jeudi, décembre 03, 2015

Notre linge sale en famille

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MARIO DUMONT
MISE à JOUR 
Canada is back. Le Canada est de retour. Voilà l’expression devenue clichée par laquelle Justin Trudeau veut exprimer avec force la différence entre son gouvernement et le précédent dans le dossier des changements climatiques.
Je n’aime pas du tout cette manière d’essayer de se grandir devant 150 chefs de gouvernement du monde en s’essuyant les pieds sur ses prédécesseurs.
Justin Trudeau a parfaitement le droit de faire évoluer les positions du Canada sur les grands enjeux internationaux selon ses priorités. Il a été élu pour ça.
Si quelqu’un voulait simplement prendre Justin Trudeau à son jeu, on pourrait se contenter de dire que cette façon de noircir publiquement l’ancien gouvernement ne correspond pas à la «nouvelle politique» qu’il nous promet. Plus de transparence, c’est bien, des nominations non partisanes aussi, mais continuer à se remonter en rabaissant l’autre garde une saveur de vieille politique.
Le ton juste
Cependant dans ce cas-ci il s’agit de quelque chose de plus fondamental que d’une approche politique vieille ou nouvelle. Il s’agit de la façon de parler du Canada dans le monde. Il existe une différence majeure entre les débats qui auront lieu au quotidien chez nous au Canada et une conférence internationale.
Que Justin Trudeau remette régulièrement sur le nez des conservateurs leurs erreurs à la Chambre des communes, c’est de bonne guerre. C’est la politique intérieure. Mais le même genre de sous-entendus sur la scène internationale n’a pas sa place. Il est la continuité des dirigeants élus par la population canadienne pour la représenter.
Cela étant dit, il a parfaitement le droit de faire évoluer les positions du Canada sur les grands enjeux internationaux selon ses priorités. Il a été élu pour ça.
Sur les changements climatiques, il a non seulement le droit, mais le devoir d’aller plus loin, une position qui sera mieux accueillie dans le monde que la tiédeur de Stephen Harper.
Cependant, son expression «le Canada est de retour» laisse entendre qu’avant lui, c’était le néant. Attention, avant Justin Trudeau il y avait un autre gouvernement dûment élu par les citoyens du Canada.
La prudence que je propose à Justin Trudeau est encore plus de mise si l’on pense à la nature même des positions qu’il défend à cette Conférence de Paris. Pour l’instant, les cibles de réduction des GES présentées par le Canada sont celles qui avaient été établies par le gouvernement Harper. Il souhaite les réviser. On verra.
Si différent ?
Ses positions sur d’autres enjeux reliés au réchauffement ne sont pas si radicalement différentes des conservateurs non plus. Je n’ai pas entendu monsieur Trudeau annoncer la fin de l’exploitation des sables bitumineux. Il sait que l’économie canadienne ne peut pas se le permettre. Forcément, il est à l’international le porte-parole du Canada, avec ses sables bitumineux.
Sa position concernant l’oléoduc Énergie Est peut apparaître ambiguë sur la place publique. Mais pas si l’on considère que l’un de ses plus proches collaborateurs dans la dernière campagne électorale s’est fait prendre à conseiller TransCanada, le promoteur du projet. Je suppose que s’il était radicalement opposé, il n’aurait pas laissé ce monsieur l’approcher.
À Kyoto, le Parti libéral du Canada avait participé à un consensus ambitieux sur l’environnement, puis n’a rien fait pour réduire nos émissions. Ce souvenir pourrait servir de base pour plus d’humilité et moins de partisanerie.