dimanche, décembre 06, 2015

Plus d'une dizaine de personnes radicalisées dans les prisons fédérales

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Mise à jour le dimanche 6 décembre 2015 à 5 h 34 HNE
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Photo :  CBC

Exclusif - Radio-Canada a appris que plus d'une dizaine de « délinquants radicalisés » se trouvent présentement dans les prisons fédérales canadiennes, et ce chiffre devrait augmenter, car des procès portant sur le terrorisme sont en cours. Le Service correctionnel du Canada n'a toujours pas de programme spécifique pour les encadrer.
Un reportage de Bahador ZabihiyanTwitterCourriel
Selon des documents datant de mars 2015, obtenus de Service correctionnel Canada (SCC) à la suite d'une demande d'accès à l'information, il y a « onze délinquants coupables d'infractions liées au terrorisme » dans les prisons fédérales. Ils purgent des peines allant de 10 ans à l'emprisonnement à vie et la majorité d'entre eux est incarcérée dans un établissement à sécurité maximale.
À cela s'ajoutent des « personnes d'intérêts » qui « sont possiblement radicalisées » ou qui « sont considérées comme posant une menace pour la sécurité nationale ». Le SCC ne donne toutefois pas de chiffres précis pour cette catégorie de détenus « radicalisés ». Mais la présence de ces personnes « d'intérêts » soulève des inquiétudes, affirme Herman Deparice Okomba, le directeur du Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence à Montréal.
« C'est ça qui est le plus inquiétant [...] Il faut regarder davantage la problématique, non pas pour les personnes qui rentrent radicalisées, mais surtout des personnes qui, à cause de l'isolement, à cause du temps qu'ils ont en prison, vont probablement se radicaliser dans les prisons. »— Herman Deparice Okomba, le directeur du Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence

Et d'autres détenus radicalisés pourraient s'ajouter à ces deux groupes. Selon les documents du SCC obtenus par Radio-Canada, six procès portant sur le terrorisme qui pourraient donner lieu à d'autres condamnations étaient encore en cours en mars 2015.
Le SCC définit une personne radicalisée comme « un délinquant motivé idéologiquement, qui commet des actes violents, qui aspire à les commettre, qui complote à cette fin ou qui en fait la promotion afin d'attendre des objectifs idéologiques ». L'organisme fédéral ne précise toutefois pas si tous les cas de délinquants radicalisés répertoriés dans ses prisons sont attirés avec l'islamisme violent, ou s'il s'agit d'autres idéologies.
Il y a plus de 14 000 détenus dans les prisons fédérales.
Pas de procédures spécifiques pour gérer les personnes radicalisées
Depuis 2012, le SCC veut mettre en place des procédures d'encadrements et des pratiques spécifiques pour gérer les délinquants radicalisés. Des groupes de discussions et des consultations en personne et de manière virtuelle avec des spécialistes ont eu lieu, indiquent les documents dont nous avons eu copie.
Mais le SCC n'a pas encore de procédures spécialement conçues pour encadrer les détenus radicalisés ou tentés par la radicalisation, selon les mêmes documents.
En prison, les personnes radicalisées se mêlent aux autres prisonniers, mais ils peuvent être séparés des autres personnes radicalisées « si les circonstances l'exigent », peut-on aussi lire.
Par courriel, le SCC indique que tous les détenus font systématiquement l'objet d'une évaluation personnalisée, sans préciser si de nouvelles procédures pour encadrer les détenus radicalisés ont été mises en place, après presque trois ans de consultations.
« Le SCC fait face aux défis liés à la radicalisation au moyen des pratiques actuelles de gestion de cas, qui sont adaptées à chaque délinquant [...] Ces pratiques comprennent les programmes correctionnels du SCC reconnus à l'échelle nationale, les services psychologiques, les services et interventions d'aumônerie ainsi que les programmes d'éducation et d'emploi. »— Esther Mailhot, porte-parole de Service correctionnel Canada

De son côté M. Deparice Okomba indique que le gouvernement fédéral a contacté son centre récemment pour parler d'une éventuelle formation des agents de probation dans la région de Montréal.
Il faut agir
La situation n'est pas alarmante, dit M. Deparice Okomba, mais il faut être proactif. « Il faut éviter absolument qu'on se fasse surprendre par la progression du phénomène d'où l'importance [...] d'avoir une politique carcérale cohérente », dit-il.
Au Canada, aucun acte terroriste récent n'a été perpétré par une personne s'étant au préalable radicalisée en prison. Mais en Europe, le sujet est brûlant. Les terroristes qui s'en sont pris au journal Charlie Hebdo, par exemple, se sont radicalisés ensemble derrière les barreaux.
Pour identifier les personnes radicalisées, le SCC recueille des informations à l'intérieur des prisons et se fie aussi à la GRC, au Service canadien du renseignement de sécurité ou encore de l'Agence des services frontaliers du Canada. Les personnes reconnues coupables d'infractions en vertu de la « Loi antiterroriste » sont aussi identifiées comme « délinquants radicalisés ».