés en public.
Il s'agit de la plus importante série d'exécutions simultanées pour des raisons de sécurité en Arabie saoudite depuis celles, en 1980, de 63 djihadistes condamnés pour l'attaque de la grande mosquée de La Mecque, l'année précédente.
Parmi les condamnés exécutés samedi figurent 43 djihadistes sunnites, principalement des membres d'Al-Qaïda jugés responsables d'attentats contre des objectifs occidentaux, des bâtiments administratifs et des missions diplomatiques qui ont fait plusieurs centaines de morts entre 2003 et 2006.
Les quatre autres, dont le cheikh Nimr al Nimr, sont de confession chiite. Ils ont été reconnus coupables de la mort de plusieurs policiers dans le district de Katif, dans la Province orientale, entre 2011 et 2013.
Le ministère iranien des Affaires étrangères a accusé Riyad de soutenir le terrorisme et de se débarrasser de ses opposants tandis que le dignitaire religieux iranien Ahmad Khatami a estimé que la famille Saoud « serait balayée des pages de l'histoire ».
Pour le Hezbollah libanais, qui dénonce un « assassinat », le cheikh Nimr a été exécuté parce qu'il militait « pour les droits du peuple opprimé ».
Embraser la région
Le Conseil islamique suprême du Liban, un organe chiite, parle quant à lui d'une « grave erreur ». « L'exécution du cheikh Nimr est la mise à mort de la raison, de la modération et du dialogue », dit le cheikh Abdel Amir Kabalan, vice-président du conseil, dans un communiqué.
« Cette mesure prise par la famille régnante vise à embraser à nouveau la région, à provoquer des affrontements entre sunnites et chiites », a déclaré le député irakien Mohammed al Sayhoud, membre de la coalition au pouvoir à Bagdad.
« L'exécution du cheikh Nimr est un service fait à Daech, qui parie sur les guerres interconfessionnelles pour gagner du terrain », renchérit Houmam Hamoudi, membre de l'influent parti du Conseil islamique suprême d'Irak.
Selon l'ancien premier ministre irakien Nouri al Maliki, ce crime « va entraîner le renversement du régime saoudien ».
Au Yémen, le mouvement houthi dit porter le deuil « d'un guerrier saint » exécuté « après une parodie de procès et en violation flagrante des droits de l'homme ».
De nombreux manifestants se sont rassemblés dans le district saoudien de Katif, région de la côte est à majorité chiite qui a été le théâtre de violentes manifestations entre 2011 et 2013.
Plusieurs dizaines de personnes ont par ailleurs défilé à Bahreïn dans un village à majorité chiite où la police a fait usage de gaz lacrymogène.
« Il y avait une énorme pression populaire sur le gouvernement pour punir ces gens », a commenté Moustafa Alani, un expert des questions de sécurité proche du ministère de l'Intérieur. « Cela concernait des dirigeants d'Al-Qaïda, tous ceux qui étaient responsables du sang versé. Cela envoie un message », a-t-il expliqué.
Certains observateurs estiment que l'exécution des quatre chiites était un moyen pour le pouvoir de prouver qu'il ne fait pas de distinction communautaire quand il s'agit de punir les responsables de violences politiques.
Les mouvements de défense des droits de l'homme dénoncent régulièrement le fonctionnement arbitraire du système judiciaire saoudien et notamment le recours à la torture pour obtenir des aveux.
Les exécutions de l'Arabie saoudite sont décriées à travers le monde, comme le montre cette scène parodique au Bangladesh.
Les exécutions de l'Arabie saoudite sont décriées à travers le monde,
 comme le montre cette scène parodique
au Bangladesh.
  Photo :  Andrew Biraj / Reuters